Parasha Berechith 5769

Chabbath 25 octobre 2008 - 26 Tichri 5769 - Début : 18 h 25 - Fin : 19 h 29
publié le vendredi 24 octobre 2008
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Bénédiction du mois Entrée dans la nuit de l’heure d’hiver Lecture de la Torah : Genèse i, 1 - VI, 8 : De la Création à Noé. Haphtarah : Isaïe XLII, 5 - XLIII, 10 ou seulement XLII, 21 : D.ieu, maître de l’univers.

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Avant de débuter cette série d’entretiens hebdomadaires portant sur les textes des Haphtaroth que nous lirons tout au long de cette année religieuse, je souhaiterais, avec l’accord de la direction d’AKADEM, dédier mes textes et mes réflexions à la mémoire de mon épouse DANIELE. Elle nous a quittés en mai dernier, après une existence hélas trop tôt interrompue par le mal incurable qui devait l’emporter. Elle n’avait recherché que le bonheur pour les siens et le bien pour toute la communauté à laquelle elle avait apporté le meilleur d’elle-même. Que sa mémoire bénie continue de nous inspirer tous. C’est elle qui me donne la force de poursuivre ce que j’ai toujours réussi à accomplir, grâce à ses encouragements, et cela en plus de cinquante années de vie commune, avec tout ce que cela représente des réussites et parfois d’échecs.

J’ai accepté, en partenariat avec AKADEM de présenter aux lecteurs de COL.fr auxquels je suis fidèle depuis très longtemps un commentaire sur les textes bibliques lus chaque chabbat ou jours de fête dans la Haphtara. Je voudrais donc vous dire combien je souhaite vivement que chaque auditeur ou lecteur puisse tirer le maximum de ce que je m’efforcerai de présenter au cours de ces entretiens hebdomadaires. Pour ces travaux portant sur des textes bibliques très divers par leur contenu et leur message, j’utiliserai les sources habituelles, à savoir les exégètes traditionnels, et parfois des penseurs plus récents. Je signale à cet effet l’excellent ouvrage en deux parties intitulé ‘HAZONE HAMIKRA du Rav ISSAKHAR YACCOBSON, publié aux Editions SINAÏ à TEL-AVIV. Il est paru il y a de cela plusieurs décennies. Je le trouve intéressant car il adopte pour chaque texte, un thème principal qu’il développe à l’aide des sources traditionnelles les plus sérieuses dans le domaine biblique.

Avant d’analyser le texte de cette semaine qui accompagne la lecture des premières pages de la Torah portant sur la paracha BERECHITH, je crois utile et intéressant de présenter une introduction générale sur ce que représente la HAPHTARA dans la liturgie juive.

Etymologiquement, HAPHTARA signifie en hébreu : « Conclusion », terme voisin de ce que nous trouvons dans la Haggada lue le soir de la fête de PESSA’H où il est dit : « EIN MAFTIRINE A’HAR HAPPESSA’H AFIKOMAN », ce qui signifie : « On ne termine pas l’agneau pascal par un AFIKOMAN. Disons au passage, que l’auteur de ce texte nous invite, à l’issue du repas pascal, à ne pas terminer le repas par des beuveries ou des ripailles. Pour nous juifs, il s’agit de garder toujours la mesure, et de ne pas nous laisser détourner du caractère sacré que représentent nos repas et nos célébrations festives

Pour ce qui concerne notre étude, il s’agit de savoir que ce terme est resté dans la tradition juive pour désigner les textes des Livres des Prophètes qui ont été intégrés dans les offices du samedi matin et des jours de fêtes, ceux de l’après-midi de Kippour et des jours de jeûnes à l’office de l’après-midi, qui est celui celui de Min’ha. Ces textes prophétiques sont lus après ceux des Livres de la Torah, obligatoirement. Le mot PATAR en hébreu biblique nous est connu pour désigner l’expression « LIBERER » ou « être quitte » c’est-à-dire être PATOUR, autrement dit avoir satisfait à une obligation religieuse.

