Parasha Vayigach 5769

Chabbath 3 janvier 2009 - 7 Teveth 5769 - Début : 16 h 47 — Fin : 17 h 59
publié le mardi 30 décembre 2008
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Lecture de la Torah : GENESE XLIV, 18 - XLVII, 27 : JOSEPH rendu à sa famille. Haphtara : EZECHIEL XXXVII, 15 à 28 : La réunion des deux royaumes frères.

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Thème de notre étude :

"L’acte symbolique chez divers prophètes."

Composition et contenu : Ce passage est extrait des chapitres de consolation du prophète EZECHIEL débutant au chapitre XXXIV et se poursuivant jusqu’à la fin de son livre, au chapitre XLVIII. Le prophète y met particulièrement l’accent sur l’unité du peuple à la fin des temps, et analyse les voies permettant d’atteindre la délivrance.

XXXVII, 15-20 : Les deux pièces de bois.

XXXVII, 21-25 : L’interprétation.

XXXVII,26-28 : La place du sanctuaire au milieu du peuple.

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Relation entre la Paracha et la Haphtara.

La Paracha décrit la vision remarquable, nous atteignant jusqu’au fond de nous-mêmes, lorsque nous assistons à la réconciliation des frères, fils de JACOB, le père de la nation. JOSEPH, "le rêveur", est parvenu à gravir les sommets pour atteindre les honneurs, tandis que ses frères, sans le savoir, se sont prosternés jusqu’à terre. (GENESE. XLII, 6). La haine des frères s’est transformée en amour, et ils sont même prêts à se sacrifier pour obtenir la libération de leur frère BENJAMIN, menacé d’emprisonnement. C’est alors que JOSEPH se fait reconnaître par ses frères. Après la déchirure, les frères reforment une famille unie. La figure de JUDAH émerge. Lui qui avait conseillé de vendre leur frère JOSEPH au lieu de le tuer, en leur faisant valoir que leur geste n’entraînerait aucun profit, apparaît dans notre texte comme celui qui met l’accent sur les rapports fraternels et les liens du sang. Il fait également ressortir sa responsabilité personnelle en faveur du jeune frère BENJAMIN. (GENESE LVIV, 26. 30-34).

De même que dans la paracha, notre haphtara nous parle également de JOSEPH et de JUDAH. Ils sont face à face. Mais au lieu de parler des personnes individuelles, elle nous parle des tribus, donc de groupes. Dès l’époque du roi DAVID, nous avons déjà vu la division : ISRAËL d’une part, et JUDAH de l’autre. (après la reconnaissance de l’autorité de DAVID par tout le peuple (II SAMUEL V, 1-3), nous assistons à la révolte de CHEVA fils de BIKHRI (II Sam. XX, 1), faisant ainsi ressortir l’opposition entre le nord et le sud. De même, lors d’un recensement (II SAMUEL XXIV, 9), on donna des chiffres différents, se rapportant respectivement à JUDAH et à ISRAËL. Par la suite, après la mort du roi SALOMON, lorsque JEROBOAM se dressa à la tête d’une "assemblée d’ISRAËL", en demandant un allégement d’impôts qu’il n’obtint pas, il en résulta le schisme entre les deux royaumes, celui de JUDAH et celui d’ISRAËL, plus connu ensuite sous le nom de EPHRAIM, tribu dont descendait JEROBOAM.

A l’inverse des frères de JOSEPH qui se réconcilièrent avec lui, les deux royaumes ne parvinrent pas à cette solution. Là réside la différence essentielle entre la Paracha et la Haphtara, car nous n’avons plus à faire à des individus mais à des conceptions politiques différentes. Toutefois, selon la description faite dans notre Haphtara, ces deux royaumes finiront eux-aussi par se réunir. C’est ce que le prophète veut souligner en prenant l’exemple de deux morceaux de bois et en nous en donnant une interprétation. Cela se produira avec ceux qui étaient restés en Terre Sainte comme avec ceux qui furent exilés vers la Babylonie.

