« Nous sommes en pleine croissance... »

BILLET DU 19 OCTOBRE 2008
publié le lundi 20 octobre 2008
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Bonjour, Un mot s’impose en cette semaine de la fête de Souccot : fragilité. Alors que Kippour est à présent derrière nous et que nous pourrions nous sentir renforcés par l’intensité de nos prières et le pardon divin que nous espérons, la fête de Souccot nous rappelle, à l’instar de ces cabanes que nous habitons durant sept jours, que nous demeurons des êtres fragiles. L’actualité boursière et financière est anxiogène pour chacun. Les marchés boursiers sont fragiles, c’est un euphémisme, l’Etat doit apporter sa caution et déjà l’on s’interroge sur sa solidité, les petits-porteurs voient leurs maigres économies fondre comme neige au soleil et soudainement, nous prenons plus conscience encore de la fragilité sociale. Il nous faut être en difficulté pour être plus sensible à la fragilité des autres. Maïmonide, dans le Guide des égarés, voyait en la fête de Souccot un temps qui devait nous placer face à cette fragilité et nous inviter à la Tsedaka vis-à-vis des plus démunis. On nous parle en ce moment de sommes astronomiques qui dépassent tout entendement. A priori c’est la défaite d’un capitalisme sans lois, sans éthique. Il y a deux vilains mots qu’il ne faut pas prononcer : spéculation et récession. Il est presque amusant de voir comment les politiques évitent d’employer le mot de récession. Ainsi, connaissons-nous une phase de croissance négative ! De mes lointains souvenirs scolaires en mathématiques il me revient qu’au-dessus de zéro les nombres sont positifs et croissants et qu’en dessous de zéro, ils sont négatifs et décroissants. Et bien non, les chiffres seraient, selon nos économistes et nos politiques, toujours croissants en positif ou négatif ! Pour résumer, notre économie de marché est donc en permanence en pleine croissance. Je m’imagine tout à fait en cas de petit incident bancaire, aller voir mon banquier et lui expliquer qu’il ne lui faut surtout pas s’inquiéter, mon compte restant croissant. La démagogie n’a pas sa place ici et loin de moi l’idée de placer les banquiers face à leurs responsabilités lorsqu’ils assomment d’agios des petites gens et sont capables dans une même journée de perdre - quelle négligence - 600 millions d’euros lorsque ce n’est pas 5 milliards. Mais voyez-vous, avec une certaine candeur, je me dis que lorsque cette crise sera passée, les banques seront peut être plus sensibles à des endettements raisonnables et comprendront que la dimension humaine est le vecteur même de l’économie. La crise financière est née des « subprime » américains. Des crédits hypothécaires accordés très « généreusement » à de simples gens qui n’étaient en mesure de les rembourser tant que le taux d’intérêt était de 1%, mais obliger de revendre leur toit lorsque les taux d’intérêt s’envolaient. La titrisation, le fait d’injecter sur le marché boursier ces crédits en les vendant comme de bons placements a fini par faire s’écrouler les édifices les plus solides. Si seulement les économistes avaient songé aux enseignements de la fête de Souccot qui nous rappelle à quel point, même les constructions les plus solides peuvent vaciller et tomber. Si les deux Temples de Jérusalem sont tombés alors pensez que Wall Street ou je ne sais quelle place boursière représentent des temples du capitalisme bien plus fragiles encore. Pour rester dans cette analogie, la diaspora commence à présent, celle de ces épargnants errants en quête d’une terre promise, d’un Messie improbable de l’économie qui viendra les délivrer.

Faut-il investir dans la pierre, les matières premières, l’or.... ? Et si l’on investissait à présent dans l’homme tout simplement !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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