« Souvenir et repentance.... »

BILLET DU 16 NOVEMBRE 2008
publié le dimanche 16 novembre 2008
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Bonjour,

Le rapport de l’historien André Kaspi, remis au lendemain des commémorations du 11 novembre au secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants a fait l’effet d’une bombe. La « Commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques » estime en effet que la France commémore trop. Douze jours de commémorations nationales contre 6 il y a encore huit ans. Pour André Kaspi, trois jours commémoratifs devraient être mis en avant, quitte à faire de l’ombre aux autres : Le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre.

Seules ces trois dernières dates représentent un jour férié, les autres commémorations ne bénéficient pas d’un jour qui serait unanimement marqué par la Nation. Il y a par conséquent une différence de traitement entre les commémorations qui existe de fait. Lorsque la Nation commémore elle doit le faire avec la même intensité quelque soit l’objet de la commémoration. Et pourtant il est vrai qu’il nous apparaît difficile, si nous devions en faire la liste, d’énumérer les douze journées de commémoration marquées en France !

André Kaspi considère qu’en multipliant les journées commémoratives, on en amoindri la portée en entrant dans une concurrence des mémoires. On ne peut, en quelques minutes, répondre à cet argument mais l’on peut tout au moins dire qu’en marquant l’esclavage, la Shoah ou la Révolution française, chacune des commémorations répond à une spécificité qui ne se trouve pas amoindrie par les autres. En revanche il est un point sur lequel on peut répondre assez fermement à André Kaspi lorsqu’il déclare : « Au lieu d’exalter la fierté nationale, on insiste par ces commémorations sur la culpabilité de la nation ». Ainsi, selon Kaspi, une journée de commémoration devrait-elle avoir comme fonction première « d’exalter la fierté nationale ». La France a de nombreuses raisons d’être fière de son histoire, de son passé, de son apport civilisationnel, de ses lumières. Mais la France se grandit encore lorsqu’elle est en mesure de reconnaître ses fautes et ses manquements. Cette reconnaissance ne peut pas seulement s’exprimer le temps d’un discours ou d’une déclaration solennelle, elle mérite d’être reconnue dans le temps par la répétition d’un rituel républicain. Le fait de commémorer demande années après années de se renouveler. Cette année, le 11 novembre s’est tenu sans la présence d’un poilu et il en sera désormais ainsi.

Le judaïsme a toujours su placer l’exigence du souvenir au-dessus de toutes choses. La journée de Kippour culmine à l’évocation de nos morts et trouve sa conclusion dans un souhait total de repentance. Le souvenir et la repentance comme modèle commémoratif républicain. Voilà peut-être une autre façon de réfléchir à ce sujet si important.

Tout à l’heure, à 10h30, dans « trente minutes pour convaincre », Vladimir Spiro et Gérard Akoun recevront André Kaspi. Nul doute que le spécialiste des Etats-Unis reviendra également sur le rapport de la Commission qu’il préside.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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