Toutefois, selon la Michna (Sanhedrin, Chap. X, michna 3), il existe une discussion relative à l’avenir des dix tribus. Rabbi AKIBA est d’avis qu’elles ne seront pas récupérées, tandis que Rabbi ELIEZER, prenant l’exemple du jour qui se lève et qui s’obscurcit, est d’avis que les dix tribus renaîtront en fin de compte. Aussi, si l’on s’en tenait à l’avis de Rabbi AKIBA, se poserait la question de savoir quel sens donner à notre Haphtara dans une perspective d’avenir. On pense que ce texte vise à mettre en garde toutes les générations sur les dangers d’une scission et sur la nécessité de l’éviter pour parvenir à la délivrance finale.

Regardons en effet ce que dit le prophète (XXXVII, 21-22) : "puis dis-leur : ainsi parle le Seigneur D.ieu : voici, je vais prendre les enfants d’Israël d’entre les nations où ils sont allés, je les rassemblerai de toutes parts et je les conduirai sur leur territoire, je les constituerai en nation unie dans le pays, sur les montagnes d’Israël : un seul roi sera le roi d’eux tous ; ils ne formeront plus une nation double et ils ne seront plus jamais, fractionnés en deux royaumes."

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L’acte symbolique chez divers prophètes.

En lisant ce chapitre complet du prophète EZECHIEL, nous pouvons avoir une vue d’ensemble de ce qui se passe chez les autres prophètes. Les versets 1 à 14 du chapitre XXXVII contiennent une vision qui est sans doute la plus connue dans toute la Bible. Il s’agit en effet de la prophétie sur les ossements symbolisant lla résurrection du peuple d’ISRAËL. C’est après ce passage que D.ieu ordonne à EZECHIEL de réaliser l’acte symbolique des deux morceaux de bois. Ce faisant, non seulement le peuple est mis au courant par EZECHIEL de la vision qu’il a eue, mais il voit de façon concrète ce que D.ieu a voulu communiquer au peuple, au moyen de cet acte symbolique qu’étaient les deux morceaux de bois réunis dans la main du prophète. Le fait de voir de façon directe est plus impressionnant encore que le simple fait d’entendre une communication de la parole divine.

C’est ainsi que nous pourrons constater l’influence qu’ont pu exercer les prophètes grâce à des actes symboliques. Dans la Torah, nous avons trois exemples fournis par MOISE lui-même. D’abord, lors de la guerre contre AMALEK, nous lisons : (Exode XVII, 11-12) : Or, tant que MOISE tenait son bras levé (pour prier), ISRAËL avait le dessus ; lorsqu’il le faisait fléchir, c’est AMALEK qui l’emportait. Les bras de Moïse s’appesantissant, ils prirent une pierre qu’ils mirent sous lui, et il s’assit dessus ; ARON et HOUR soutinrent ses bras, l’un de çà, l’autre de là, et ses bras restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil."

MOISE agit ainsi sans recevoir d’ordre de la part de D.ieu. Par contre, dans le second fait, pour annuler la punition pesant sur le peuple à la suite de ses récriminations liées à la manne qu’ils étaient lassés de consommer, il est écrit (Nombres XXI, 8-9) : "L’Eternel dit à MOISE : Fais toi-même un serpent et place-le au haut d’une perche : quiconque aura été mordu , qu’il le regarde et il vivra ! Et MOISE fit un serpent d’airain, le fixa sur une perche ; et alors si quelqu’un était mordu par un serpent, il levait les yeux vers le serpent d’airain et était sauvé."

Dans ces deux épisodes rien de magique ne s’est produit. Ni la main levée de MOISE, ni le fait de lever les yeux vers le serpent d’airain ne constituent une force mystérieuse et secrète. Ce sont simplement des actes symboliques susceptibles de frapper l’imagination et de susciter des émotions. L’explication la plus pressante nous est d’ailleurs fournie par la Michna (Roch Hachana Chap. III, michna 8) "tant qu’ISRAËL a les yeux levés vers le ciel et se soumet à la volonté de son Créateur, il triomphe, et sinon il trébuche." De la même manière, ce n’est pas le serpent qui guérit, mais la crainte qu’il inspire a pour effet d’inciter le peuple à se tourner vers D.ieu, pour aider à la guérison.

