Parasha Vayechev 5769

Chabbath 20 décembre 2008 - 23 Kislev 5769 - Début : 16 h 37 - Sortie : 17 h 49.
publié le mardi 16 décembre 2008
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Bénédiction du mois. ROCH-HODECH : Samedi 27 et dimanche 28 décembre 2008 Lecture de la Torah : GENESE XXXVII, 1 à XL, fin : JOSEPH à l’école de la souffrance. Haphtara : AMOS II, 6 - III, 8 : D.ieu révèle son dessein aux prophètes.

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Thème de notre étude : Les prophéties par rapport aux nations.

RESUME : Le Livre du prophète AMOS débute par des prophéties contre six peuples, voisins d’ISRAËL. Vient ensuite une prophétie sur JUDAH. Enfin, une prophétie sur ISRAËL. Tous les textes débutent par la m^me phrase : « A cause du triple, du quadruple crime de....... Je ne le révoquerai pas ». Outre le discours d’admonestation adressé à ISRAËL, notre Haphtara comporte quelques versets destinés à réprimander, en utilisant des images de la nature, car c’est D.ieu qui fixe le destin de tout ce qui vit. La prophétie n’est pas un genre d’activité libre laissé à l’appréciation du prophète. C’est un rôle qui lui est imposé par une force supérieure, que le prophète ne peut fuir.

AMOS II, verset 6 à 8 : Les fautes d’ISRAËL : « Ainsi parlé l’Eternel : A cause du triple crime, du quadruple crime d’ISRAËL, je ne le révoquerai pas : parce qu’ils vendent le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales....... Le fils et le père fréquentent la prostituée,...... ils s’étendent, près de chaque autel, sur des vêtement pris en gage. »

AMOS II, versets 9 à 12 : « Les actes d’amour réalisés par D.ieu en faveur d’ISRAËL » « et c’est moi pourtant qui ai détruit pour eux l’AMORREEN..... Et c’est moi qui vous ai retirés du pays d’EGYPYE, qui vous ai dirigés dans le désert quarante années...... Et c’est parmi vos fils que j’ai suscité des prophètes, parmi vos adolescents des Naziréens ! Mais vous avez forcé les Naziréens à boire du vin, et aux prophètes vous avez fait défense de prophétiser ! »

AMOS II, versets 13 à 16 : « Le châtiment » : « Eh bien ! je vais vous écraser sur place comme un chariot chargé de gerbes écrase [le sol]........ la fuite deviendra impossible au plus agile,...... l’homme aux pieds légers ne pourra échapper.......... Le plus brave parmi les guerriers s’enfuira nu ce jour-là, dit l’Eternel ».

AMOS III, versets 1 - 2 : Le choix d’ISRAËL est une responsabilité morale particulière : « Ecoutez cette parole que prononce l’Eternel sur vous, enfants d’ISRAËL......... C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi je vous demande compte de toutes vos fautes. »

AMOS III, versets 3 à 8 : La Providence supérieur détermine tout. La prophétie est une activité nécessaire à laquelle le prophète ne peut se dérober. « Deux hommes marchent-ils de concert s’ils ne se sont pas entendus d’avance ? Le lion rugit-il dans la forêt, s’il ne tient une proie,....... la trompette sonnera-t-elle dans une ville sans mettre le peuple en émoi ? Un malheur atteindra-t-il la cité, si l’Eternel n’en est l’auteur ? Ainsi le Seigneur D.ieu n’accomplit rien qu’il n’ait révélé son dessein à ses serviteurs, les prophètes. Le lion a rugi : qui n’aurait peur ? Le Seigneur D.ieu a parlé : qui ne prophétiserait ? »

Les points communs entre la Paracha et la Haphtara

A première vue, le lien entre le récit de la paracha et le contenu de la Haphtara semble très faible. La paracha nous relate la vente de JOSEPH, vendu par ses frères pour vingt pièces d’argent (GENESE, chapitre XXXVII), tandis que le prophète AMOS réprimande ISRAËL (AMOS II, 6). Le Talmud KETPUBOTH 111 a, qualifie JOSEPH de JUSTE. On peut penser dans ces conditions, que les termes utilisés dans la Haphtara sont une sorte d’allusion à la faute commise par les fils de JACOB à leur époque. Notre prophète poursuit son analyse en disant que même les descendants des fils de JACOB agissent de la même manière en pratiquant la haine entre frères. Il est possible de démontrer, grâce au Midrash, et même par l’examen des versets, que la faute de la vente de JOSEPH soit considérée comme la faute la plus grave qui puisse exister. Elle a entraîné le châtiment pour de nombreuses générations. Le Midrash pose la question de savoir ce qui a causé la mort par supplice de dix rabbins à l’époque de l’occupation romaine ? L’explication nous est rapportée par le Midrash dans « OTSAR HAMIDRASHIM » pages 443-444 où l’on nous raconte ceci : « Lorsque D.ieu créa les arbres, que ceux-ci grandirent et devinrent forts, en exprimant leur satisfaction. Mais lorsque D.ieu fabriqua le métal, ils dirent : « malheur à nous, D.ieu a fabriqué l’instrument qui va nous fendre. Si l’on ne mettait pas de manche en bois à la cognée, celle-ci ne pourrait pas nous causer de mal. » Ainsi, en est-il pour les enfants d’ISRAËL. S’ils n’avaient enseigné la Torah à l’Empereur, nous n’en serions pas là. En effet, poursuit le Midrash, un jour, ayant lu dans la Torah le texte suivant : « Celui qui aura enlevé un homme et l’aura vendu, si on l’a pris sur le fait, sera mis à mort » (EXODE XXI, 16), l’Empereur HADRIEN fit mander Rabane SHIMONE ben GAMLIEL et ses collègues, leur disant : selon le verset cité, vous êtes coupables de mort, comme le rappelle le prophète AMOS. Ils lui dirent : « si les frères de JOSEPH sont coupables, pour quelle raison devons-nous subir la peine de mort ? « Il leur répondit : « si ceux-ci étaient en vie, je les condamnerais, mais à défaut d’eux, c’est vous qui serez exécutés à leur place ». Après un délai de trois jours qui leur fut accordé pour qu’ils puissent savoir si la sentence était bien décidée par le Ciel, il leur fut répondu que de toutes les générations qui auraient dû subir le châtiment décrété par l’Empereur, seule celle de ces dix martyrs de la Foi était jugée digne d’expier la faute commise par les frères de JOSEPH. De cette AGADA, nous pouvons apprendre que la notion de JUSTICE - TSEDEK, est également utilisée par les nations contre ISRAËL pour lui faire expier la faute de la vente de JOSEPH. Leur colère ne s’est calmée qu’après la mise à mort des DIX MARTYRS de la FOI, dont nous rappelons d’ailleurs le supplice dans les prières du jour de KIPPOUR.

