Parasha Vaera 5769

Chabbath 24 janvier 2009 - 28 Teveth 5769 - Début : 17 h 15 - Fin : 18 h 26.
publié le mardi 20 janvier 2009
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Bénédiction du mois. Lecture de la Torah : EXODE, VI, 2 à IX, 35 : les premières des dix plaies. Haphtara : EZECHIEL, XXVIII, 25 à XXIX, 21 : Pharaon, l’homme grisé par le succès. THEME de notre ETUDE : L’Egypte comme facteur de l’histoire d’Israël.

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Composition et contenu :

Nous sommes en présence d’un texte appartenant à tous ceux du prophète EZECHIEL relatifs à l’Egypte. Il s’agit notamment des chapitres XXIX à XXXI de son livre.

RESUME :

EZECHIEL XXVIII, 25-26 : Paroles de consolation à Israël. XXIX, 1-5 : Le crocodile sera rejeté du Nil. XXIX, 6-7 : L’appui brisé à Israël. XXIX, 8-12 : La destruction de l’Egypte. XXIX, 13-16 : Le retour des captifs égyptiens. XXIX, 17-21 : Nabuchodonosor à Tyr, en Egypte et la promesse de la délivrance en faveur d’Israël. -*-*-*-*-

Relation entre la Paracha et la Haphtara.

Dans notre texte, nous verrons plutôt les différences entre nos deux textes en relation avec l’Egypte. Dans son commentaire sur la Haphtara, Mendel HIRSCH met l’accent sur la différence entre l’Egypte à l’époque de Moïse et celle de la période d’EZECHIEL, du point de vue religieux. Grâce à tous les miracles et aux plaies frappant son pays, le Pharaon est parvenu à l’idée qu’il existait une force supérieure, comme si tous les miracles n’intervenaient qu’en vue d’éduquer le Pharaon et le contraindre, lui, si pétri d’orgueil, à reconnaître la suprématie du Créateur de l’Univers. Par contre, dans la Haphtara, on a l’impression que D.ieu choisit une autre voie, en se servant d’une nation étrangère, la Babylonie et son puissant roi, pour écraser l’Egypte. Cette manière de procéder veut sans doute nous montrer également qu’à travers les générations, même si les méthodes changent, il faut toujours savoir reconnaître la main de D.ieu intervenant dans le cours de l’Histoire. Dans le récit biblique de CHEMOTH (Exode V, 2), le Pharaon s’exclame en disant : "Quel est cet Eternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël ? Je ne connais point l’Eternel, et certes je ne renverrai point Israël." Même si les conditions historiques changent, le Pharaon reste toujours aussi arrogant et vantard, se considérant comme le maître du Nil comme s’il s’était créé lui-même et disant, selon le texte de EZECHIEL XXIX, 3 : "Mon fleuve est à moi, c’est moi qui me suis fait ! Selon HIRSCH, il existe une grande différence entre la Paracha et la Haphtara, même sur ce dernier point. En effet, malgré les plaies et les épreuves, le Pharaon reste dans son pays, tandis que le texte de notre Haphtara nous montre, qu’à l’instar du crocodile chassé du fleuve, le Pharaon et ses sujets seront contraints d’abandonner le pays. Entre les pays d’Egypte décrits dans nos textes, il existe une autre différence. En se demandant quel rapport y aurait-il entre l’Egypte et le peuple d’Israël, on constatera que dans la Paracha, on traite de la question de l’allègement du joug du PHARAON, tandis que dans la Haphtara on nous parlera du châtiment dont fut frappé l’Egypte pour avoir été un appui inutile, un appui brisé, semblable à un jonc écrasé, face à la volonté politique d’ISRAËL et de ses tentatives de se débarrasser du poids que faisait peser l’empire babylonien. Rav NOBEL, dans son ouvrage sur la Haphtara intitulé "TABOR", insiste sur un autre aspect différenciant nos deux textes pour ce qui est de leur appréciation sur l’Egypte. Il est décrit (EZECHIEL, XXIX, 12) : « Je rendrai le pays d’Egypte désolé entre les pays désolés, et ses villes, parmi les villes ruinées, seront une solitude durant quarante années : je disperserai les Egyptiens parmi les peuples, je les disséminerai dans les pays. » Après quarante années de punition, qu’est devenue l’Egypte ? Le texte nous renseigne en disant (EZECHIEL, XXIX, 14) : « ils ne formeront qu’un humble royaume. » De même, dans l’histoire d’Israël, nous savons qu’il y eût une période de quarante années particulières, d’errances dans le désert, comme uns sorte de châtiment infligé au peuple pour avoir doute de son D.ieu. Mais après cela, on ne lui prédit plus qu’il sera destiné à rester un peuple humilié mais on lui promet au contraire de prendre possession de la terre promise et d’y édifier un sanctuaire, à l’endroit fixé par D.ieu. En étudiant le texte d’EZECHIEL, nous constatons que Rachi et Radak ont tous deux été intéressés par le rapprochement des quarante années dans le désert dont parle la Torah et celles dont parle EZECHIEL. (XXIX, 11). Mais Rav NOBEL fait aussi remarquer que ce qui rapproche les deux textes, c’est l’introduction de notre Haphtara disant (EZECHIEL. XXVIII, 25-26) ; "Ainsi parle le Seigneur D.ieu : « Quand je rassemblerai la maison d’Israël d’entre les peuples chez qui ils ont été dispersés, je me sanctifierai par eux aux yeux des nations, et ils demeureront sur le territoire que j’ai donné à mon serviteur Jacob/ Ils y demeureront en sécurité, ils bâtiront des maisons, planteront des vignes et demeureront en sécurité, parce que je ferai justice de tous leurs contempteurs d’alentour, et ils reconnaîtront que moi, l’Eternel, je suis leur D.ieu. » En somme, par le châtiment infligé aux nations, le nom de D.ieu sera révélé au milieu des nations, dans toute sa force et sa puissance. De même, dans la Paracha, en annonçant la plaie de la grêle, c’est la même idée qui semble mise en avant : (EXODE IX, 16) : « Mais voici pourquoi je t’ai laissé vivre : pour te faire voir ma puissance, et pour glorifier mon nom dans le monde. ».