Nous savons qu’il existe des divergences d’opinion quant au début de l’introduction de la lecture de ces textes bibliques dans notre RITUEL. Selon certains auteurs, la lecture de ces textes aurait été préconisée dès l’époque de la clôture du Canon biblique en usage dans la tradition juive. Mais l’opinion la plus répandue et que nous fournit Rabbi David ABOUDRAHAM (Séville - 14° s.), serait que l’usage de lire les Haphtaroth remonterait à l’époque d’Antiochus Epiphane IV (168-165 av. J.C.à l’époque où se produisirent des persécutions contre les Juifs, qui se termina heureusement par la victoire de ces derniers et que nous célébrons depuis lors par la fête de ‘HANOUCCAH. Nous savons qu’en ces temps-là, il fut interdit aux Juifs d’étudier la Torah et encore moins de la pratiquer.

Pour contourner les difficultés, les Rabbins eurent l’idée de remplacer la lecture hebdomadaire de la Torah par celle des textes prophétiques encore en usage de nos jours. Comme pour la lecture de la Torah où le nombre de personnes appelées à participer à cette lecture est au minimum de sept, avec un minimum de trois versets par personne, on décidé qu’en principe les textes de la Haphtara devaient comporter eux aussi vingt-et-un versets. Il arrive parfois que par exception certains textes soient plus courts, tout dépendant des thèmes abordés.

Même lorsque la période de persécution fut terminée, on continua néanmoins à lire un texte prophétique après un texte tiré d’un des cinq livre de la Torah. Au sujet de cet usage solidement implanté dans toutes les communautés, qu’elles soient de rite sefarade ou achkenaze, certains pensent qu’il fut instauré à l’époque où le Judaïsme rabbinique s’opposait fortement aux Saducéens et aux Samaritains, qui refusaient de reconnaître la Tradition orale telle que nous la rapporte le Talmud. Les Rabbins, pour en assurer la défense, et considérant que sans la Tradition orale la Torah écrite serait difficile à comprendre, ont donc décidé l’utilisation de textes prophétiques qui par définition nous ont d’abord été livrés oralement avant d’être mis par écrit sur des parchemins dont les plus récemment connus sont ceux de la grotte de KOUMRAN. Et c’est ainsi selon cette dernière version des choses, que ces textes prophétiques ont été incorporés dans le rituel respecté dans toutes nos synagogues, jusqu’à nos jours..

Nous trouvons des mentions de la Haphtara dans des textes de la michna ou du Talmud, précisant à quel usage et en quelle circonstance sont lus ces Haphtaroth. Ainsi par exemple, durant les sept semaines séparant le jeûne du 9 Ab (destruction des deux Temples de Jérusalem) jusqu’au chabbat précédant Roch-Hachana, nous lisons des textes du prophète ISAÏE ayant tous un contenu de consolation. D’autres textes mentionnent les fêtes du calendrier religieux, ou sont adaptés aux quatre semaines de préparation à la fête de PESSA’H. Pour les Chabbatoth tout au long de l’année, les textes choisis ont toujours un rapport avec le contenu de la Paracha ou simplement par un mot identique au thème de cette dernière. Précisons enfin, qu’il peut y avoir des textes différents, selon que l’on appartienne au rite sefarade ou achkenaze. A cet égard l’on doit enfin rappeler que dans toute la mesure possible, un enfant célébrant sa Bar-Mitzwa, adoptera en principe le texte de la Haphtara correspondant au rite pratiqué par son père. En général, le fidèle doit s’efforcer de s’adapter au rite majoritaire pratiqué dans son lieu de prières. Tels sont les principaux éléments qu’il nous paraissait important de souligner pour indiquer la place qu’occupe la Haphtara dans notre liturgie.

HAPHTARA BERECHITH

Le texte que nous lirons en ce chabbat BERECHITH est tiré des chapitres XLII et XLIII du prophète ISAÏE. Son choix est aisé à comprendre. Dès lors que les premières pages de la Genèse nous parlent de la Création du monde, ISAÏE de son côté nous parle tout naturellement de D.ieu en tant que maître de l’Univers. Nous voyons ainsi le rapport étroit entre le texte de la Torah et celui de la Haphtara. A partir de ce texte, nous serons amenés à voir que ce thème de la Création du monde est fréquemment par d’autres prophètes qu’Isaïe. Nous tenterons d’en donner quelques exemples.

