Parasha Matoth 5768

Chabbath 26 juillet 2008 - 23 Tamouz 5768 - Début : de 20 h 03 à 20 18 - Fin : 22 h 30
publié le mardi 22 juillet 2008
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Bénédiction du mois : ROCH HODECH AV : Chabbat 2 août 2008

Lecture de la Torah : XXX, 2 - XXXII, fin : Vœux et serments ; victoire sur les Midianites ; RUBEN, GAD et demi-MANASSE. ; Haphtarah : (1ère des « châtiments) : JEREMIE I, 1 - II, 3 : La vocation du prophète.


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Commentaires sur la Torah :

« MOÏSE parla aux chefs des tribus des enfants d’ISRAËL, en ces termes : « Voici ce qu’a ordonné l’Eternel. Si un homme fait un vœu au Seigneur, ou s’impose, par un serment, quelque interdiction à lui-même, il ne peut violer sa parole : tout ce qu’a proféré sa bouche, il doit l’accomplir. » (Nombres XXX, 1 -2). Cette année est tout à fait exceptionnelle. En effet, du fait que nous avons eu une année embolismique comportant treize mois selon notre calendrier lunaire, nous lirons les sections MATOT et MASSAÏ séparément, contrairement aux années habituelles. C’est donc un passage de la première de ces deux sections que nous commenterons ici. Nous limiterons notre réflexion à l’examen d’un passage très important. Il concerne la règle s’appliquant aux vœux. Il nous arrive très fréquemment de prononcer des paroles d’engagement sous forme de vœu ou de promesse. L’étude de ce texte nous montrera quelle en est l’importance et la gravité. Le Midrash insiste beaucoup sur le terme « ZEH HADAVAR - Voici ce qu’a ordonné ». Car ce qui intrigue le Midrash, c’est que cette expression indique une sorte d’exception, une forme de limitation, voulant signifier que MOÏSE tenait en utilisant cette formulation, à lui donner une précision bien définie. Il tenait à rappeler aux dirigeants du peuple l’importance de cette règle relative aux vœux. S’agissant à la fois du Sage à qui l’on soumet un cas de ce genre, il n’a qu’une possibilité, celle de délier = HAFER de son engagement la personne ayant prononcé un vœu qu’elle ne voudrait pas tenir. Mais s’agissant de celui qui promet, il doit faire l’objet d’une HATARAH, c’est-à-dire d’un dénouement. Dans le premier cas, cela ne peut être autorisé que dans la mesure où le Rabbin trouve chez son interlocuteur une forme de regret d’avoir prononcé son vœu, en n’ayant pas suffisamment réfléchi à la portée de son intention, sans quoi aucune démarche de rétractation ne serait alors possible. Nos Sages se sont inspirés d’un verset de l’Ecclésiaste disant : « Tu ferais mieux de t’abstenir de tout vœu que d’en faire un et de ne pas l’accomplir. » (Ecclésiaste V, 4). Ils ne voient généralement pas d’un bon œil le fait de prononcer des vœux, sachant que la nature humaine est faible et peut entraîner chez l’homme le non-respect de la parole donnée. Nous en sommes bien souvent les témoins, en maintes circonstances. Or, nous sommes tenus d’accomplir les préceptes religieux qui nous ont été ordonnés. Nous ne pouvons donc décider de notre propre chef de les trahir ou de les négliger. Après le passage relatif aux vœux, la TORAH nous rappelle qu’ensuite MOÏSE reçut l’ordre suivant : « Exerce sur les Midianites la vengeance due aux enfants d’ISRAËL ; après quoi tu seras réuni à tes pères (tu mourras). » (Nombres XXXI, 2). Tout en sachant que sa propre mort serait liée à la victoire sur les Midianites, MOÏSE n’hésite pas à accomplir l’ordre divin, conscient de la nécessité de le réaliser. Un autre que lui aurait peut-être