« On ne se parle plus ... »

BILLET DU 18 JANVIER 2009
publié le dimanche 18 janvier 2009
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Le conflit israélo-palestinien ne cesse de faire des victimes. Les victimes de cette guerre à Gaza ou à Sdérot. Les victimes d’agressions ici en France et dans les grandes capitales européennes. Il y a cependant une autre victime : le dialogue.

Le dialogue au sein de l’association, l’AJMF. L’amitié judéo-musulmane de France dont on connaît l’action de son co-président le rabbin Michel Serfaty et notamment du « Bus de l’Amitié » qui sillonne la France pour promouvoir ce dialogue. Coup de théâtre avant-hier lorsque les représentants musulmans de l’AJMF ont démissionné, emmenés par leur co-président Djelloul Seddiki. Quelle en est la raison ? « On ne se parle plus » déclare Seddiki, et ce depuis le début du conflit. Pour la représentation musulmane, il faudrait que la représentation juive de l’AJMF reconnaisse « les crimes de guerre » de l’armée israélienne. Sans ce préalable aucun dialogue n’est possible.

C’est tout de même une singulière conception du dialogue que de demander à des juifs avec lesquels on entend discuter, de s’identifier à l’armée israélienne. Un Juif français n’est pas un ambassadeur de l’Etat d’Israël. Un Juif français n’est pas un israélien, sauf exception. Si la communauté juive affiche sa solidarité avec Israël, ce n’est pas tant dans ses orientations politiques que dans la détresse d’un peuple dont nous partageons la religion. Nos textes nous enseignent que « Tout Israël est responsable l’un de l’autre ». Quand un de mes frères souffre, je souffre avec lui. Cela ne nous empêche pas d’entendre la souffrance du peuple palestinien et comme l’a si justement le Grand Rabbin de France, d’éprouver de la « compassion ».

Les représentants musulmans de l’AJMF comprennent très bien cela comme nous comprenons que d’une façon charnelle ils prennent fait et cause pour le peuple palestinien. Mais quelles sont donc ces conditions qui seraient le préalable à un dialogue. Dans le dialogue judéo-musulman, plus que dans tout autre dialogue interreligieux, nous en savons l’urgence. L’urgence de ne pas envoyer un signe aussi dévastateur que de claquer les portes d’une telle association. Pour tout un chacun cette démission signifie que juifs et musulmans n’ont plus rien à se dire et ne doivent pas même tenter de communiquer les uns avec les autres. Comment des hommes aussi éclairés et intelligents que Djelloul Seddiki et Dalil Boubakeur peuvent t-ils, serait-ce sous le coup de la colère, renoncer à ce dialogue et affirmer : « ce silence ne peut être justifié que par une complicité à l’égard de ces crimes de guerre ». Cette déclaration n’a aucun sens. Ce serait comme prétendre que chaque musulman de France est un complice des actes terroristes du Hamas !

On imagine que la reprise du dialogue, car celui-ci reprendra forcement, devra instaurer un climat plus sain et de confiance entre les uns et les autres. Il n’est plus question de paix au Moyen-Orient mais également de paix entre les enfants de la République.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables