Parasha Vayichla"h 5769

Chabbath 13 décembre 2008 - 16 Kislev 5769 - Début : 16 h 35 - Sortie : 17 h 47
publié le mardi 9 décembre 2008
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Lecture de la Torah : GENESE XXXII, 4 - XXXVI, fin : JACOB, nommé ISRAËL : mort d’ISAAC. Haphtara : OBADIA : Châtiment d’ESAÜ - EDOM.

Thème de notre étude : EDOM, symbole de la haine envers Israël, selon les textes prophétiques.


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RESUME :

Le livre du prophète OBADIA est le plus petit des livres prophétiques. Il ne contient qu’un seul chapitre et ne comporte que vingt-et-un versets. Il s’agit ici de tout le texte de notre la Haphtara lue cette semaine. Il traite de la faute d’EDOM envers ISRAËL, de son châtiment à cet égard, comme de celui que subiront toutes les nations à la fin des temps pour avoir fait la guerre à ISRAËL..

Verset 1 : Appel à la guerre contre EDOM. "Nous avons entendu une annonce de la part de l’Eternel, un messager a été envoyé parmi les nations : Debout ! Levons-nous contre lui pour combattre !"

2-4 :L’effronterie d’EDOM

5-6 :Complainte sur le butin.

7-9 :La chute.

10-14 :ESAÜ au jour de Jérusalem.

15-21 :Le jour de D.ieu contre EDOM, les nations et la délivrance d’ISRAËL.

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Relation entre la Paracha et la Haphtara.

Dans la Paracha il est question des frères JACOB et ESAÜ, fils d’ISAAC et REBECCA. On y parle également de leur rencontre après des années de séparation et de leur réconciliation. Par contre, dans la Haphtara, les deux frères sont en opposition l’un à l’autre. Le peuple EDOM-ESAU poursuit ISRAEL, se réjouit de son malheur, livre ses prisonniers, mais lorsque sonnera l’heure de la punition, EDOM sera frappé tout comme d’autres nations avec lui. Certains voient dans nos textes un lien commun, même si dans le premier cas, on parle d’individus et dans le second cas de nations-peuples. Selon le Midrash, qui passe aisément du cas particulier au général, c’est-à-dire au peuple, nous trouvons comme une sorte de lien imaginaire entre ces deux sortes d’univers. Dans la Paracha, on nous rapporte le conseil donné par Esaü à Jacob, après la scène de la réconciliation. (XXXIII, 12) "Partons et marchons ensemble", et Jacob donne la réponse bien connue : (XXXIII, 13-14) : "Mon seigneur sait que ces enfants sont délicats, que ce menu et gros bétail qui allaitent exigent mes soins ; si on les surmène un seul jour, tout le jeune bétail périra. Que mon seigneur veuille passer devant son serviteur ; moi, je cheminerai à ma commodité, selon le pas de la suite qui m’accompagne, et selon le pas des enfants,

jusqu’à ce que je rejoigne mon seigneur à Séïr."

La Torah interrompt ensuite cet entretien et nous ne savons plus rien d’une marche de Jacob en direction d’Esaü.

Mais c’est là que le Midrash vient tisser le fil du récit et nous rapporte cet enseignement (Midrash. Rabba chap. 78) : « Rabbi ABAHOU a dit : après avoir bien cherché, nous n’avons vu nulle part que JACOB soit allé de son vivant chez ESAÜ à SEIR. S’agit-il d’un JACOB trompeur ? Non, car il l’a rejoint dans le monde futur. Il est écrit : "Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour se faire les justiciers du mont d’Esaü." (v. 21)

C’est donc selon cette vue des choses que l’on peut trouver la relation entre la paracha et la haphtara sous une forme opposée. Dans la paracha, c’est ESAÜ, l’homme fort devant lequel JACOB a peur et s’effraie, alors que dans la haphtara, à la fin des temps, JACOB dominera ESAÜ, et quand la royauté appartiendra à D.ieu, "la maison de Jacob sera un feu, la maison de Joseph une flamme, la maison d’Esaü un amas de chaume." (v . 18)

Nous savons depuis longtemps que le EDOM dans notre Haphtara n’est pas le ESAU de la Torah. Il s’agit cependant d’un peuple voisin ne manifestant aucun signe de fraternité et de voisinage. En examinant les choses de près, nous verrons qu’il y a également dans la Haphtara, une prophétie contre toutes les nations. On peut même dire que cette prophétie concernant ESAÜ peut être considérée comme typique de celle relative à toutes les nations. A deux reprises dans notre texte, nous trouvons des applications pratiques de cette interprétation.

1° OBADIA 15-16 : "Quand approchera le jour du Seigneur pour toutes les nations, — comme tu as fait il te sera fait, tes oeuvres retomberont sur ta tête. Oui, comme vous avez bu sur ma montagne sainte, ainsi les nations boiront sans discontinuer ; elles boiront et en perdront la raison, elles seront comme si elles n’avaient jamais été." On constate immédiatement de façon caractéristique, le changement entre le premier et le second de ces versets, passant du singulier au pluriel. Le texte insiste ensuite sur un point essentiel, celui du jugement exercé contre la montagne d’Esaü qui amènera "l’acceptation du royaume céleste". Il dit en effet : "Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour se faire les justiciers du mont d’Esaü."(v. 21)

GENESE XXXII, 26 : Nous notons toutefois que l’opposition constatée dans le texte de la Haphtara entre JACOB et ESAÜ se trouve déjà dans notre paracha, reprise par le Midrash. En effet, à propos de la lutte entre JACOB et l’ange, nous prenons connaissance de l’antagonisme entre ESAÜ (représenté par cet ange) et JACOB. Voici ce que dit NACHMANIDE (RAMBAN) : "De là nous pouvons avoir un écho de toutes les souffrances endurées par les juifs parmi les nations." Selon le Midrash rapportant les paroles de Rabbi ’HYIA bar ABBA, cet épisode biblique nous renvoie à la situation des juifs qui furent contraints de supporter toutes sortes de difficultés, pouvant aller jusqu’à la conversion. Et d’ajouter :" nous avons tout supporté avec courage" comme en témoigne d’ailleurs le verset biblique (GENESE XXXIII, 18) : "Jacob parvint ensuite à Shalem".

Le terme SHALEM désignant une localité, signifie également "INTEGRE - COMPLET, comme pour dire que JACOB ne fut nullement atteint par les menaces de destruction physique ou spirituelle envisagées par ESAÜ. C’est sans doute là ; grâce à ce commentaire de RAMBAN, que nous trouvons une allusion permettant de relier nos textes, pour bien signifier qu’ISRAËL ne sera jamais totalement anéanti par ESAÜ.

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EDOM : Symbole de la haine contre Israël, selon les livres prophétiques.

Ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment, nous pourrons aisément constater à travers le texte de notre Haphtara pris comme exemple, qu’ESAÜ représente le cas type de tous les ennemis d’ISRAËL à travers tous les temps.

Nous pourrions ainsi comparer OBADIA 5-6 et JEREMIE XLIX,10. Chez OBADIA, il est dit : "Si ce sont des voleurs qui viennent contre toi, des détrousseurs de nuit, comme tu seras éperdu ! Ne pilleront-ils pas tout ce qu’ils pourront ? Si ce sont des vendangeurs qui viennent contre toi, que laisseront-ils sinon de quoi grappiller ? Ah ! comme ESAÜ est fouillé en tous sens ! comme ses retraites mystérieuses sont mises à découvert :" Dans JEREMIE (XLIX, 9) nous avons un texte presque semblable disant : "Si ce sont des vendangeurs qui viennent contre toi, ils ne laisseront pas de quoi grappiller : si ce sont des voleurs pendant la nuit, ils détruiront tout ce qu’ils pourront. Mais c’est moi qui mets à nu Esaü, je découvre ses mystérieuses retraites, il ne peut plus se cacher : ruinés sont ses enfants, ses frères, ses voisins, c’en est fait de lui." C’est notamment au sujet des comparaisons possibles entre ces deux textes que Rabbi Joseph NAHMIAS (14° s.) fait remarquer qu’il s’agit dans nos textes d’un même principe rappelé dans le Talmud Sanhédrin 89 a, selon lequel nous trouvons un style identique chez plusieurs prophètes, mais à vrai-dire, deux prophètes parviennent malgré tout à se distinguer l’un de l’autre.

La prophétie relative à EDOM, telle que nous la trouvons chez JEREMIE est fréquente chez les autres prophètes. Chez ce dernier, elle concerne très souvent les relations avec les autres nations et débute, comme au chapitre XLVI, 1 de JEREMIE par la mention : "Telle est la communication que l’Eternel fit à Jérémie concernant les nations."

Cette même formulation se retrouve sans discontinuer jusqu’aux chapitres LI.. En fait, nous trouvons dans OBADIA déjà, la moitié des prophéties contenues dans les textes de JEREMIE et se rapportant à EDOM. Et c’est là que se trouve également rapporté le châtiment de ses actes au moment où D.ieu le détruira.