L’Egypte, comme facteur de l’Histoire d’Israël.

Nous avons déjà montré précédemment le changement intervenu entre l’Egypte de la période de l’Exode et celle de l’époque d’Ezechiel. L’Egypte, de puissance d’asservissement, est devenue, grâce à la main puissante de D.ieu, cette nation décevante ne constituant qu’un soutien fragile à l’image du roseau écrasé. Les débuts de notre Histoire se situent lorsque le peuple, est plongé dans l’univers étranger de l’Egypte, dès l’alliance conclue entre "les morceaux" lorsqu’il fut dit au père de la nation juive, ABRAHAM (GENESE, XV, 13) : "Sache-le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans." Ce verset semble indiquer que l’entrée dans la terre promise sera retardée, ainsi qu’il est écrit : "Mais la quatrième génération reviendra ici, parce qu’alors seulement la perversité de l’AMOREEN, sera complète." (GENESE. XV, 16). Pourquoi cette oppression ? pourquoi ce retard pour l’entrée en Terre Sainte ? NACHMANIDE, se référant à la première descente d’Abraham en Egypte, à son premier contact avec une terre étrangère lorsqu’il pénétra en Eretz Israël (GENESE. XII, 10), tente de rattacher cet épisode avec ce qu’ont connu ses descendants, comme s’il y avait là une relation de cause à effet. Il dit notamment : « même sa sortie du pays qui lui avait pourtant été promise, liée à la famine alors que D.ieu voulait le sauver par ce moyen de la mort, explique la raison pour laquelle il fut décrété que ses descendants seraient condamnés à l’exil en Egypte, entre les mains du Pharaon, car le jugement s’exerce à l’endroit même où se commet la faute. » (cf. ECCLESIASTE, III, 16). Mais en plus de la punition motivant l’exil d’EGYPTE, il existe également une autre explication tant dans la Torah que chez les prophètes. En EGYPTE, le peuple Hébreu fut préparé à sa mission au moyen de l’affinage. De même que l’on épure le métal en le faisant fondre dans le feu, pour en extraire les scories, de même la nation fut purifiée par les épreuves qu’elle dût subir. C’est ce que déclare MOISE (Deutéronome, IV, 20) : "l’Eternel vous a arrachés de ce creuset de fer, l’Egypte, pour que vous fussiez un peuple lui appartenant, comme vous l’êtes aujourd’hui." Au livre d’ISAÏE, (XLVIII, 10), le rapport entre le passage par le creuset et l’élection est encore plus fort, lorsqu’il dit : « Certes, je t’ai éprouvée mais non comme on éprouve l’argent, je t’ai fait passer (jeu de mots entre Be’hartikha = je t’ai choisi et " Be’hanticha" = je t’ai éprouvé) par le creuset du malheur." Il est très intéressant de souligner les débuts de notre peuple. Celui qui sépare le sacré du profane, c’est Lui qui a distingué le peuple d’Israël des autres peuples. Le peuple élu a obtenu cette faveur et celle d’entrer en terre sainte à la suite de l’asservissement en Egypte, cette terre étrangère. En général, les autres nations trouvent leur origine dans la conquête d’une terre ou en se débarrassant d’une tyrannie, mais l’histoire du peuple d’Israël débute en terre étrangère, avec des souffrances pour obtenir ensuite sa libération et la possession d’une terre qui lui appartienne. Après l’élection d’ABRAHAM, la Torah nous raconte d’autres détails encore, concernant les autres peuples n’ayant aucun lien avec l’histoire d’ISRAËL. Toutefois, dans la Genèse, chap. XLVII, v. 12 à 26, lors de la famine, JOSEPH donne un plan permettant de collecter toutes les récoltes pour les redistribuer ensuite. Isaac ARAMA, l’auteur du Akédat Itshak s’étonne de ce long passage qui aurait dû être inscrit