Le troisième acte réalisé par MOISE l’a été sur ordre de D.ieu. En effet, il est écrit : (NOMBRES XXVII, 18) : "Et l’Eternel dit à Moïse : Fais approcher de toi JOSUE, fils de NOUN, homme animé de mon esprit, et impose ta main sur lui."

Le verset 20 dit ensuite : "Tu lui communiqueras une partie de ta majesté, afin que toute l’assemblée des enfants d’Israël lui obéisse."

Comment le peuple pourrait-il comprendre que JOSUE bénéficie d’une partie de la majesté détenue par MOISE si ce n’est par le geste que fit ce dernier, en posant sa main sur JOSUE comme pour une ordination ? C’est par ce geste que les deux hommes étaient à présent reliés.

Pour mieux comprendre la différence essentielle existant entre un acte réel et un acte symbolique, comparons deux récits tirés des premiers prophètes. Lorsque SAUL insista auprès de SAMUEL pour pouvoir le suivre alors que le prophète lui eût fait connaître sa faute et la punition en résultant, il est dit (I SAM. XV, 27) : "Comme SAMUEL lui tournait le dos pour s’en aller, SAUL saisit le pan de sa robe qui se déchira". SAUL avait effectivement déchiré le vêtement pour empêcher SAMUEL de partir. Celui-ci vit dans ce geste l’aspect symbolique et dit (v. 28) : "C’est ainsi que le Seigneur t’arrache aujourd’hui la royauté d’Israël, pour la donner à ton prochain, plus digne que toi ! "

Totalement différent nous apparaît le récit se rapportant au prophète AHYIA de SILO, traitant également d’un vêtement déchiré. Il est dit à ce propos (I Rois XI, 29-32) : "En ce temps-là, JEROBOAM étant sorti de Jérusalem, fut rencontré sur son chemin par le prophète AHYIA de SILO : il était couvert d’un manteau neuf, et tous deux étaient seuls dans la campagne. AHYIA saisissant ce manteau neuf, le déchira en douze lambeaux, et dit à JEROBOAM : Prends pour toi dix de ces lambeaux, car ainsi a parlé l’Eternel, D.ieu d’Israël : je vais arracher le royaume de la main de SALOMON et je t’en donnerai dix tribus. Une seule tribu lui restera , en considération de mon serviteur DAVID et de JERUSALEM, la ville que j’ai élue entre toutes les tribus d’Israël." En disant à deux reprises que le manteau était neuf, le texte veut souligner le caractère symbolique de la déchirure provoquée, pour bien accentuer la brisure occasionnée à la royauté de SAUL.

Ce qui nous surprend le plus sur cette question des actes symboliques chez les prophètes, c’est l’usage divers qu’en ont fait divers prophètes. Chez les premiers prophètes, à l’exception du vêtement déchiré par AHYIAH de SILO, nous ne voyons qu’une seule fois un prophète mensonger, à l’époque de ACHAB, concrétiser des paroles d’encouragement dans un acte symbolique. Nous lisons en effet (I ROIS XXII, 6-11) : "Le roi d’Israël réunit les prophètes, au nombre d’environ quatre cents, et leur dit : Dois-je aller en guerre contre RAMOT en GALLAD ou dois-je m’abstenir ? Ils répondirent : va, l’Eternel livrera la ville au pouvoir du roi...... "SEDECIAS, fils de KENAANA, se fit des cornes de fer et dit : Telle est la parole du Seigneur : avec ces corne tu terrasseras ARAM, au point de l’anéantir." Dans le livre d’ISAIE, nous ne connaissons que deux actes symboliques. 1° il s’agit du nom donné à des enfants pour renforcer la confiance du peuple CHEAR YACHOUV = un reste reviendra. (cf. Isaïe. VII, 3 - X, 20-23 et VIII, 1- 4 « proche est le pillage, imminente la déprédation » = MAHER = proche, CHALLAL = le pillage, ’HACH = le secret, BAZ = la déprédation. 2° la marche effectuée par ISAIE, dévêtu et pieds nus, durant trois années (XX, 1-5). C’est là un signe adressé en direction de l’EGYPTE, car tel était le comportement du roi d’ASSYRIE contre les Egyptiens qui avaient été faits prisonniers.

Parmi les petits prophètes, deux d’entre eux nous rapportent des actes symboliques. 1° (OSEE I, 3) : "le mariage avec une femme prostituée et les noms donnés symboliquement aux enfants et à la fille. 2° La confection par ZACHARIE d’une couronne (VI, 9-15).

C’est dans les livres de JEREMIE et d’EZECHIEL que nous trouvons de nombreux textes rapportant des symboles. Nous ne savons pas si le grand nombre de symboles utilisés tient à la personnalité de ces prophètes ou s’ils ont voulu utiliser ce moyen pour mieux matérialiser leurs discours. Cela tient peut-être également à la période difficile dans laquelle ils vivaient et dans laquelle ce genre de méthode permettait, avant la grande catastrophe qui allait s’abattre sur Israël, de mieux faire comprendre le sens de la parole divine.

Voici la liste des passages dans lesquels sont utilisés des symboles : JEREMIE :la ceinture - I, 1-11. / 2° l’interdiction faite au prophète d’épouser une femme - XVI, 1-13. / 3° dans la maison du potier - XVIII, 1-12. / 4° la cruche - XIX, 1-13. / 5° Les liens et les jougs. JEREMIE et HANANIA - XXVII, 1 à XXVIII, 17. / 6° L’acquisition du champ de HANAMEL - XXXII, 1-44. / 7° La maison des Rekhabites - XXXV, 1-19. / 8° Le choix de grandes pierres et leur enfouissement dans le mortier, symbole de la victoire de Nabuchodonosor sur l’Egypte. - XLIII, 8-13. 9° Le lancement du texte écrit de la prophétie relative à Babylone dans l’Euphrate. LI, 59-64. EZECHIEL :La brique et la poêle de fer - IV, 1-3. / 2° Le coucher sur le côté gauche - IV, 4-8. / 3° Le pain et l’eau - IV, 9-17. / 4° La tonte des chevaux et de la barbe, leur mise sur une balance - V, 1-4. / 5° Les ustensiles d’exil - XII, 1-16. / 6° les soupirs - XXI, 11-12. / 7° L’obligation faite au prophète de ne pas prendre le deuil pour la mort de sa femme, ni d’observer les règles rituelles - XXIV, 15-24. / 8° Les deux morceaux de bois - XXXVII, 15-28. (texte de notre Haphtara).

Dans la classification des actes symboliques chez les derniers prophètes, nous avons trois catégories essentielles. Tout d’abord, la plupart des prophéties revêtant un caractère symbolique ont pour but de montrer au peuple de façon concrète ce qui va se produire, à savoir : les punitions résultant de sa mauvaise conduite. Prenons en compte les passages appartenant aux textes 1 à 5 chez JEREMIE et 1 à 7 chez EZECHIEL. Ce qui est édifiant pour notre étude, c’est la manière par laquelle JEREMIE porte son fardeau, et ce qui paraît dramatique à l’extrême, c’est peut-être ce qu’EZEZCHIEL décrit à propos de l’ustensile de l’exil. En lisant ces textes, nous pouvons comprendre les sentiments éprouvés par le peuple, identiques à ce que nous voyons de nos jours.

Citons ici le passage suivant (EZECHIEL XII, 1 à 7) : "La parole de l’Eternel me fut adressée en ces termes : Fils de l’homme, c’est au milieu de la maison de rébellion que tu demeures, chez ceux qui ont des yeux pour voir et n’ont pas vu, des oreilles pour entendre et n’ont pas entendu, car c’est une maison de rébellion. Or toi, fils de l’homme, fais-toi des ustensiles d’exil et exile-toi, à leurs yeux ; tu t’exileras de ta résidence vers une autre localité, à leurs yeux ; peut-être s’en apercevront-ils, car ils sont une maison de rébellion. Et, de jour, tu déposeras dehors tes ustensiles, comme des ustensiles d’exil, à leurs yeux, et toi-même tu sortiras, le soir, à leurs yeux, comme on part pour l’exil. A leurs yeux, creuse-toi un trou dans le mur et fais (tout sortir par là. A leurs yeux, tu (les) porteras sur l’épaule, après les avoir fait sortir dans l’obscurité ; tu te cacheras la face, pour ne pas voir la terre, car je fais de toi un symbole pour la maison d’Israël."