De toute autre manière, MENDEL HIRSCH, dans son introduction au commentaire de notre Haphtara nous donne une autre raison du choix de celle-ci. Selon lui, la paracha nous avait rapporté l’histoire de JOSEPH, ayant surmonté l’épreuve liée à la tentative de séduction dont il avait été l’objet de la part de la femme de PUTIPHAR. Il lui avait répondu : « Comment puis-je commettre un si grand méfait, et offenser le Seigneur ? » (GENESE XXXIX) C’est pourquoi, la AGADA (YALKOUT CHIMONI sur GENESE § 144) nous enseigne ceci : « Un méchant, lorsqu’il se présente devant le Tribunal Céleste se voir poser la question suivante : « Pour quelle raison n’as-tu pas étudié la Torah ? » Il répond : « Et très beau, j’étais retenu par mes passions ». On lui demande alors s’il était plus beau que JOSEPH ? Ainsi, ce dernier est-il l’accusateur des méchants. Une autre AGADA , semblant restreindre la grandeur de JOSEPH, poursuit elle aussi par une description plus éclatante de JOSEPH, en rappelant qu’au moment de céder à la tentation que lui offrait cette femme, D.ieu lui fit apparaître l’image de son père se réfléchissant dans une glace, JOSEPH fut alors saisi de honte et s’enfuit. En contrepartie de ce récit, notre Haphtara nous dit alors : « Le fils et le père se rendent chez la prostituée outrageant ainsi mon nom sacré » (AMOS II, 7). Par rapport à la sanctification du nom divin réalisée par JOSEPH, notre Haphtara nous décrit la grande décadence morale aboutissant à la profanation du nom de HACHEM. Non seulement, poursuit HIRSCH, les parents n’éduquent pas leurs enfants pour les maintenir dans la voie de la morale, mais, selon AMOS, père et fils se livrent aux mêmes turpitudes, sans aucune retnue. On peut supposer que notre Haphtara débute par le verset 6 du chapitre II d’AMOS, « A cause du triple, du quadruple crime d’ISRAËL » pour nous indiquer le thème fondamental, permettant de relier la Paracha à la Haphtara. Nous ne devons malgré tout ne pas oublier que le discours de réprimande par lequel le Prophète détaille les fautes d’ISRAËL débute à six reprises par cette formule, telle que nous l’avons déjà mentionnée précédemment.

Les prophéties concernant les nations. Etude sur les différentes prophéties relatives aux nations selon les textes des derniers prophètes d’ISRAËL.

Notre attention sera principalement portée sur les textes présentant un caractère universaliste, quand il s’agit de prophéties adressées aux nations. Seul, un prophète parmi les nations estt considéré comme tel, par la Tradition rabbinique. Il s’agit de BALAAM, Mais celui-ci, n’a rien fait qqui puisse rapprocher les hommes de D.ieu. Parmi les derniers petits prophètes, deux d’entre eux ont consacré leurs discours à d’autres nations et leurs textes se complètent parfaitement/ Du Livre de JONAS nous apprenons que D.ieu l’a envoyé auprès des habitants de NINIVE pour leur annoncer ce qui risque de leur arriver s’ils ne changent pas de conduite et il les invite à faire repentance. Ceux-ci entendent bien le message consistant en cinq mots : « Dans quarante jours, NINIVE sera détruite » (JONAS III, 4). « Ils crurent en D.ieu, ils proclamèrent un jeûne, et tous, grands et petits, se revêtirent de cilices ». (III, 5) Il s’agit là d’un cas unique dans la Bible, d’un prophète d’ISRAËL chargé de porter le message divin auprès d’une nation autre que le peuple d’ISRAËL, pour l’inciter à revenir dans le droit chemin. Le message a bien été entendu, et il en résulte un retour phénoménal dans la voie du bien. L’autre prophète parlant également de NINIVE est NAHUM dont le texte est introduit par les mots suivants : « Oracle sur NINIVE » (I, 1). Mais contrairement à JONAS, celui-ci n’est pas mandaté par D.ieu pour s’adresser spécialement aux habitants de cette ville. Il s’agit d’une vision très dure dans laquelle il formule les accusations suivantes : « Malheur à toi, ville de sang, qui n’es que mensonge, qui es remplie de violence et ne cesse de faire des victimes..... voilà le fruit des nombreuses débauches de la courtisane, si séduisante de grâce, si experte en sorcellerie .... » (NAHUM III, 1 à 4). Des livres de ces deux prophètes que sont JONAS et NAHUM, nous apprenons à propos de NINIVE, la grande perversion morale des nations d’une part, et la possibilité de régénération spirituelle et l’acceptation des demandes formulées par le Créateur, d’autre part. On peut cependant se poser la question de savoir quelle st l’utilité de ces prophéties adressées à des nations étrangères aux Juifs ? Quelle est leur intention ? En fait, elles étaient destinées à servir de leçon à SRAËL.