Ce qui n’apparaît pas clairement chez OBADIA au contraire de JEREMIE (XLIX, 16), c’est la faute de EDOM qui est celle de l’orgueil. RADAK fait remarquer qu’avec la destruction d’EDOM, se manifestera la délivrance d’ISRAËL, dont l’annonce sert de conclusion à la prophétie d’OBADIA. Assez curieusement, cette prophétie concernant des personnes ayant vécu à l’époque du premier Temple se situe en fait à l’époque du second, quand ses ennemis légendaires faisaient cruellement souffrir ISRAËL.

Ce même prophète veut en fait annoncer qu’à la fin des temps, quand l’exil d’ISRAËL s’achèvera, D.ieu demandera des comptes à tousses ennemis. Il convient de faire remarquer ici que le pays d’EDOM n’existe plus en tant que tel, et que ceux qui l’ont habité se trouvent à présent éparpillés parmi les nations chrétiennes et musulmanes. Depuis les époques primitives, toutes les nations se sont fondues et mélangées. De nos jours, on considère que le royaume romain a pris la place de toutes ces nations désignées par la Bible, et c’est donc à lui que s’appliquent les prophéties relatives à la fin des temps.

Il est assez curieux de noter chez ISAÏE deux prophéties se rapportant elles aussi à EDOM, symbole ou prototype des autres nations. Il s’agit d’ISAÏE XXXIV, 1 à 17 et ISAÏE LXIII, 1 à 6. Dans son texte du chapitre XXXIV, versets 1 et 2, ISAÏE s’adresse aux nations et leur dit : "Approchez, peuples, pour entendre, nations, soyez attentives, que la terre écoute, elle et tout ce qui la remplit, le globe avec toutes ses créatures ! Car l’Eternel est irrité contre tous les peuples et en colère contre toutes leurs légions : il les a frappés d’anathème, voué au carnage." Ensuite, dans les versets 5 et 6, le prophète désigne la nation en question et dit : "Déjà mon glaive est ivre de sang au ciel : le voici qui s’abat sur Edom, sur le peuple que j’ai frappé d’anathème, pour faire justice. Le glaive du Seigneur dégouline de sang, est luisant de graisse : c’est le sang des agneaux et des boucs, la graisse des béliers : car un festin se prépare pour le Seigneur, à Boçra, de grandes hécatombes dans le pays d’Edom."

Nous trouvons le même thème au chapitre LXIII, versets 1 à 3, toujours au sujet d’EDOM et des nations. Nous passons ensuite chez MALACHIE I, 1-5, un passage que nous avions déjà vu dans la Haphtara de TOLEDOTH (MALACHIE I, 1 à II, 7), où le texte nous fait remarquer les liens de chair existant entre JACOB et ESAÜ, ainsi que la disparition de ce dernier.

Notons par ailleurs que chez EZECHIEL (chapitres XXV à XXXII) et particulièrement dans XXV, 12-14, il est dit : "Ainsi parle le Seigneur D.ieu : à cause des procédés d’Edom, quand il a tiré vengeance de la maison de Juda, et parce qu’il s’est rendu coupable par les représailles qu’il a exercées, c’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur D.ieu, j’étendrai ma main sur EDOM et j’en exterminerai hommes et bêtes : j’en ferai une ruine depuis TEMÂN, et jusqu’à DEDÂN, ils tomberont sous l’épée."

Il existe enfin une prophétie dont la compréhension est difficile. Il s’agit d’ISAÏE XXI, 11-12 disant : "Oracle contre Douma (= Edom) : Une voix crie vers moi de SEIR ; Guetteur, où en est la nuit ? qu’en est-il de la nuit, guetteur ? Le guetteur répond : Le matin vient, puis ensuite la nuit. Si vous voulez des nouvelles, interrogez ; refaites le même chemin, venez. (Edom consulte le prophète sur le sort qui l’attend. La réponse est évasive). Telle est l’interprétation fournie entre autres par RACHI.

Par les quelques passages que nous avons utilisés, nous avons tenté de démontrer que le ESAÜ de la GENESE était étroitement lié à EDOM dont nous parle sans cesse la Bible, en nous démontrant qu’il reste un ennemi irréductible et implacable d’ISRAËL. C’est pourquoi, dit le Midrash, à la fin des temps, même quand D.ieu acceptera des présents de toutes les nations, il refusera celui d’EDOM. (cf. Midrash Rabba sur Exode, chapitre 35), en raison de toutes les souffrances qu’il aura fait endurer à JACOB-ISRAEL.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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