Parmi tous ces récits, deux d’entre eux viennent particulièrement souligner la situation du peuple pécheur. Sachant que les deux prophètes ont vécu à la même époque, on peut s’étonner qu’ils aient utilisé les mêmes signes, alors que le Talmud Sanhedrin 89 a dit pourtant : "deux prophètes n’utilisent pas le même style".

JEREMIE nous raconte de quelle manière il a voulu tenter les enfants de Rekhab auxquels leur père avait ordonné de ne pas boire de vin, en leur tendant des gobelets et des coupes pleins de vin, en leur proposant de passer outre à l’ordre paternel. Leur refus prémédité dès le début, met le prophète dans une grand colère, et c’est alors qu’il adresse une violente admonestation à l’ensemble du peuple en disant (JER. XXXV, 13-15) : "Alors la parole de l’Eternel fut adressée à Jérémie en ces termes : Ainsi parle l’Eternel-Cebaot, D.ieu d’Israël : va et dis aux gens de Juda et aux habitants de Jérusalem : ne profiterez-vous pas de la leçon, en obéissant à mes commandements dit l’Eternel ? On a exécuté les ordres de JONADAB, fils de REKHAB, qui prescrivait à ses enfants de ne pas boire de vin : ils n’en ont pas bu jusqu’à ce jour, dociles aux recommandations de leur père, et moi, je vous ai adressé la parole chaque matin, sans relâche, sans que vous m’ayez écouté ! Je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes, sans fin ni trêve, pour vous dire : que chacun de vous revienne de sa voie pernicieuse, amendez vos actes, ne suivez pas le culte des dieux étrangers ; de la sorte, vous demeurerez sur le sol que je vous ai donné à vous et à vos ancêtres. Mais vous n’avez point prêté l’oreille, vous ne m’avez pas écouté.

A l’opposé, EZECHIEL montre au peuple un symbole d’un tout autre genre, dont la réalisation s’étend sur environ une année un quart. Il s’agit d’exprimer le poids que pèsent les péchés commis durant de longues générations. Voici ce que dit ce prophète : (IV, 4-6) : "Et toi, couche-toi sur le côté gauche, et tu y placeras l’iniquité de la maison d’Israël ; pendant le nombre de jours où tu seras couché sur ce côté, tu porteras leur iniquité. Et moi, je te compte en jours les années de leur iniquité, trois cent quatre-vingt-dix jours, et ainsi tu porteras l’iniquité de la maison d’Israël. Quand tu les auras accompli, tu te coucheras - en second lieu - sur le côté droit et tu porteras le péché de la maison de JUDA pendant quarante jours ; c’est jour pour année, jour pour année que je te l’impose."

Dans la seconde catégorie de symboles, se trouvent ceux ayant pour but de matérialiser la délivrance future ou la fin des temps. L’acte symbolique ayant un rapport avec d’autres peuples appartient également à cette catégorie. En ordonnant d’enfouir le texte écrit annonçant le châtiment devant frapper BABEL le prophète Jérémie livre en même temps la parabole en disant (LI, 64) : "Ainsi s’effondrera Babel, pour ne plus se relever, par l’effet de la calamité que je fais fondre sur elle." La disparition de Babel constitue la base du relèvement d’Israël.

Les noms des fils d’ISAIE symbolisent le sauvetage et l’éternité du peuple. L’expression "MAHER - CHALAL - ’HACH - BAZ = proche est le pillage, imminente la déprédation" fait allusion au sort attendant l’ennemi, selon les termes explicites du verset, (Jérémie. VIII, 4) : "car l’enfant ne saura pas encore dire : mon père, ma mère, que déjà on emportera devant le roi d’ASSYRIE les richesses de DAMAS et les dépouilles de SAMARIE." Il s’agit là de peuples en guerre avec JUDAH.

