« Assumer les risques... »

BILLET DU 24 AOUT 2008
publié le lundi 25 août 2008
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Bonjour,

Avez-vous remarqué à quel point l’actualité estivale a été traversée par des drames en tous genres ? Des enfants oubliés dans des voitures en plein soleil, une tornade improbable qui ravage une ville du Nord de la France, un avion qui s’écrase à Madrid et puis ces dix jeunes soldats français « tombés pour la France », comme il convient de dire en pareilles circonstances, « morts au combat », c’est selon. Les mots ont de l’importance. Dans Le Figaro d’hier, le chef d’état-major des armées françaises, revenant sur la mort des soldats français en Afghanistan, a déclaré qu’il fallait savoir « assumer les risques » et « optimiser le potentiel existant ». Des déclarations qui laissent à penser que la France n’est pas sur le point de se retirer des forces internationales en présence. Le Premier ministre a cependant promis un débat suivi d’un vote devant le Parlement d’ici la fin septembre. Si les Députés venaient à refléter l’opinion nationale, alors la France n’aurait plus vocation à se trouver en Afghanistan.

« Assumer les risques » et « optimiser le potentiel existant » sont des phrases qui peuvent être comprises de façons différentes. Dans la bouche du premier militaire de France, il faut comprendre l’acception stratégique. Lorsque l’on s’expose à un conflit et que l’on en est partie-prenante il y a des risques de dommages collatéraux et la mort des soldats français répond à cette logique implacable. « Optimiser le potentiel existant », c’est s’appuyer sur une logistique pour en donner toute la quintessence. Ne pourrait-on pas considérer que le « potentiel existant » soit avant tout la vie humaine. Que de jeunes soldats soient fauchés à l’aube de leur vie de pères et de maris, n’est-ce pas se priver d’un « potentiel existant » qui n’aurait demandé qu’à être « optimisé » ? Dans la Torah, on considère qu’il y a des guerres justes, il y a même des guerres obligatoires, qui doivent être menées. Cela implique qu’il y ait des guerres qui n’ont pas de légitimité. C’est ainsi que devra être menée la réflexion et finalement le vote de nos parlementaires. Pour beaucoup d’observateurs, le Gouvernement prend un risque en soumettant à la représentation nationale cette question. Mais c’est peut-être cela « assumer les risques ». C’est très courageux pour un Gouvernement de présenter une question réelle qui risque de désavouer sa politique. Entre assumer les risques de pertes humaines et celui d’être désavoué, il vaut mieux choisir le deuxième. Il arrive parfois que la politique soit guidée par la sagesse, et c’est une très bonne chose.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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