Parasha Le’h lé’ha 5769

Chabbath 8 Novembre 2008
publié le vendredi 7 novembre 2008
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HAPHTARA - LE’H LE’HA La mention des noms des patriarches et des matriarches dans les livres prophetiques . ISAIE XL, 27 à XLI, 16 : Election d’Israël.

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RESUME :

Ce texte fait également partie des passages consacrés au soutien et à la consolation, en vue de raffermir l’idée de la Gueoulah.

XL, 27-31 : Ne pas désespérer. : 27. "Pourquoi dis-tu, ô Jacob, t’écries-tu ô Israël : Ma voie est inconnue à l’Eternel, mon droit échappe à mon D.ieu ? 28. Ne sais-tu donc pas ? Ne l’as-tu pas entendu dire ? Le Seigneur est le D.ieu de l’Eternité, le Créateur des dernières limites du monde ; il n’éprouve ni fatigue ni lassitude : il n’est point de bornes à son intelligence ! 29. Il redonne la vigueur au courbaturé et double le courage de celui qui est à bout de forces. 30. Que les adolescents soient las et harassés, que les jeunes gens tombent en défaillance ! 31. Ceux qui mettent leur espoir en D.ieu acquièrent de nouvelles forces, ils prennent le rapide essor des aigles : ils courent et ne sont pas fatigués, ils vont et ne se lassent point."

XLI, 1-7 :Le jugement avec les nations. : "Ensemble, nous allons comparaître en justice. Qui a l’a suscité de l’Orient, celui qui appelle le droit à suivre ses pas (il s’agit de Cyrus) ?. Qui lui livre les nations ? Qui lui soumet les rois ? ................ Qui a fait, qui a exécuté tout cela ? Celui qui, dès le commencement, appelle les générations (à l’être), moi, l’Eternel, qui suis le Premier et demeure encore avec les derniers. (qui suis immuable).

XLI, 8-13 : Soutien et consolation d’Israël : "Mais toi, Israël, mon serviteur, Jacob mon élu, postérité d’Abraham qui m’aimait.......eh bien, ne crains rien, car je suis avec toi : ne sois point affolé, car je suis ton D.ieu. Je t’affermis, je t’assiste et te soutiens par ma droite, arrmée de justice. En vérité, ils connaîtront la honte et la confusion, tous ceux qui sont enflammés contre toi ; ils seront réduits à néant, ils périront, tous ceux qui te cherchent querelle.........ils seront comme le néant et le vide, les gens qui te font la guerre.

XLI, 14-16 : Israël frappe les ennemis : "........... c’est moi qui te prête secours, dit le Seigneur, le Saint d’Israël est ton libérateur....... tu fouleras la montagne à les broyer, et les coteaux, tu les réduiras en menue paille".

Relation entre la Paracha et la Haphtara.

Selon certains commentateurs, on pourrait plutôt percevoir des oppositions entre le texte de la Paracha et celui de la Haphtara. Selon le Grand-Rabbin HERTZ (Royaume-Uni), la première débute par une promesse faite par D.ieu à Abraham (Gen. 12, 3), selon laquelle toutes les familles de la terre seraient bénies grâce à Abraham. Or, par la suite, du fait des souffrances endurées par ses descendants, ceux-ci souffrant de la longueur de l’exil, pourraient douter de l’accomplissement de la parole divine et même ne pas croire que D.ieu soit susceptible de tenir Sa promesse. Aussi, le prophète tient-il à nous fournir la réponse : D.ieu est le Maître d’une force dont les effets ne manqueront point à Israël. D.ieu vit à jamais, et dans le futur, c’est grâce à Israël qu’Il accomplira ses projets sublimes.

Selon cette explication, il résulte qu’il n’y a pas de point commun entre la Paracha et la Haphtara mais plutôt un aspect contradictoire. Dans le texte de la Genèse, il est question de la bénédiction qui s’attachera aux descendants d’Abraham, donc d’une vision optimiste de leur destin, alors que dans la Haphtara on souligne davantage la position d’un peuple souffrant, persécuté et faible. Ce qui justifie la position de notre commentateur (HERTZ), c’est son approche fondamentale des paroles du prophète chapitre 41, 2 : " Qui l’a suscité de l’Orient, celui qui appelle le droit à suivre ses pas ? " (depuis Ibn Ezra, les commentateurs bibliques appliquent ce verset à Cyrus, dont on pense qu’il est l’envoyé et l’instrument de D.ieu pour faire triompher le droit et la justice qui s’attachent à ses pas.

Mais par ailleurs, d’autres voient dans ce texte une allusion à ABRAHAM, vainqueur des rois (Gen. XIV, 14-15). La Haphtara y répondrait donc en écho. (Isaïe 41,2) "Son glaive réduit les choses en poussières". Par ailleurs la notion TSEDEK de Isaïe 41,2, se retrouve très souvent chez Isaïe. Cf. 45,8 - 46, 13 - 51, 5 - 51, 8- 56, 1 - 62, 1.