cherché à tergiverser pour tenter de retarder sa propre fin. MOÏSE quant à lui, n’a pas hésité un instant, estimant de son devoir d’obéir sans défaillance à l’ordre divin. Pour donner l’ordre d’attaquer les Midianites à ses troupes, MOÏSE était donc obligé de passer par les chefs des tribus. Pour quelle raison ne s’est-il pas lui-même placé en tête des combattants. A cela, les TOSSAPHISTES (disciples et descendants de RACHI) expliquent que MOÏSE a eu un grand scrupule. En effet, il ne voulait pas se montrer ingrat contre le pays qui l’avait abrité dans sa jeunesse, quand il dut s’enfuir d’EGYPTE. C’est là une belle leçon de reconnaissance que nous donnent nos Maîtres, à travers la personnalité de MOÏSE, et de citer pour cela l’adage bien connu : « le puits d’où tu as puisé l’eau que tu as bue, n’y jette pas une pierre. ». La reconnaissance pour un bienfait dont nous avons été un jour l’objet, doit toujours se manifester envers le ou les bienfaiteurs ayant réalisé un acte de générosité ou de solidarité. C’est bien ce que pratique de nos jours l’ETAT d’ISRAËL qui, à travers l’Institut YAD VACHEM honore régulièrement ceux qui, parfois au péril de leur vie, ont contribué à sauver des Juifs durant la période de la SHOAH. Nous en avons très régulièrement connaissance à travers des manifestations régulièrement organisées et destinées à honorer ceux que l’on qualifie selon la terminologie traditionnelle de « Justes des Nations ». Pour en revenir à l’épisode que nous relate notre paracha, il faut rappeler qu’avant de demander aux chefs des tribus de l’aider à battre les Midianites, il a d’abord tenu à enseigner les règles relatives aux vœux, en utilisant l’expression : « voici ce qu’a ordonné l’Eternel ». En fait il ne s’agit pas seulement de respecter sa parole quand on a prononcé un vœu ou pris un engagement. Il s’agit également pour l’homme de s’habituer à ne pas affaiblir sa parole par des renoncements. Tenir une promesse, c’était également sous une forme prophétique ce que MOÏSE voulait dire aux membres des tribus de RUBEN, GAD et la moitié de celle de MANASSE qui lui avaient demandé de ne pas s’installer en Terre Sainte mais de pouvoir y rester, pour tenir compte de leurs nombreux troupeaux en TRANS-JORDANIE où les pâturages étaient plus profitables à leur bétail. (Nombres XXXII). Il n’ont eu l’autorisation de rester, qu’à la condition d’aider leurs frères des autres tribus à la conquête de la Terre Sainte. Ils s’y sont engagés, et MOÏSE leur a alors déclaré : « vous serez quittes (purs) envers D.ieu et ISRAËL » (Nombres XXXII, 22). Rav Israël SALANTER, un des maîtres de l’école du Moussar (morale) avait l’habitude de dire : « L’homme doit être en règle avec ses semblables comme il doit l’être envers D.ieu ». Devant le Tout-Puissant, rien ne sert de flatter, de mentir. Aussi, faut-il toujours dire la vérité à ceux que l’on côtoie. Tout est lié. C’est bien ce que veulent nous enseigner les Pirké Aboth au chapitre III - michna 10 : « Celui qui est aimé des hommes est aussi aimé de D.ieu. » Cela ne peut s’appliquer qu’à l’homme qui ne viole pas sa propre parole, et qui au contraire, la considère comme sacrée. Nous sommes constamment témoins d’engagements pris et parfois non-tenus, et ce, dans tous les domaines, religieux, sociaux ou politiques. C’est dire la distance prise par les hommes par rapport à ce que nous devrions toujours considérer comme hautement sacré. Le non-respect de ces valeurs, le monde nous en offre quotidiennement le triste spectacle.