dans le livre des chroniques égyptiennes et non figurer dans la Torah. En réponse à cette question, on peut constater les grandes différences séparant les lois de la Torah de la civilisation Egyptienne. On peut même dire qu’un grand nombre de nos règles religieuses a été formulé par opposition permanente aux conceptions égyptiennes des choses. Notre nation les a subies durant plus de deux siècles. Au dernier chapitre de la Genèse, cela est particulièrement souligné. A la mort de JACOB, les Egyptiens organisèrent pour lui un deuil de 70 jours (GENESE. L, 3), tandis que les fils du patriarche ne firent qu’un deuil de sept jours (GENESE. L. 10). Toute la civilisation égyptienne n’était orientée que vers le culte des morts. La Torah a donc tenu à raccourcir la période de deuil à sept jours seulement. En Egypte, c’étaient les prêtres qui étaient chargés de ce culte spécial, tandis que la Torah éloigne du sanctuaire l’impureté liée à la mort, et interdit au Grand-Prêtre de se rendre impur même quand il s’agit de son père ou de sa mère. (cf. LEVITIQUE,. XXI, 10-12) : "Il ne doit point découvrir sa tête ni déchirer ses vêtements, et il n’approchera d’aucun corps mort ; pour son père même et pour sa mère il ne se souillera point." En Egypte, les prêtres recevaient une portion fixe du Pharaon mais il était impossible de leur confisquer leur terre comme cela avait été fait à l’époque de Joseph pour tous les autres paysans (cf. Genèse. XLVII, 22). Par contre, la Torah a décidé que les COHANIM ne posséderaient pas de terres, mais que c’est le peuple qui était dans l’obligation de les entretenir par la TEROUMAH (prélèvement d’un cinquantième en moyenne sur les récoltes, et certains morceaux des sacrifices offerts). Car, dit le texte (DEUTERONOME, XVIII, 1-2) : "c’est D.ieu qui est leur héritage". Si l’on peut penser que nombre de lois de la Torah ont été fixées comme par réaction aux usages de l’Egypte, cela est même dit explicitement. "Les pratiques du pays d’Egypte de Canaan où je vous conduis, ne les imitez pas et ne vous conformez point à leurs lois." (LEVITIQUE XVIII, 3) Etant donné que l’Egypte a servi de point de départ à l’existence du peuple juif, on peut comprendre la différence de traitement dont elle est l’objet dans la Torah, par rapport aux autres peuples, tels Amalek, Ammon et Moab. Au sujet d’Amalek, il est écrit : "tu effaceras la mémoire d’AMALEK de dessous le ciel : ne l’oublie point." (Deutéronome, XXV, 19). Pour Amon et Moab, peuples proches d’Israël par des liens du sang, il est écrit : "Un Ammonite ni un Moabite ne seront amis dans l’assemblée du Seigneur ; même après la dixième génération ils seront exclus de l’assemblée du Seigneur, à perpétuité, parce qu’ils ne vous ont pas offert le pain et l’eau à votre passage, au sortir de l’Egypte......." Pour l’Egypte toutefois, il est écrit : "n’aie pas en horreur l’Egyptien, car tu as séjourné dans son pays." (Deutéronome. XXIII, 8). Rachi dans son commentaire sur ces passages, pour justifier la différence de traitement prévue par la Torah souligne le fait que Moab et Ammon, en conseillant à BALAK par l’intermédiaire de BALAAM, de faire la guerre à ISRAËL, a également entraîné ce dernier à la débauche devant BAAL PEOR. Il est donc plus grave d’entraîner quelqu’un au péché, dit Rachi, car il perd sa vie terrestre et sa vie céleste. EDOM qui a pourtant fait la guerre à Israël ou l’Egypte qui lui a causé beaucoup de mal, n’ont pas subi les mêmes rigueurs selon le texte. En principe, même si en disant : "Tu étais étranger