Cette haphtarah fait partie d’une série de chapitres dans lesquels le prophète Isaïe évoque la question du SERVITEUR de D.ieu - le EVED HACHEM. Cette question y occupe une place importante. Certains se demandent de qui s’agit-il ? Est-ce que cela se rapporte au peuple d’Israël, au MESSIE ou tout simplement auprophète ? En lisant attentivement notre texte, il semblerait plutôt qu’il s’agisse de l’ensemble du peuple d’Israël considéré comme le serviteur de D.ieu. C’est ce que l’on pourrait penser à la lecture des versets 18 à 22 du chapitre 42. Toutefois, dans ce même chapitre, le verset 6 disant : « Moi, l’Eternel, je t’ai appelé pour la justice et je te prends par la main ; je te protège et je t’établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations ; » « LEOR GOÏM » laisserait plutôt entendre qu’il s’agit d’un particulier et non d’une nation.

Vient ensuite la description de la mission de ce serviteur, à savoir : « tirer le captif de la prison, du cachot ceux qui vivent dans les ténèbres. » (v. 7). Comme le font d’ailleurs d’autres de nos prophètes, ISAIE utilise également une forme de cantique, pour célébrer la délivrance qu’il annonce sur un ton qui laisserait croire que celle-ci est déjà réalisée. C’est ce que nous lisons dans les versets 10 à 13. Dans les versets 18 à 22, il décrit la situation de son époque et admoneste ses contemporains, en leur disant : « Qui est aveugle, sinon mon serviteur, sourd, sinon le messager que j’envoie ?...... Et pourtant Israël est un peuple pillé et dépouillé : on les a spoliés et nul ne les a protégés... » (v.22).

Le chapitre XLIII qui fait suite aux textes que nous venons d’évoquer, vient rassurer le lecteur en lui disant que le secret de la survivance du peuple réside dans la protection que lui assure de tous temps D.ieu, en lui disant par la voix du prophète : « Ne crains rien car je vais te libérer ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ! » (v. 1). Vient ensuite l’annonce du rassemblement des exilés. La lecture de ce passage ne peut nous laisser indifférents et nous trouble énormément, quand on songe à notre époque où tant de nos frères, venus des quatre coins de la terre, ont pu enfin rejoindre la terre d’Israël, après tant d’années de dispersion.

Mais la conclusion du texte de notre haphtara nous éclaire enfin sur le rôle et la mission que nous avons à remplir lorsqu’il nous est dit : « vous êtes mes témoins, dit l’Eternel, et le serviteur choisi par moi pour reconnaître, pour croire en moi et être convaincu que moi JE SUIS ; qu’avant moi, nul D.ieu n’a existé, et qu’après moi, il n’y en aura point » (XLIII. 10).

C’est ce verset qui permet de comprendre le choix de cette haphtara comme complément du texte de la Torah lu ce chabbat. Il nous faut toutefois remonter au début où il est dit : « Ainsi parle le Tout-Puissant, l’Eternel qui a créé (BARA) les cieux et les a déployés, qui a étalé la terre avec ses productions, qui donne la vie aux hommes qui l’habitent et le souffle à ceux qui la foulent. » Il se réfère, conformément à notre tradition religieuse, à la notion de D.ieu comme étant le Créateur du ciel et de la terre. Nous savons que les premiers chapitres de la Genèse relatent les fautes et les violences commises par les hommes. Le prophète Isaïe dans notre texte vient d’abord rappeler la grandeur et la force du Créateur. Ensuite, il présente au peuple d’Israël la mission qui lui incombe, celle de conduire toutes les nations jusqu’à la délivrance finale, ainsi qu’il est dit : « je t’établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations » (Isaïe XLII, 6).

Dans son commentaire sur les Haphtaroth, Mendel HIRSCH, fils du célèbre Samson Raphaël HIRSCH que nous citerons souvent dans nos interventions, souligne l’importance des différences entre le texte de la Torah et celui de la Haphtara. Selon lui, la Torah ne mentionne qu’une seule fois l’œuvre de la Création à propose de laquelle il est écrit : « Au commencement, D.ieu a créé = BARA ». Dans la Haphtara, par contre il est dit : L’Eternel qui a créé les cieux et les a déployés ». A partir de ce passage, nos Sages ont indiqué dans une prière que nous récitons chaque matin que « D.ieu dans sa bonté renouvelle chaque matin l’œuvre de la Création. De la sorte, la Haphtara par l’entremise du prophète Isaïe insiste sur le fait que cette Création voulue par D.ieu se poursuit de génération en génération. Elle est une œuvre continue. La Torah, dans les premiers versets du livre de la Genèse, utilise successivement les termes BARA = créer à partir du néant, ASSAH = faire et YATSAR = former.