HAPHTARA :

Nous lisons cette semaine la première des trois Haphtaroth, dites de réprimandes. Elles sont en relation avec les trois semaines de deuil que nous observons entre le jeûne du 17 Tammouz et celui du 9 Av. Pour cette raison, les maîtres de la tradition ont choisi pour cette semaine un texte tiré du premier chapitre du prophète JEREMIE traitant de la vocation du prophète. Par définition, celui-ci exerce une rôle important. Il lui incombe notamment de réprimander le peuple en cas de besoin, et en tout cas, de lui rappeler sans cesse l’enseignement de la TORAH et de toute la tradition orale. C’est bien la fonction qu’exerçait MOÏSE, le plus grand des prophètes, lorsqu’il admonestait le peuple d’ISRAËL, tout au long des quarante années du séjour dans le désert. Notre Haphtara nous décrit donc l’investiture de JEREMIE. Il comporte beaucoup de ressemblances avec celle d’ISAÏE, si ce n’est que ce dernier se prête de meilleure grâce à vouloir accomplir sa mission. ISAÏE, riche en expérience, n’objecte à D.ieu que son manque de pureté : « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures. » (ISAÏE VI, 5). A l’opposé, JEREMIE, en règle générale, doute de ses capacités, en raison de son jeune âge (METSOUDAT TSION). Celui-ci, natif d’ANATOH, n’a pas le choix quand D.ieu lui confie la mission d’être prophète et de porter son enseignement au peuple d’ISRAËL, durant la période trouble que représentait la prochaine destruction du Temple qui allait être suivie de la dispersion vers l’exil en Babylonie. Aussi, est-ce contre son gré que JEREMIE acceptera la mission qui lui est confiée. Nous lisons en effet : « Vois que je te donne mission en ce jour auprès des peuples et des royaumes, pour arracher et pour démolir, pour détruire et pour renverser, pour bâtir et pour planter. « JEREMIE I, 10). Pour le rassurer quant au sérieux de cette mission, D.ieu poursuite en lui disant : « Je fais de toi, dès aujourd’hui, une forteresse, une colonne de fer, une muraille d’airain, à l’encontre de tout le pays.... » (JEREMIE I, 18), et non seulement du pays d’ISRAËL, mais aussi de tous les pays du monde. C’est donc là une grande mission confiée à ce prophète pour guider le peuple d’ISRAËL. Si sur le moment, il refusait d’écouter les messages divins qui lui étaient adressés, il les a au-moins gravés plus tard dans son cœur et il a essayé, malgré la faiblesse humaine, d’en tirer quelques leçons. Tour le secret de l’histoire et de la survie d’ISRAËL tient dans la manière dont il appréhende le message des prophètes de la Bible. Par contre, il est aisé de constater que le monde n’a jamais voulu prêter l’oreille à l’une des plus belles vérités relatées par le prophète et par laquelle s’achève notre Haphtara : « Vas proclamer aux oreilles de JERUSALEM ce qui suit : « Ainsi parle l’Eternel ! Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps des fiançailles quand tu me suivais dans le désert, dans une région inculte. ISRAËL est une chose sainte, appartenant à l’Eternel, les prémices de sa récolte ; ceux qui en font leur nourriture sont en faute ; il leur arrivera malheur. » (JEREMIE II, 2-3). En cette période de l’année religieuse où nous ressentons avec plus d’angoisse que d’habitude, le vide que nous laisse la destruction du Temple, avec toutes les persécutions qui en ont résulté pour la suite de notre Histoire, le prophète vient nous rassurer. Il nous promet le constant soutien de D.ieu. Mais nous devons le mériter. La période de ces trois semaines de deuil est donc propice à faire un retour vers D.ieu. Nous sommes invités à faire l’examen de nos erreurs quotidiennes comme celles qu’ont sans cesse dénoncées nos prophètes. L’on doit également se souvenir que c’est dans cette période de tristesse que nous restreignons certaines réjouissances telles que les célébrations de mariages ou même de Bar-Mitzwa quand elles sont accompagnées de soirées à grand spectacle fort coûteuses n’ayant rien à voir avec le caractère strictement religieux de la fête. Ces trois semaines de deuil nous permettent également de rappeler l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, et plus près de nous, le déclenchement de la première guerre mondiale, prélude à tout ce que nous dû subir par la suite. Quand nous y réfléchissons, nous pouvons mieux comprendre l’importance de tenter de déchiffrer et de comprendre le message des prophètes d’ISRAËL, pour en tirer les meilleurs leçons possibles.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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