L’explication du nom du second fils d’ISAÏE, CHEAR YACHOUV (Isaïe X, 20-23) fut justifiée dans les conditions suivantes : « En ce jour, le reste d’Israël et les débris de la maison de Jacob ne demanderont plus un appui à celui qui les frappait, ils s’appuieront, en sincérité, sur l’Eternel, le Saint d’Israël. Un reste, un reste de Jacob, retournera vers le D.ieu puissant. Oui, ton peuple, ô Israël, fût-il comme le sable de la mer, il n’y aura plus qu’un reste pour s’amender : la destruction est résolue, elle se précipite à bon droit. C’et un arrêt de destruction que le Seigneur, D.ieu Cebaot, est en train d’exécuter dur la surface de toute la terre."

Le nom symbolique d’EMMANUEL (Isaïe VII, 14 - VIII, 8 et 10) se rapporte-t-il au fils d’Isaie ou non ? Cela fait partie d’une discussion chez les exégètes médiévaux. RADAK sur Isaïe VII, 14, dit : "cette jeune femme était-elle l’épouse du prophète ou celle du roi Achaz, ? C’est cette dernière solution qui me semble correcte. Car si avait été l’épouse d’Isaïe, en parlant d’elle, le texte dirait qu’elle était NEVIAH, femme du prophète comme il est dit par ailleurs, (VIII, 3, "et je m’approchai de la prophétesse". Mais en disant (VIII, 8) "et l’envergure de ses ailes couvrira toute l’étendue de ton pays, ô Emmanuel", il semble donc s’agir du fils du roi."

L’acquisition d’un champ par Jérémie est un symbole pour exprimer la délivrance, selon la réponse faite au prophète après la prière formulée par ce dernier : (XXXII, 42-44) : "Oui, voici ce que dit le Seigneur : Aussi bien que j’ai suscité à ce peuple toute cette grande calamité, je lui susciterai tout le bonheur que je lui annonce. On achètera des champs dans ce pays qui, à vous entendre, est ruiné, vide d’hommes et d’animaux, livré au pouvoir des Chaldéens. On y achètera des champs à prix d’argent, on dressera des actes, on les scellera, on assignera des témoins ; (cela se verra) dans le canton de Benjamin, dans les villes de la montagne, dans les villes de la plaine et dans les villes du Midi, car je ramènerai leurs captifs, dit le Seigneur.

L’affaire des morceaux de bois, dont parle notre Haphtara, symbolise la délivrance à la fin des temps, selon les différentes étapes auxquelles se rapporte la parabole :le rassemblement des exilés, l’unité du peuple sur sa terre, les nouveaux rapports avec D.ieu, l’édification du sanctuaire et le retour de la présence divine.

Pour la parabole se rapportant aux couronnes dont parle ZACHARIE, l’explication est fournie dans VI, 12-13 :"voici un homme dont le nom est TSEMAH = REJETON, et il germera de sa place pour bâtir le temple de l’Eternel. Oui, c’est lui qui bâtira le temple de l’Eternel, il en retirera de la gloire et il s’assoira et règnera sur son trône : un prêtre (JOSUE) sera près de son trône, et il y aura une entente pacifique entre eux.".

En dehors des symboles relatifs aux châtiments et à la destruction face à ceux ayant trait à la délivrance et au sauvetage, nous avons de nombreux exemples ne se rapportant pas uniquement à la destinée du peuple. Nous voyons aussi des cas où D.ieu ordonne au prophète de modifier sa vie personnelle ce qui revêt une grande importance aux yeux du peuple. Le prophète, dans ces cas, incarne l’ensemble du peuple. C’est ce que nous lisons dans EZECHIEL. XXIV, 27 : "tu leur serviras de symbole, et ils sauront que je suis l’Eternel."

Lorsque D.ieu demande à EZECHIEL de ne pas respecter les règles de deuil à la mort de sa femme, c’est en opposition avec l’enseignement de la Torah. Le fait de se tondre les cheveux et de se couper les cheveux doit impressionner le peuple, car il se prive ainsi de ce qu’au Moyen-Age on appelait la beauté du visage.

