« Travailler plus pour donner plus... »

BILLET DU 26 OCTOBRE 2008
publié le dimanche 26 octobre 2008
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Bonjour, La mort de Sœur Emmanuelle, dans sa centième année, a profondément ému l’opinion française et pour cause, elle était la personnalité féminine préférée des français rivalisant avec Zinedine Zidane coté homme, qui avait détrôné après son décès l’Abbé Pierre. Cette petite dame ridée avec sa voix aigue qui interpellait les consciences, aura consacré sa vie auprès des plus démunis. Ses mémoires posthumes qui viennent déjà de paraître reflètent parfaitement la femme qu’elle était, bien que les meilleures feuilles mettent en exergue sa sexualité disons...frustrée pour être chaste. N’empêche qu’elle savait interpeller les puissants de ce monde en les tutoyant tous et en les mettant face à leurs responsabilités : « Qu’as-tu fais de bon depuis que l’on s’est vu ? » disait-elle invariablement à ses interlocuteurs.

En lisant ou en écoutant le concert de louanges pour honorer la mémoire de Sœur Emmanuelle, je m’interrogeai sur le fait que dans le Judaïsme nous n’ayons pas de personnalités majeures dont on puisse dire qu’elle serait semblable à la défunte religieuse. La Communauté Juive, au niveau mondial pour élargir le spectre, ne connaît pas son « Rabbin des pauvres », un homme dont la direction essentielle de sa vie serait de venir en aide aux plus misérables. Non point que nous ne connaissions la pauvreté, loin s’en faut. Mais si une telle personne n’existe pas, c’est parce que la doctrine même du Judaïsme ne lui laisserait pas la place d’exister. Je m’explique. Il nous faut remonter aux temps bibliques pour apercevoir, à travers le naziréat, une disposition de l’âme semblable à celle de Sœur Emmanuelle. Or l’on sait que le vœu de naziréat n’était pas demandé par Dieu et encore moins érigé en modèle. Le fait de se couper d’une vie sociale et de s’imposer des restrictions ne représente pas un idéal juif.

Plus profondément encore, c’est la notion même de Tsedaka, de charité ou de justice, qui se trouve encadrée très strictement par la doctrine juive. On peut, et l’on doit, se soucier des autres, leur venir en aide, avoir le sens du sacrifice mais en aucun cas au profit d’une quelconque abnégation. L’homme doit d’abord se soucier, selon le Talmud, de trois impératifs pour lui-même et sa famille : avoir un toit, de la nourriture et des vêtements. Après et seulement après la conscience du besoin d’autrui doit-elle se manifester. Ne nous y détrompons pas il n’y a pas là une forme mesquine d’égoïsme. Pour reprendre la fameuse sentence d’Hillel : « Si je ne suis pour moi qui le sera ? ». Je dois d’abord prendre soin de moi, non pas avant de prendre soin des autres, mais plutôt pour pouvoir prendre soin des autres. Le Judaïsme ne nous impose pas de vivre une vie de misère au milieu des miséreux mais plutôt de se donner les moyens de pouvoir aider les nécessiteux. C’est là tout le sens de la dîme, ce prélèvement qui pouvait se résumer dans ce slogan : travailler plus pour donner plus ! Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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