Parasha Massaye 5768

Chabbath 2 août 2008 - 1er AV 5768 Début : entre 19 h 55 et 20 h 10 - Fin : 22 h 19
publié le lundi 28 juillet 2008
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ROCH -HODECH Lecture de la Torah : Nombres XXXIII, 1 - jusqu’à la fin du livre : Les étapes vers la terre promise ; les frontières du pays et son partage ; les villes de refuge. 2ème rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15. Haphtara : (2° des « châtiments ») : JEREMIE II, 4 - 28 et III, 4. Les sefardim ajoutent, IV, 1 et 2 : Péché et retour.

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Commentaires sur la Torah :

Dans le Livre des Nombres, au chapitre XXVII, versets 1 à 5, nous avions pris connaissance de la demande présentée à MOÏSE par les cinq filles de TSELOF’HAD, descendant de la tribu de MANASSE. Celui-ci n’avait laissé aucn héritier mâle. Celles-ci demandent en conséquence quel sera leur statut, au moment où tout le peuple apprend que la Terre d’Israël va être répartie entre les douze tribus par voie de tirage au sort. La réponse à cette demande sera fournie le message que D.ieu adresse à MOÏSE, tel que nous trouvons consigné dans ce même chapitre, aux versets 6 à 11. De cette réponse il ressort que les filles ont un droit à l’héritage laissé par leur père. Cette question est intéressante du fait que rien n’avait été précisé jusqu’alors, dans une société ou groupe à caractère misogyne ou phallocrate. Notre paracha vient alors nous donner un éclairage plus nuancé, précurseur des droits de la femme dans la société moderne. Nous voyons en effet cette question de l’héritage des filles de TSELOF’HAD revenir dans le chapitre XXXVI du Livre des Nombres, où sont fixées toutes les possibilités d’héritages quandu un homme ne laisse que des filles, et à défaut de celles-ci, quel sera l’ordre de succession pour tous les autres membres de sa famille. On pourrait ainsi penser aux règles de successions prévalant encore de nos jours dans la plupart des cours royales. Pour en revenir au début de notre commentaire, nous constatons que ce sont les représentants de la famille de TSELOF’HAD, qui, au-delà de ses propres filles, plaident la cause de leur tribu, afin d’éviter une dévolution de propriété d’une tribu à l’autre que pourrait occasionner le mariage des héritières. MOÏSE prend en considération cet argument et, pour sauvegarder le principe de l’inaliénabilité de la possession tribale, en restreignant la liberté du choix matrimonial à la tribu de MANASSE. Ce texte pourrait nous paraître désuet voir anachronique. Il a pourtant son importance. En effet, l’incident relaté dans la paracha nous renseigne mieux que n’importe quelle dissertation sur la position légale de la femme. On peut en déduire qu’elle n’était pas lésée en matière d’héritage. En dehors de leur tribu, et pour garantir en quelque sorte la trop grande parcellisation des biens laissés par le père, elles disposaient malgré tout à l’intérieur de la tribu à laquelle appartenait ce dernier, d’une liberté totale dans le choix matrimonial. Cette question n’est plus tellement d’actualité de nos jours, puisque nous ne connaissons plus la notion de tribu à l’exemple de la période biblique. Il n’en reste pas moins vrai que la notion d’appartenance à une catégorie bourgeoise quelconque joue encore assez souvent dans les mariages de convenance. Dans l’épisode biblique relaté, le législateur ne se contente pas en l’occurrence, de statuer sur un cas particulier, mais généralise la règle et établit à cette occasion pour l’avenir, l’ordre de succession tel qu’il doit être observé que nous avons déjà suggéré plus haut. Nos Sages estiment que les filles de TSELOF’HAD avaient réalisé mieux que MOÏSE le sens du dénombrement où elles figuraient parmi les descendants de la tribu de MANASSE. « Leur œil vit donc ce que l’œil de MOÏSE n’avait pas vu » (SIFRE - commentaire midrachique sur les Nombres). Ce chapitre, dira RACHI, aurait dû être écrit au nom de MOÏSE, mais tel était le mérite des filles de TSELOF’HAD, qu’il fut écrit en leur... Il est écrit en effet : « Les filles de TSELOF’HAD disent vrai » (Nombres XXVII, 7), autrement dit : leur demande est justifiée. « Heureux l’homme dont les paroles rencontrent l’acquiescement du Saint, béni soit-Il » conclut le Midrash. Sur ce passage biblique, ABRAVANEL considère qu’en disant que « les filles de TSELOF’HAD ont raison » D.ieu a voulu faire comprendre à MOÏSE qu’il était superflu de plaider leur cause car leurs droits d’hérédité avaient déjà été prévus. Il faut également souligner leur courage civique : elles réclamaient des droits d’héritage pour la femme, alors que généralement ces mêmes droits leurs sont refusés encore de nos jours, dans certaines sociétés n’ayant pas abandonné leurs règles archaïques. En conclusion à cette étude, nous voudrions indiquer ici que la vie dans des sociétés ou des pays où l’on respecte encore ce que l’on appelle le statut personnel, des difficultés peuvent surgir en cas de décès du père de famille pour l’héritage des filles, ou du décès d’un époux pour les droits de sa veuve par rapport aux enfants du couple. Ces questions doivent être présentés devant un BETH DIN ou une autre autorité rabbinique compétente, pour trouver une solution honorable, juste, permettant de respecter la dignité d’une fille ou d’une épouse. Il s’agit souvent de problèmes délicats où s’impose malheureusement l’argent et non les sentiments. Nous ne savons que trop par tout ce qui se passe dans le monde, combien l’argent peut être source de conflits et de haine. La Torah, par toutes ses mises en garde, cherche à nous en éviter les inconvénients.

