Parasha Kitavo 5768

Chabbath 20 septembre 2008 — 20 Elloul 5768 - Début : entre 18 h 38 et 18 h 53 - Fin : 20 h 37
publié le mardi 16 septembre 2008
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Lecture de la Torah : Deutéronome XXVI, 1 - XXIX, 8 : Offrande solennelle des prémices ; bénédictions et malédictions. Haphtarah : (6ème des « consolations ») : ISAIE LX, 1-22 : Chant messianique sur la nouvelle Jérusalem.

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Commentaires sur la Torah :

Dans l’antiquité biblique, le cultivateur israélite devait se rendre au Temple pour y apporter les prémices et rendre hommage à D.ieu pour les bienfaits dont il avait été comblé en protégeant sa récolte contre de mauvaises conditions climatiques. A juste titre, le paysan aurait pu se montrer fier et satisfait de son travail et du résultat de son labeur. Bien au contraire, nous enseigne la Bible, ce travailleur de la terre était prié de faire preuve d’humilité. Il devait absolument se rendre compte qu’il ne devait sa réussite qu’à la Providence et à la bénédiction divine. Lorsqu’il venait apporter l’offrande qui lui était demandée, il devait alors faire la déclaration suivante : « J’ai fait vivre à mes côtés le lévite, l’étranger, l’orphelin et la veuve. » (Deutéronome XXVI, 13). Il s’agissait en règle générale, de faire profiter de ses biens tous ceux qui, selon leur condition sociale, pouvaient être dans le besoin et comptaient sur son appui. Car le propriétaire d’un champ devait avoir conscience qu’il n’était pas l’unique possesseur de ce dont il avait la propriété et la jouissance. A maintes reprises, la Torah vient ainsi nous rappeler que les indigents ont les droits les plus sacrés sur certains biens dont profitent ceux que le sort a davantage favorisés. Nous savons d’expérience et par tradition, que depuis des temps très anciens, la charité juive a toujours été bien organisée. Il n’est pas de communauté digne de ce nom qui n’ait prévu de mettre en place un service d’aide aux nécessiteux et aux plus démunis. De nos jours encore et de plus en plus, malheureusement, la vie est difficile pour certaines catégories de familles. Les conditions économiques actuelles rendent l’existence quotidienne plus difficile pour un nombre de plus en plus grand d’entre elles. Elles ont donc impérativement besoin du soutien des associations caritatives et des personnes plus fortunées pour leur venir en aide. Nombreux sont les textes de la littérature rabbinique soulignant ainsi l’importance de ces actes de charité et de solidarité. Il est dit notamment : « Celui qui aime le bien en récoltera les fruits et celui qui aime le mal en récoltera les fruits. » (YALKOUT — REEH § 876). On nous enseigne par ailleurs : « Rabbi SIMEON le Saint disait : Le monde repose sur trois choses : sur la Torah, le culte et la charité. » (ABOTH - chapitre 1er - michna 2). Cela signifie clairement que la condition indispensable à l’existence d’une société tient essentiellement à l’harmonie par laquelle celle-ci est en mesure de faire vivre tous ses membres, sans distinction de classes. Il faut permettre ainsi aux plus démunis, de participer aux joies de l’existence de ceux qui vivent dans une plus grande aisance, ou qui sont, du moins, semble-t-il, à l’abri des soucis du quotidien et du lendemain. Le texte de notre sidra se termine enfin par l’annonce faite par MOÏSE à ISRAEL, relative aux conséquences de nos actes, bons ou mauvais. Le prophète décrit tous les bienfaits venant récompenser ceux qui agiront fidèlement envers D.ieu, s’ils observent Ses commandements à caractère religieux, moraux ou sociaux. Ils font tous naturellement partie des prescriptions de la Torah. Par contre, toute négligence dans leurs mises en pratiques, comme le souligne longuement notre texte connu sous le nom de « TOKHEKHA - admonestation » (Deutéronome XXVIII, 15 à 68), entraînera de sévères punitions. Les châtiments énoncés font l’objet d’une énumération très précise. Leur lecture ne peut manquer de nous faire frémir, tant ils correspondent à certaines périodes et aux dures réalités que nous avons hélas connues, ne serait-ce que durant la triste période de la SHOAH, le plus grand des cataclysmes de tous les temps, après celui de la destruction du Temple. Ces deux grandes périodes de notre histoire, nous venons de les revivre durant le mois de AV qui vient de nous quitter, au cours duquel diverses manifestations religieuses ou commémoratives ont eu lieu. Quelles que soient nos options, religieuses ou sociales, les deux devant être conciliables, il s’agit pour chacun d’en méditer la portée et l’enseignement qui peut s’en dégager. Pour nous tous qui y sommes particulièrement sensibles, il s’agit d’adopter une conduite morale et religieuse qui soit digne des bénédictions divines annoncées dans notre paracha, afin que se réalise cette parole du Psalmiste bien connue : « Quand D.ieu ramena les captifs de Sion, nous étions comme des gens qui rêvent, alors notre bouche s’emplit de chants de joie et notre langue d’accents d’allégresse. » (Psaume CXXVI, 1-2). Nous resterons à jamais ce peuple de rêveurs dont l’opiniâtreté a bousculé tous les clichés. La meilleure preuve, c’est que nous avons survécu à bien des menaces et persécutions. Notre force interne reste incontestablement liée au soutien invisible que ne cesse de nous prodiguer la Providence.