Sur ce verset de Isaïe 41, 2 disant :"qui l’a suscité" ?, le Yalkout Chimoni rapporte au nom de Rabbi Rouven que ce texte s’applique à Abraham, car jusqu’à lui, les nations du monde refusaient de se placer sous les ailes de la Providence divine et c’est Abraham qui les y a amenés (Y.C. 447). Et c’est ce que souligne la Haphtara 41, 6-7, en parlant sur la faiblesse et l’inutilité des idoles. Sur le texte de Isaïe 41, 6, "l’un prête assistance à l’autre", le Yalkout (449) en se référant à Abraham et à son action éducatrice, rappelle que ce dernier a été soutenu par les bénédictions prononcées par Melki-Tsedek (Gen. 14, 19) : "Et béni le D.ieu suprême d’avoir livré tes ennemis en ta main !" De son côté, Abraham le lui rendit en lui donnant la dîme de tout le butin.

Une autre lecture nous montre enfin un lien entre la paracha et la haphtara. Comme une expression de respect et d’amour, apparaît le terme (41, 8) "postérité d’Abraham qui m’aimait". La paracha nous avait décrit Abraham, quittant son pays natal pour se diriger vers un pays inconnu, et c’est dans cette terre promise qu’il connut l’épreuve de la disette, l’obligeant à errer à nouveau. Parvenu à un grand âge, il subit dans sa chair le signe de l’alliance. C’est pour tout cela qu’il mérita d’être qualifié par "celui qui m’aime". Rachi explique cette expression en disant : "il ne m’a pas connu par les réprimandes et par l’étude, mais seulement parce qu’il m’aimait.

Parallèlement, Radak dit : "il m’a aimé en quittant les idoles et s’est attaché à moi." Le Talmud Sotah 31 a précise que si Abraham est considéré dans la Torah comme craignant D.ieu et non comme celui qui aimait D.ieu, il n’existait cependant aucune contradiction dans les motivations d’Abraham et en fait il a toujours prouvé son amour total pour D.ieu.

Les noms des patriarches et des matriarches dans les livres prophétiques.

Notre intention est de souligner ici la personnalité des patriarches comme l’un des exemples que nous pourrions retrouver dans les textes prophétiques postérieurs à ceux de la Torah. Dans les textes à caractère historiques,JOSUE 24, 2-3, nous rappelle lorsqu’il s’apprête à quitter son peuple, quelques uns des bienfaits de D.ieu. Il dit notamment : " Ainsi a parlé l’Eternel, D.ieu d’Israël : vos ancêtres habitaient jadis au delà du Fleuve (l’Euphrate) jusqu’à Tharé, père d’Abraham et de Nahor, et ils servaient des dieux étrangers. Je pris votre père, Abraham,, des bords du Fleuve, le fis voyager par tout le pays de Canaan, lui donnai une nombreuse postérité, et le rendis père d’Isaac.".............. La preuve d’amour consistant à donner Eretz Israël à Abraham se trouve mentionnée en d’autres endroits (Ps. 105, 11 - Nehemie 9, 7 où l’on mentionne également la sortie de Our Kasdim (prière de chaque matin). C’est à propos du texte de Josué que Abravanel rappelle qu’Abraham eut le courage de se séparer de son père Tharé, adorateur d’idoles, car Abraham avait reçu un appel intérieur.

Une autre allusion à Abraham se trouve dans Isaïe XXIX, 22 : "Donc, ainsi parle l’Eternel à la maison de Jacob, lui, le libérateur d’Abraham : "Désormais, Jacob ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. Sur cette expression "libérateur d’Abraham", Radak précise que de même qu’Abraham résidait parmi les méchants et que D.ieu l’a délivré de leurs mains, il en fut de même pour ceux que l’on appelle les HUMBLES (cf. v. 19), qui, ne pouvant affirmer leur croyance en D. ieu en public (Espagne, U.R.S.S.), ont attendu le moment de pouvoir le faire (situation semblable à l’époque d’Ezechias).

Pour démontrer la spécificité d’Abraham, le Talmud Sanhédrin 39a dit : "Deux prophètes n’utilisent jamais les mêmes termes pour leur prophétie". Ainsi par exemple, chez Isaïe 51, 2, il est dit : "Considérez Abraham, votre père, Sara, qui vous a enfantés ; lui seul je l’ai béni et multiplié." Et par ailleurs, dans la lutte violente que le prophète Ezechiel mena de son temps contre les opinions dévoyées de ses contemporains, considérant que la force du peuple subsistait sur un petit nombre, il dit (Ez. 33, 24) : "Fils de l’homme, les habitants de ces ruines sur le sol d’Israël disent : Abraham était un (homme) isolé = E’Had, et il a obtenu la possession du pays ; nous sommes nombreux : c’est à nous que le pays a été donné en propriété." Mais poursuit Ezechiel : (26) "vous vous appuyez sur votre glaive, vous commettez des horreurs, vous déshonorez l’un la femme de l’autre, et vous voulez être maîtres du pays ! Voici ce que tu leur diras : ainsi parle le Seigneur D.ieu : par ma vie, j’en jure, ceux qui demeurent dans les ruines tomberont par le glaive, ceux qui sont en rase campagne, je les livrerai en pâture aux bêtes......................................je ferai du pays une ruine et une solitude...........à cause de toutes les horreurs qu’ils ont commises.