dans son pays", cela correspond à une sorte de reconnaissance qui doit lui être témoignée, il est cependant interdit de retourner s’établir dans ce pays (Deutéronome, XVII, 16). MAIMONIDE, dans son Sefer Hamitzwoth (introduction aux lois de la Torah) explique cet interdit par la méfiance envers les mauvaises voies des Egyptiens Depuis la sortie d’Egypte et de ses châtiments jusqu’à la période du roi SALOMON, nous trouvons très peu d’exemples de rapprochements ou de luttes avec ce pays. De ce roi nous savons seulement qu’il épousa la fille du Pharaon (I Rois III, 1). On connaît également le prix de la dot qu’il reçut (I Rois IX, 16). Grâce à cette alliance, les relations commerciales avec l’Egypte se sont développées (I Rois X, 28-29), puisque c’est à cette époque qu’il y eût un grand commerce de chevaux avec ce pays, Salomon en avait énormément besoin. C’est aux mariages exogamiques contractés avec la fille du Pharaon et avec d’autres femmes étrangères, de Moab, d’Ammon, de Syrie, que la tradition religieuse attribue la division du royaume à la mort de Salomon, selon le texte de I Rois XI, 11-13 : "Et l’Eternel dit à Salomon : Puisque tu as agi de la sorte, que tu n’as pas respecté mon pacte et les défenses que je t’avais faites, je t’arracherai la royauté et je la donnerai à ton serviteur. Toutefois, pour l’amour de ton père David, je n’accomplirai pas cette menace de ton vivant : c’est de la main de ton fils que je l’arracherai. Je ne lui arracherai cependant pas le royaume entier, je lui laisserai une tribu, en faveur de mon serviteur David et de Jérusalem, ma ville d’élection. Mais déjà à l’époque de SALOMON, une transformation dans les relations entre le pays d’Israël et l’Egypte s’effectue. C’est dans ce pays que JEROBOAM qui a osé lever la main sur le roi (cf. I Rois XI, 26-28 et 40 ainsi que I Rois XII, 2-3) a trouvé refuge. D’après ce que nous lisons dans I Rois XI, 15-22, nous y apprenons que les ennemis d’Israël y trouvaient un abri. Durant la cinquième année du règne de ROBOAM, SESAK, roi d’Egypte est monté à Jérusalem, a pillé les trésors de la maison royale et ceux du Temple, ainsi que tous les boucliers d’or qu’avait fait confectionner le roi Salomon. SESAK les emporta au point que ROBOAM fut contraint d’en refaire d’autres en bronze qu’il utilisait chaque fois qu’il se rendait au Temple. (I Rois XIV, 27-28). Dans le passage correspondant rapporté par II Chron. XII, 5-8, on nous fournit la raison religieuse permettant d’expliquer la chute d’Israël entre les mains de SESAK. Le texte par l’intermédiaire du prophète CHEMAYA, dit clairement que cela était dû à leur abandon de D.ieu. Le peuple reconnut alors sa faute, de sorte que D.ieu lui pardonna en disant : « mon courroux ne fondra pas sur Jérusalem par l’entremise de SESAK, mais quand ils lui seront asservis, ils sauront ce que c’est de me servir ou de servir les royaumes étrangers. » Par une autre voie, nous apprenons indirectement qu’à l’époque de JORAM fils de ACHAB, l’Egypte était considérée par la Syrie comme un allié potentiel contre Israël. Dans le récit des quatre lépreux (Haphtara de Metsora (II Rois VII, 3-20), lorsque l’on décrit le tumulte survenu dans le camp syrien, il est dit : « Or, le Seigneur avait fait entendre aux troupes syriennes un bruit de chars, de chevaux et de nombreux soldats : ils s’étaient alors dit l’un à l’autre : Le roi d’Israël a certainement soudoyé contre nous les princes des Héthéens et ceux d’Egypte pour qu’ils aillent nous attaquer. » Pour expliquer la cause