HAPHTARA :

Le texte que nous lisons ce chabbat décrit le but à atteindre. Il était déjà annoncé par le prophète ISAIE en ces termes : « Car de Sion sortira la Loi et de Jérusalem la parole du Seigneur. » (ISAIE II, 3). L’objectif auquel nous devons tendre c’est d’attendre la venue du jour où, sur un point du globe terrestre, brillera la lumière de D.ieu : Ce sera JERUSALEM. Tout le monde se rendra alors compte qu’au-dessus de SION apparaîtra la gloire divine. Verset 4 : « Tes fils viendront de loin et tes filles seront élevées à tes cotés. » En tête de ceux qui reviendront vers D.ieu, se trouveront les fils et les filles d’Israël. Rien d’étonnant à cela, si l’on songe à leur ignorance de la parole de D.ieu. Durant des siècles d’exil, ils n’avaient pas reçu un enseignement suffisant. Nous sommes donc invités à étudier et à approfondir en permanence la Torah et à l’enseigner autour de nous. Mentionnons à ce propos un verset particulièrement symbolique du Cantique des Cantiques, chapitre 1er, verset 6 : « ma vigne à moi je ne l’ai pas gardée ». Cela signifie que trop souvent l’on croit découvrir dans d’autres philosophies ce que l’on peut trouver dans la Torah. Que l’on imagine seulement de célèbres philosophes ou scientifiques, tels qu’Albert EINSTEIN ou Henri BERGSON et bien d’autres encore. Ils ont marqué leur domaine, sans pratiquement rien connaître du patrimoine spirituel propre au judaïsme, qui a pourtant influencé toutes les civilisations. Revenant à notre étude, nous rappellerons que les textes de consolation du prophète ISAIE sont tous lus pendant l’été, avant les fêtes d’automne. Ils ont pour objet de nous rappeler combien il est important de retourner à nos sources pour voir diminuer l’ignorance de nos valeurs qui règne dans notre communauté.. Si l’été nous permet de nous relâcher quelque peu, la période de TICHRI vient alors nous rappeler à nos devoirs. En effet, il s’agit de ne jamais oublier que c’est de SION (symbole de toute spiritualité juive) que vient effectivement notre inspiration des valeurs sacrées ayant marqué d’autres courants spirituels ou philosophiques. Verset 12 : « Ton peuple ne sera composé que de justes qui possèderont pour toujours le pays. Rejeton de mes plantations, tu seras l’œuvre de mes mains pour être belle. » Par ce passage biblique, le prophète a voulu déduire qu’il y avait deux manières de glorifier D.ieu. La première consistant à nous conformer à Ses commandements, ce qui correspond aux termes : « Rejeton de mes plantations », tandis que la seconde passe trop souvent par une somme de souffrances endurées par le peuple juif au point de produire les justes dont nous ne cessons de magnifier l’héroïsme et la mémoire. Nos Sages, se référant aux derniers mots de notre Haphtara : « en temps voulu j’agirai vite », font remarquer qu’il y a là une indication relative à l’ère messianique. En principe, c’est par notre respect scrupuleux des mitzwoth que nous la préparons. Par notre comportement, inspiré de nos traditions les plus authentiques traditions religieuses, nous pouvons d’une certaine manière en hâter l’avènement. Mais notre négligence en matière religieuse ne plaidera pas toujours en faveur de nos défaillances. C’est donc par la seule volonté de D.ieu que cet événement tant attendu depuis les origines qu’est la venue de l’ère messianique, finira par se réaliser, pour que cessent nos souffrances. A nous de savoir réagir positivement, comme nous y invite le poète inspiré, dans ce magnifique cantique que nous entonnons chaque vendredi soir : « Aujourd’hui, puissiez-vous écouter Sa voix. (Psaume 95, 7). C’est donc là une invitation permanente de nos prophètes et de nos maîtres à tenter de retrouver la voie du bien et de la vérité.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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