Nous trouvons par ailleurs quatre épisodes dans lesquels l’acte symbolique exigé du prophète touche absolument à la vie personnelle du prophète. Nous avons déjà parlé précédemment du changement de nom pour les enfants d’ISAÏE. Quant à EZECHIEL dont nous savons qu’il était privé d’enfants, il était fortement attaché à sa femme. L’Ecriture utilise à son sujet l’expression "les délices de tes yeux" (EZECHIEL. XXIV, 16). A la mort de celle-ci, le prophète se voit donner l’ordre de ne respecter aucun des usages liés aux rites funéraires. Il doit soupirer en silence. (verset 17).

C’est sur ordre de D.ieu que JEREMIE ne peut réaliser un précepte de la Torah, celui d’avoir des enfants. Il lui est ordonné (Jérémie. XVI, 2) : "Tu n’épouseras pas de femmes et n’auras ni fils ni filles en ces lieux." De plus, pour symboliser le châtiment qui surviendra, le prophète se voit interdire la pratique du précepte relatif à la consolation des endeuillés et la réjouissance des futurs époux, ainsi qu’il est écrit : (XVI, 5 et 8-9) : "N’entre pas dans une maison de deuil, n’y va point porter des paroles de regret ni des paroles de compassion, car j’ai retiré mon amitié à ce peuple, - dit l’Eternel - la bienveillance et la miséricorde....................Tu éviteras de même d’entrer dans une salle de festin pour manger et boire en leur société. Sous vos yeux et de votre temps, je vais supprimer de ces lieux les accents d’allégresse et les chants joyeux, la voix du fiancé et la voix de la fiancée.

C’est du prophète OSEE qu’est exigé la chose la plus dure et la plus étonnante, celle d’être sollicité à deux reprises d’accomplir des gestes en opposition avec les règles de la Torah et avec le sens moral. Une première fois il lui est demandé (OSEE I, 2) : "Unis-toi à une femme prostituée et qu’elle te donne des enfants de prostituée, car ce pays se prostitue vraiment en délaissant l’Eternel." Une seconde fois il lui dit (III, 1) : "Va derechef , accorde ton amour à une femme qui est aimée d’un autre et coupable d’adultère, tout comme D.ieu aime les enfants d’Israël tandis qu’ils se tournent, eux, vers des dieux étrangers."

Nous donnerons sur la Haphtara de BEMIDBAR un commentaire sur ces noces étranges du prophète OSEE. Nous y traiterons également de l’abolition des préceptes dont nous venons de parler précédemment. Nous savons qu’il existe des cas d’exception, tels celui d’ELIE au Mont-Carmel qui ne pouvait être que provisoire et ceux que nous venons de voir au sujet de JEREMIE et EZECHIEL.

Nous terminerons la présente étude en disant que dans certains cas le prophète n’incarne pas le peuple tel qu’il le décrit, tel que nous le voyons chez Jérémie lorsqu’il parle du joug, symbolisant le fardeau imposé à JUDAH et aux peuples soumis à l’autorité de Nabuchodonosor. Il arrive parfois que le prophète représente la divinité ; comme dans le cas dans lequel l’amour qu’il éprouvera pour la femme qu’OSEE doit choisir, sera identique à l’amour que D.ieu manifeste à Israël (OSEE III, 1).

Nous voyons alors quel sommet peut atteindre le prophète, non pas seulement en mettant sa bouche au service de D.ieu et en se montrant capable de réaliser des miracles et des prodiges, mais aussi en permettant au peuple de comprendre ce qui lui adviendra et de fixer la relation de D.ieu à Israël. Le prophète se voit ordonner de prendre une ceinture et ensuite de la détruire.

La parabole qui se rapporte à cet acte nous est fournie par le texte suivant (JEREMIE. XIII, 8-11) : "C’est à cet état que je réduirai l’orgueil de JUDAH et l’orgueil de JERUSALEM, qui sont si grands, ce peuple pervers, qui refuse d’écouter mes paroles, suit les penchants de son coeur, s’attache à d’autres dieux, les adore et s’agenouille devant eux , il deviendra comme cette ceinture qui ne sert plus à rien. En effet, de même qu’on porte sa ceinture nouée aux reins, ainsi je m’étais attaché toute la maison d’Israël et toute la maison de Juda, dit l’Eternel, destinées qu’elles étaient à devenir mon peuple, mon titre de gloire, mon honneur et ma parure : mais elles n’ont pas obéi.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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