Ainsi, chez Isaïe, Abraham est présenté comme l’exemple de la grandeur, comme celui qui sera en mesure de libérer Israël dans le futur. Chez Ezechiel, par contre, ses contemporains estiment ne pouvoir s’appuyer sur Abraham, celui-ci étant seul alors qu’eux étaient nombreux. En fait, Abraham peut apparaître comme un roc solide quand ses descendants poursuivent la justice mais lorsque ceux-ci se rendent coupables de transgressions morales et religieuses, Abraham peut donner l’impression d’être peu de chose sur terre. Nous n’avons aucune allusion à Isaac dans les textes des prophètes, mais pour Jacob il en existe quelques unes. Ainsi dans Osée XII, 4-5 : "Dès le sein maternel, il supplanta son frère". " et dans sa virilité, il triompha d’un D.ieu, il lutta contre un ange et fut vainqueur, et celui-ci pleura et demanda grâce." v. 13 : "Jacob s’était réfugié sur le territoire d’Aram, Israël avait été esclave pour une femme, pour une femme il avait été pâtre."

Sarah n’est mentionnée qu’une seule fois avec Abraham dans Isaïe LI, 1-2 : "Sarah qui vous a enfantés". Aucune mention particulière de Rébecca en dehors du passage de la Genèse où elle est présentée comme l’épouse d’Isaac et la mère des jumeaux, Jacob et Esaü. Nous trouvons par contre une seule fois une mention conjointe de Rachel et Léa, dans RUTH IV, 11, à propos de la bénédiction que les gens de Beth-Lè’hèm en Judée adressent à BOAZ. "Tout le peuple qui se trouvait à la Porte et les anciens répondirent : Nous sommes témoins ! que l’Eternel rende l’épouse qui va entrer dans ta maison semblable à Rachel et à Léa, qui ont édifié à elles deux la maison d’Israël !.....On remarquera que Rachel est mentionnée avant Léa tout comme dans Genèse XXXI, 4, ce que ne manque pas de souligner Rachi. Rachel, en effet, est une figure acceptée par tout le peuple. Ainsi par exemple, on ne mentionne pas la grotte de Machpéla où sont enterrés les patriarches et leurs épouses, mais on mentionne la tombe de Rachel dans I Samuel X, 2. Il s’agit du moment où le prophète Samuel a secrètement oint Saül comme roi et lui demande de se rendre à l’endroit de la tombe pour y retrouver des ânesses qui s’étaient égarées. Enfin, Rachel est surtout mentionnée dans un texte célèbre qui nous sert de Haphtara pour le 1er jour de Roch-Hachana. Il s’agit d’un texte consolateur du prophète Jérémie qui dit (XXXI, 15-16) : " Ainsi parle le Seigneur : "Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus ! Or, dit le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi." Les commentateurs, Rachi, Radak rapportent une Agada (un midrach) pour justifier l’attachement du peuple à la figure de Rachel. En effet, lorsque le roi Manassé fit entrer des cultes idolâtres dans le temple, les patriarches voulurent apaiser la colère de D.ieu qui refusa, mais lorsque Rachel intervint, D.ieu accepta son plaidoyer. Elle fit en effet valoir que c’est elle que voulut épouser Jacob, que c’est pour elle que celui-ci accepta de travailler durement chez Laban, mais qu’au moment du mariage, elle préféra se taire pour donner une chance à sa soeur Léa. Bel exemple de sacrifice et de renoncement que celui offert par Rachel et c’est pourquoi, en rappel de cet épisode biblique, Jérémie employa ces termes : car il y aura une récompense à tes efforts. Une autre explication de la mention du nom de Rachel, également rappelée par Radak s’appliquerait au fait que celle-ci est inhumée à Beth Lè’hèm, sur la route que durent emprunter les juifs, quittant la terre d’Israël au moment de leur départ pour l’exil vers la Babylonie. Dans une vision prophétique, le patriarche Jacob, lorsqu’il perdit Rachel morte en couches, décida de l’inhumer à cet endroit, pour que cette sainte femme prie en faveur des enfants d’Israël à leur départ pour l’exil, afin qu’ils en reviennent un jour.

Ainsi, notre étude nous a permis de voir de quelle manière les prophètes surent faire appel aux exemples des patriarches, tantôt pour admonester le peuple défaillant, tantôt pour rappeler les promesses divines qui leur avaient été faites et qui concernaient également leurs descendants. C’étaient pour les prophètes un moyen d’illustrer leurs propos, autrement dit des artifices de rhétorique.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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