Ainsi, au chapitre XX d’ISAÏE, nous apprenons que sur ordre de D.ieu, il a dû marcher pieds-nus durant trois années, pour « servir de signe et de présage à l’EGYPTE et à l’ETHIOPIE (v. 4). Quel doit être l’effet de ces symboles étranges ? « Ils (les Israélites) seront terrorisés et pleins de confusion à cause de l’ETHIOPIE qui était leur espoir, et de l’EGYPTE, dont ils s’étaient glorifiés » (v. 5).

JEREMIE utilise le même procédé, à savoir qu’il doit agir en se servant d’une prophétie relative à l’EGYPTE, de telle sorte que le peuple d’ISRAËL en retire la leçon. JEREMIE reçoit l’ordre assez étrange suivant : « Prends entre tes mains de grandes pierres et, sous les yeux des JUDEENS, plonge-les dans le mortier du four de briques qui se trouve à l’entrée du palais du Pharaon » (XLIII, 9). Le sens de cet ordre nous est ensuite dévoilé : « Voici, je vais envoyer chercher NABUCHODONOSOR, roi de Babylone, mon serviteur ; et j’établirai son trône par-dessus ces pierres que j’ai fait enfouir. » (v. 10)

Il nous paraît évident que toutes les prophéties adressées aux nations étaient en fait destinées au peuple d’ISRAËL pour qu’il en tire la leçon. JEREMIE, le prophète nationaliste par excellence souffre pour les souffrances de son peuple. Ainsi, au moment il fut désigné comme prophète, il lui fut dit : « Je t’avais désigné comme prophète des nations » (JEREMIE I, 5). Les commentateurs débattent beaucoup du sens de cette dénomination. RACHI, parlant d’ISRAËL explique que celui-ci se comportait en fait comme les nations environnantes. Le SHADAL - Rabbi SCHMOUEL DAVID LUZZATTO (1800-1865 - poète, exégète né à TRIESTE mais ayant vécu à PADOUE où il fut l’un des principaux professeurs au séminaire rabbinique de cette ville) nous donne à propos de JEREMIE l’explication suivante : « Etre qualifié de prophète pour les nations, ne signifie pas qu’il doit aller parler aux nations, mais en s’adressant à ISRAËL il rappellera ce qui est arrivé à d’autres nations ».

A part JEREMIE, nous ne trouvons chez aucun prophète après lui, la moindre mention d’une intervention auprès d’autres nations, à caractère politique. Il intervient contre EDOM - MOAB - les AMMIONITES - TYR et SIDON. Ce n’est que chez JEREMIE, comme titre général aux chapitres XLVI - LI, que nous trouvons les termes suivants : « Telle est la communication que l’Eternel fit à JEREMIE concernant les nations ». Il semble que ces prophéties sont indubitablement destinées à nous enseigner et à nous répéter par différents moyens, que « Celui qui a créé l’Univers est également le Juge de toute la terre ». Et nous pouvons constater que toutes les prophéties lancées contre les peuples annoncent des punitions.

Dans le Livre d’ISAÏE, du chapitre XIII au chapitre XXIII, nous avons onze prophéties destinées à d’autres peuples. Elles commencent toutes par le terme « ORACLE ». Au chapitre XXIV, comme une sorte de conclusion à l’ensemble, ISAÏE mentionne les nations en général, ISRAËL en particulier. Dans ce dernier groupe de versets, nous pouvons distinguer certaines pistes particulières. 1° Bien que ces chapitres débutent par la même mention « ORACLE », nous ne trouvons aucune indication précise sur la nature des fautes ayant entraîné un sort difficile pour l’avenir. 2° Parfois, aux prophéties de malheurs, sont jointes des promesses de renaissance ou eschatologiques. Ainsi par exemple, concernant l’EGYPTE, ISAÏE, chapitre XIX, versets 24-25, déclare : « En ce jour-là, ISRAËL uni, lui troisième, à l’EGYPTE et à l’ASSYRIE, sera un sujet de bénédiction dans l’étendue de ces pays, car l’Eternel-Cebaot lui aura conféré sa bénédiction en ces termes : « Bénis soient mon peuple d’EGYPTE, l’ASSYRIE, œuvre de mes mains, et ISRAËL, mon bien propre ». 3° Dans cet ensemble de textes concernant les nations, ISRAËL est parfois mentionné , et précédant l’oracle sur TYR, une promesse de malheurs s’adresse à ISRAËL. 4° En conclusion à l’ensemble des textes mentionnant les nations, le chapitre XXIV dépeint une situation catastrophique de laquelle que seul surmontera ISRAËL. Nous ne retiendrons ici que deux versets les plus significatifs disant : « La terre est attristée et flétrie, le monde est désolé et languissant, l’élite de la population est abattue. C’est que la terre a été souillée par ses habitants : ils ont transgressé les lois, violé les statuts, rompu le pacte antique. » (XXIV, versets 4 et 5). Nous trouvons parfois une description imagée : « La terre chancelle comme un homme ivre, elle est secouée comme une hutte ; elle est écrasée sous le poids de son iniquité, elle tombe et ne peut plus se relever » (verset 20).