HAPHTARA :

« Ecoutez la parole du Seigneur, maison de JACOB, et vous toutes, familles de la maison d’Israël. ». (Jérémie 2, 4). Ce sont les paroles par lesquelles débute la seconde Haphtara de ces trois semaines de deuil. Elles constituent un appel direct au peuple que lui lance le prophète JEREMIE dans les derniers jours de JERUSALEM avant la prise de la ville et la destruction du Temple. Dans la PESSIKTA (commentaire rabbinique), Rabbi LEVI, s’inspirant de ces paroles, fait remarquer combien le seul fait d’accepter d’écouter un discours de réprimande peut ouvrir le chemin des cœurs, un instant endurcis à la parole de D.ieu. A titre d’exemple, nous nous arrêterons au verset 24 : « Anesse sauvage, habituée au désert, aspirant le vent dans la fougue d ses désirs, qui pourra réfréner son ardeur ? Ceux qui la recherchent n’ont pas à se fatiguer, ils la trouvent dans le mois [de ses amours]. En clair, ce verset mentionne le violent désir qu’avait alors Israël d’échapper à toute forme de soumission, en se révoltant contre D.ieu, à l’image du mulet sauvage désirant courir dans le désert. « Ceux qui le chercheront ne seront pas épuisés. » Selon S.R. HIRSCH, il s’agit là de tous ceux qui voudront détourner ISRAEL de la bonne voie qu’il s’est engagé de suivre depuis le SINAI. Ils n’auront de cesse qu’ils ne le voient trébucher. Il suffit à cet égard de penser à toutes les tentations d’assimilation auxquelles nous avons sans cesse été confrontés. « Dans son renouvellement, ils l’atteindront » (verset 24). Certains lisent ici : « dans son mois. » RACHI est d’avis qu’il y là une allusion au mois de AB, où, selon la tradition, fut commise la faute des explorateurs (Nombres 13 et 14). Il en résulta pour les Hébreux un séjour forcé de quarante années dans le désert, alors qu’ils devaient immédiatement rejoindre la Terre Sainte à leur sortie d’Egypte. Toujours selon ce même commentaire s’inspirant du Midrash, RACHI vient nous rappeler que c’était pour avoir inutilement pleuré dans le désert, au retour de ces explorateurs, qu’ISRAEL fut condamné à pleurer chaque année le jour du 9 AB, en expiation de la destruction du Temple de Jérusalem. De son côté, RADAK nous rappelle que c’est durant ce même mois, qu’ISRAEL, tenant compte des leçons du passé, sera amené à faire pénitence, parce que les prophètes réussiront à trouver le chemin de son cœur. ISRAEL se renouvellera donc spirituellement. Pour son explication, RADAK utilise le double sens de ‘HADASH qui signifie « nouveau » mais que l’on peut lire ‘HODESH, « le mois ». Cette interprétation nous permet alors de comprendre le choix de notre Haphtara, lue au début du mois de AB, car elle nous invite à faire pénitence, sans avoir besoin d’attendre le mois de ELLOUL, tout proche. Les conditions du retour à D.ieu sont clairement formulées dans le dernier verset de notre Haphtara : « et si tu jurais « par l’Eternel vivant » en vérité, en droiture et en justice... » ( Jérémie IV, 2). Ces trois qualificatifs représentent la marque spécifique d’ABRAHAM, à travers les promesses de bénédictions qui lui ont été faites et dont nous sommes les héritiers. En effet, depuis ce patriarche et à travers tous les prophètes chargés de transmettre l’enseignement divin, c’est le même programme d’action qui nous est proposé et qui donne tout son prix à l’existence du peuple juif, grâce auquel : « les peuples se diraient heureux et se diraient glorieux. » Nos souffrances n’auront donc pas été vaines si, au terme de l’Histoire, nous parviendrons à ce but ultime pour le bonheur de l’humanité toute entière.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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