« Pour une cachérisation de la cacherout ! »

BILLET DU 7 SEPTEMBRE 2008
publié le samedi 6 septembre 2008
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Bonjour,

Les lecteurs d’Actualité Juive ont découvert, si besoin en était, que le pouvoir d’achat de la communauté juive est en berne à l’instar de celui de l’ensemble des français. Dans son remarquable éditorial, Serge Benattar soulève des points fondamentaux avec courage. Si nous devons supporter la baisse du pouvoir d’achat, le respect de notre tradition ne fait que l’aggraver. Lorsque l’on a le souci de scolariser ses enfants dans des écoles juives et d’être respectueux des règles alimentaires, force est de constater que le prix à payer s’apparente à un véritable sacrifice.

Les prix des matières premières ont flambé, c‘est un fait. La répercussion sur les produits alimentaires cachers est logique. Mais voilà que cette hausse des prix, ajoutée aux différentes taxes prélevées par les autorités religieuses, rend l’accès aux produits cachers réservé aux plus favorisés. Serge Benattar rappelle, et ceci est essentiel, que manger cacher ne signifie en aucune manière l’obligation de consommer des produits dûment estampillés par telle ou telle autorité rabbinique. Le panier de la ménagère juive put se remplir très largement de produits trouvés dan la grande distribution, à commencer par tous les produits industrialisés autorisés sur les différentes listes de produits aptes à la consommation. Car le mot « cacher » signifie bien avant tout la « conformité », ce qui est « apte à ». Il n’y a qu’à parcourir un commerce cacher pour observer que la majorité des produits, en dehors de la viande, se retrouvent dans des enseignes non cachères.

La vérité est simple, et le dossier d’Actualité Juive a le mérite de la mettre en valeur, les taxes diverses que les consommateurs doivent supporter pour manger cacher s’élèvent entre 10 et 15% du produit fini. Considérant que ces produits sont déjà plus chers dans la mesure où ils sont produits d’une façon moins massive que d’autres, on peut raisonnablement évaluer à 30% de plus le prix à payer pour manger cacher à produit comparable.

Je suis conscient que mon propos pourra choquer certains mais il existe un véritable scandale lié à la cacherout. Dès lors qu’une institution religieuse, aussi honorable soit-elle, ne peut vivre que grâce aux taxes liées à la cacherout, le système ne peut évoluer d’aucune façon. J’accepte le principe d’une solidarité communautaire, et nombreuses sont les institutions qui peuvent nous permettre de l’exprimer, mais je refuse (sans avoir le choix) que le prix de ma fidélité à la tradition et aux lois de la Torah soit taxé. Nous en sommes réduits à payer une double TVA, l’une à l’Etat et l’autre au Consistoire. Les services de cette dernière institution doivent être justement rémunérés à savoir le contrôle de l’abatage et la conformité halakhique de la chaine de distribution, ceci et rien d’autre. Il nous faut en appeler à une cachérisation de la cacherout, c’est à dire rendre possible pour tous l’application des exigences de la Loi juive. Le nouveau Grand Rabbin de France avait écrit un livre intitulé « Le souci des autres », nul ne doute qu’il saura avoir le souci des siens aussi.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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