En conclusion à cet ensemble de chapitres consacrés aux nations, il est fait mention de la gloire de l’autorité de D.ieu : « car l’Eternel-Cebaot règnera alors sur la montagne de SION et à JERUSALEM, et sa gloire brillera aux yeux de ses anciens » (verset 23. Curieusement, nous trouvons la même proclamation au terme de cet ensemble de textes relatifs aux nationsque nous lisions au début, précisément au chapitre XIII, consacré à BABYLONE. En effet, dans XXIV, 23 nous lisions ceci : « la lune sera couverte de honte ; le soleil de confusion, car l’Eternel-Cebaot règnera alors sur la montagne de SION ..... ». Il s’agit là du rappel d’un Midrash, selon lequel, au moment de la Création du monde, la lune serait venue se plaindre du soleil dont la lumière était trop brillante, et pour la punir de son effronterie, D.ieu lui a enjoint que de n’éclairer durant la nuit. (GENESE I, 16). A titre de rappel nous mentionnerons ici l’usage selon lequel, chaque mois, durant la première quinzaine, les fidèles se réunissent à l’extérieur des maisons, pour réciter des bénédictions spéciales consacrées au renouvellement de la lune, à l’image du peuple juif, qui tout au long de son histoire a connu des périodes de fastes et de lumières, mais bien plus souvent des périodes de persécutions et d’ombres. Par rapport au texte d’ISAÏE que nous venons de citer, nous avions celui précédemment du chapitre XIII, versets 10 - 11, où il disait : « Les étoiles du ciel et ses constellations ne feront plus briller leur lumière, le soleil sera obscurci dès son lever, la lune ne jettera plus de clarté, car je vais punir le globe de ses méfaits et les méchants de leurs crimes. »