Or ce qui est surprenant, c’est que dans notre Haphtara, le terme BARA est utilisé par le prophète pour souligner le fait que c’est le peuple d’Israël qui été créé par D.ieu. Pour cela, nous trouvons le texte suivant : « Or maintenant, ainsi a parlé l’Eternel, ton Créateur - BORAAKHA - ô Jacob, ton Auteur = veyotserêkha, ô Israël » (Is. XLIII, 1). On peut déduire de ce passage que le peuple de D.ieu, c’est-à-dire Israël, est une création originale de la part de D.ieu, à l’image de ce qu’Il a voulu faire en créant l’Univers. L’utilisation des trois verbes BARA = créer, ASSAH = faire et YATSAR = former, est particulièrement soulignée par le prophète qui les utilise dans un même verset en disant : « tous ceux qui se réclament de mon nom, tous ceux que, pour ma gloire, j’ai créés, formés, organisés. » (XLIII, 7). Pour donner une synthèse à ce qu’il veut exprimer, le prophète conclut notre Haphtara par ce verset chargé d’enseignement en disant : « Vous, vous êtes mes témoins, ATEM EDAÏ, dit l’Eternel, et le serviteur choisi par moi pour reconnaître, pour croire en moi, et être convaincu que moi JE SUIS : qu’avant moi, nul D.ieu n’a existé, et qu’après moi, il n’y en aura point. »

Toujours en nous inspirant du commentaire déjà cité de Mendel HIRSCH se fondant lui-même sur le texte d’Isaïe, on doit admettre que les lois immuables de la nature constituent à chaque instant une partie du plan cosmique établi par D.ieu. Toutes les créatures obéissent donc à des lois supérieures. Il existe cependant une exception à cette règle. L’homme, par sa nature, est en mesure d’exprimer sa liberté ; par le seul fait de sa volonté, il peut s’opposer à son Créateur. Etant potentiellement capable de pécher, l’homme possède le libre-arbitre. Comme bien d’autres, le prophète Isaïe nous invite à faire bon usage de ce don, contrairement aux cieux et à la terre qui ne varient pas dans le rôle que leur a assigné le Créateur.

Tout le récit de la Genèse n’est que la préface à la Révélation du Sinaï qui aura pour but, entre autres, d’enseigner que le rôle de l’homme consiste à pratiquer le « TSEDEK - le DROIT, la JUSTICE » pour apporter l’harmonie à l’ensemble de l’humanité. C’est à cela que veut répondre Isaïe en disant dès le début de son texte : « Moi l’Eternel, je t’ai appelé pour la justice et je te prends par la main ! » S’adressant à ses contemporains et à nous tous, il nous fait comprendre qu’Israël doit être le défenseur du TSEDEK et amener ainsi les autres nations à s’élever vers cet idéal.

Mais, pour parvenir à ce stade ultime, Israël doit accepter de se laisser guider par les lois de D.ieu et c’est par la connaissance et l’acceptation de ces lois, que s’établira une alliance entre les nations. Les problèmes sociaux trouveront leur solution, grâce à la paix universelle, que nous laisse espérer le prophète.

En considérant que nous sommes les témoins privilégiés de D.ieu, nous portons témoignage, que malgré toutes les tentatives de nous faire disparaître, nous ne devons jamais oublier quelle grande mission est la nôtre, celle d’attester à la face du monde, en référence à la prophétie d’Isaïe, qu’avant D.ieu il n’y en eut point d’autres, et qu’il n’y aura pas d’autre que le D.ieu unique, celui qu’ont révéré les patriarches et tous ceux qui leur ont succédé.

Les Maîtres du Talmud en choisissant ce texte de la Haphtara, ont voulu nous enseigner que le parallèle avec le récit de la Création est donc destiné à donner un sens moral et religieux à l’Histoire de l’Humanité. Le fait pour les scientifiques de dire que l’Univers existe depuis des millions d’années, n’enlève rien à notre responsabilité d’êtres humains ayant pour mission de maintenir intacte l’oeuvre de la Création, en l’empêchant de retourner au néant et au chaos originel.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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