directe de l’exil des dix tribus, on nous dit (II Rois XVII, 4) : « Puis le roi d’Assyrie surprit un complot d’Osée : celui-ci avait envoyé des émissaires à SO, roi d’Egypte, ne livrait plus au roi d’Assyrie le tribut annuel. Le roi d’Assyrie le fit enfermer et enchaîner dans une prison. ». Quant à l’indécision relative à la fidélité envers BABEL et la trahison intervenue à la suite de l’alliance contractée avec l’Egyptien, le prophète OSEE dit : « EPHRAIM = ISRAEL est devenu comme un pigeon étourdi, sans intelligence ; ils en appellent à l’Egypte, ils se rendent en Assyrie. » (Osée VII, 11). ISAIE met en garde JUDAH pour que celui-ci ne s’appuie pas sur l’Egypte et sur l’alliance contractée avec elle en vue de se sauver de l’emprise de SENNACHERB. Il dit notamment : « Vous qui vous mettez en route pour descendre en Egypte, sans avoir demandé mon avis, avec l’espoir de trouver une force dans l’appui de Pharaon et un abri à l’ombre des Egyptiens, mais l’appui de Pharaon sera votre honte, et l’abri à l’ombre des Egyptiens votre déshonneur. » (Isaïe XXX, 2-). Lorsque RABCHAKE, au nom de SENNACHERIB tente d’inciter le peuple à se ranger auprès du roi d’Assyrie, malgré l’avis défavorable d’Isaïe, en leur disant qu’il n’y a rien à attendre d’une alliance du traité conclu entre Juda et l’Egypte, il dit ceci : "Ah oui, tu espères prendre pour soutien ce roseau brisé, l’Egypte, qui, lorsque quelqu’un s’y appuie, pénètre dans la main et la transperce : Car tel est Pharaon, roi d’Egypte, pour tous ceux qui se fient à lui.......et tu comptes sur l’Egypte pour avoir des chars et des cavaliers !." (II Rois XVIII, 21-24). Une seule fois, dans toute l’Ecriture, nous apprenons qu’il y eût une initiative guerrière de la part de Juda contre l’Egypte. Le conflit eût lieu à la fin du règne de JOSIAS, et occasionna sa mort ainsi que des difficultés politiques (II Rois XXIII, 23 et 29). Le même événement est rapporté de manière plus détaillée dans II Chron. XXXV, 20-22. En fait, JOSIAS est intervenu au milieu de la guerre entre le Roi NEKKO, d’Egypte et le roi d’Assyrie dans laquelle il n’avait rien à voir. A la question de savoir pourquoi était-il intervenu, MALBIM fournit l’explication suivante : « JOSIAS a cru à une ruse de la part de l’Egypte et il voulu la déjouer, alors que NEKKO lui dit nettement de s’abstenir d’intervenir ».. Après la défaite de Josias, l’Egypte se mêla des affaires du royaume de Juda. Elle déposa JOACHAZ (après trois mois de règne seulement) que le peuple avait désigné à la place de son père et nomma le frère plus âgé JOIAKIM. Alors que le premier fut emmené en Egypte où il mourut, le second, pour donner l’or et l’argent qui lui était demandé, taxa durement tout le pays. (II Rois XXIII, 30-33). Après cela, c’est la Babylonie qui triompha et imposa à Juda, la dernière punition, la destruction du Temple, exilant les habitants du pays vers la Babylonie. Mais le dernier événement désolant que nous rapporte la Bible au Livre des Rois, (II R. XXV, 26), c’est l’assassinat de GUEDALIA (II Rois XXV, 25). Dans le verset suivant on nous raconte que tout le peuple, grands et petits, ainsi que les chefs de l’armée, se sont enfuis en Egypte par crainte des Chaldéens. Selon ce qui nous est raconté dans le livre de JEREMIE, le peuple commença par lui demander son avis. On lui promit même d’obéir à tout ce que dirait D.ieu, mais ensuite on se révolta contre le prophète, et on l’obligea également à partir avec tout le groupe en exil vers l’Egypte. (cf. en détail, Jérémie XLII, à XLIV).