Du Livre d’AMOS dont est extraite notre Haphtara, nous pouvons constater que ce prophète, dès le début de son action prophétique, commence par une série de prophéties relatives aux nations, ce que nous trouvons chez aucun des autres prophètes. Selon un auteur contemporain, TSEVI ADAR, dans son ouvrage intitulé « les valeurs éducatives du TANAKH, page 109 », explique : « La prophétie d’AMOS commençant par dénombrer les fautes des nations se trouvant autour de JUDA (ARAM, les PHILISTINS, TYR, EDOM, AMON et MOAB), mais mentionnant également SION, pour le châtiment et la destruction qui résultera de ses fautes, si même ces paroles contre les ennemis faisaient plaisir à entendre, le peuple souhaitant constamment que ses prophètes expriment des reproches adressés aux ennemis et des paroles de soutien pour son propre avenir, tout cela ne semble pas acceptable. Mais, selon le commentaire de YEHESKEL KAUFMANN, qui se demande pour quelle raison AMOS estime nécessaire de commencer son œuvre en s’adressant aux nations, pour après six textes les concernant, finir par adresser des reproches à ISRAËL ? On peut supposer que ce faisant, AMOS a tenu à indiquer à ISRAËL qu’ayant été choisi par D.ieu, cela lui conférait des obligations et des responsabilités morales supplémentaires. Dès le début de son Livre, AMOS précise la situation en disant : « C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre , c’est pourquoi je vous demande compte de toutes vos fautes » (III, 2). A la fin de ce même Livre, AMOS ne se contente pas de dire que cette élection comporte en fait une responsabilité accrue, mais présente l’affaire sous forme interrogative, pour souligner tout les bienfaits que D.ieu a consenti en faveur d’ISRAËL. Parlant des six discours tenus aux nations et des deux adressés à ISRAËL, le philosophe Martin BUBER montre bien la différence entre les deux sortes de discours, ceux pour les nations et ceux pour ISRAËL. Ce qu’il reproche aux nations c’est de ne pas s’entendre entre elles, tandis qu’il reproche à ISRAËL ses fautes envers D.ieu. Parlant des fautes de JUDA, AMOS déclare : « parce qu’ils on méprisé la Loi de l’Eternel et violé ses statuts, parce qu’ils se sont laissé égarer par leurs mensongères idoles, que leurs pères eux-mêmes avaient suivies. Aussi déchaînerai-je le feu contre JUDA, pour qu’il dévore les palais de JERUSALEM. » (II, 4 - 5). De plus, ISRAËL s’est rendu coupable d’avoir voulu empêcher les prophètes de s’exprimer. (II, 12). Avant de clore notre étude, qui aurait dû être élargie aux exemples d’autres prophètes s’étant adressé aux nations, tel JEREMIE, nous citerons plutôt EZECHIEL. Celui-ci, très souvent, surtout au début de son Livre, s’en prend durement à ISRAËL (Chapitres I à XXIV) . Mais comme une passerelle vers des textes plus paisibles de consolation (chapitres XXV à XXXII), il fait la leçon aux nations. Nous citerons brièvement les passages concernés : 1) XXV, 1à 7 : contre AMON. 2) XXV, 8 à 11 : contre MOAB. 3) XXV, 12 à 14 : contre EDOM. 4) XXV, 15 à 17 : contre les PHILISTINS. 5) XXVI, 1 à 28 et XIX : contre TYR. 6) XXVIII, 20 à 26 : contre SIDON 7) XXIX, 1 à 32 et XXXII : contre l’EGYPTE.

Dans tous ces textes, l’essentiel des fautes qui sont reprochées aux différents peuples mis en cause réside dans leurs méfaits envers ISRAËL. Parfois, il est question de révolte contre D.ieu ou de péché d’orgueil, concernant TYR (EZECHIELXXVIII, 2) ou encore l’EGYPTE (XXIX, 3) : « grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis : « Mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait En comparant les prophéties de JEREMIE à celles d’EZECHIEL, on peut constater que ce dernier ne mentionne nulle part la BABYLONIE. L’explication est simple. En effet, EZECHIEL, comme l’on sait, a séjourné dans ce pays où il a été exilé après la destruction de premier Temple (586 avant J.C). Les Juifs n’y étaient pas malheureux. On en a la preuve par cette déclaration de JEREMIE XXIX, 5 à 7, où il dit : « Bâtissez des maisons et habitez-les, plantez des jardins et mangez-en les fruits, épousez des femmes et mettez au monde fils et filles...... Travaillez enfin à la prospérité de la ville où je vous ai relégués et implorez D.ieu en sa faveur. » C’est ce dernier passage qui a été pris en compte par les rabbins de toutes les époques et de tous les continents pour inviter leurs fidèles à s’intégrer dans la société sans pour autant renier leur conscience et leurs principes religieux. Ainsi, en France, il est d’usage de réciter chaque samedi au cours de l’office du matin, après la lecture du rouleau de la Torah, la prière pour la République. En règle générale, les citoyens juifs d’autres pays prient pour leurs souverains ou pour leurs chefs d’Etats.

Pour donner une conclusion à cette étude, nous pouvons constater que chaque prophète s’est distingué par son style et son langage, par la manière dont il s’adressait aux nations, en fonction des reproches qu’il avait à leur adresser.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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