CONCLUSION :

C’est de la sorte que s’achève notre étude sur l’Egypte, facteur de l’histoire d’Israël : par le départ en exil. Notre histoire débute par l’exil en Egypte, et par la destruction du Temple. Le faible reste dont avait parlé ISAÏE, au lieu de se maintenir sur la terre ancestrale, choisit de plein gré, comme l’une des dernières décisions nationales, de retourner en Egypte, là où eût lieu le premier esclavage de la nation. Ainsi, sous l’image de l’Egypte asservissant Israël, en tant qu’alliée, quel soutien décevant, en s’attaquant à lui sur sa propre terre, devenant ensuite un lieu de refuge pour les exilés de Judée. Malgré tout, la relation de la Torah avec l’Egypte est différente par rapport à ce qu’elle dit d’EDOM. (cf. Haphtara VAYISCHLAH). Dans la promesse messianique d’ISAÏE contre l’Egypte, nous trouvons même une expression d’un retour, de la part de celle-ci vers le D.ieu d’Israël. Voici le discours d’Isaïe (Chap. XIX, 18-25), avec quelques sauts de passages : "En ce jour, il y aura dans le pays d’Egypte cinq villes parlant la langue de Canaan et jurant fidélité à l’Eternel-Cebaot : l’une d’elles sera appelée ville du soleil. Et l’Eternel se manifestera aux Egyptiens, qui le reconnaîtront en ce jour et Lui voueront un culte de sacrifices et d’oblations ; ils feront des voeux en l’honneur de l’Eternel et s’en acquitteront. Ainsi l’Eternel frappera les Egyptiens, mais il les guérira aussi ; car ils retourneront vers l’Eternel, et Lui, se laissant fléchir par eux, assurera leur guérison. En ce jour-là, Israël uni, lui troisième, à l’Egypte et à l’Assyrie, sera un sujet de bénédiction dans l’étendue de ces pays, car l’Eternel-Cebaot lui aura conféré sa bénédiction en ces termes : "Béni soit mon peuple d’Egypte, l’Assyrie, oeuvre de mes mains, et Israël, mon bien propre !".



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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