Parasha Pinhas 5768

Chabbath 19 juillet 2008 — 16 Tammouz 5768 - Début : 20 h 16 à 20 h 31 - Fin : 22 h 53
publié le mardi 15 juillet 2008
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Lecture de la Torah : Nombres XXV, 10 - XXX, 1 : Alliance avec PIN’HAS ; deuxième dénombrement ; l’héritage des filles ; les sacrifices. Haphtara : I Rois XVIII, 46 - XIX, 21 : ELIE, en fuite au mont Horeb, y perçoit la voix divine dans le murmure d’une brise légère.

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Commentaires sur la Torah :

Comme nous l’a rapporté la fin de la paracha précédente (Nombres XXV, 6 - 8), le principal personnage de notre paracha, PIN’HAS, petit-fils d’AARON a osé transpercer de sa lance un chef de la tribu de SHIMONE et une princesse madianite qui s’étaient publiquement accouplés. Malgré la faute grave que pouvait représenter la mise à mort d’un prince en Israël, PIN’HAS a cru nécessaire d’agir comme il l’a fait. C’était un moment grave de l’Histoire des Hébreux. Il se devait de manifester publiquement son opposition à la débauche qui avait alors saisi les Hébreux, après le mauvais conseil que BIL’ÂM avait donné à BALAK, roi de MOAB d’entraîner le peuple d’Israël à la débauche grâce aux femmes de Moab (selon le Midrash). Il fallait lutter contre le culte païen de PEOR auquel certains s’étaient laissé entraînés. C’était donc pour réaliser un acte fort, marquant, destiné à servir d’exemple, et voulant notamment sanctifier le nom de HACHEM, gravement mis en cause, que nous appelons le KIDDOUCH HACHEM, que PIN’HAS a agi comme il l’avait fait, même si cela se produisait sous le coup d’un véritable accès de colère. Nos Sages nous enseignent bien qu’il faut savoir dominer ses passions et lutter par tous les moyens contre un excès de colère. Il faut savoir la dominer. Mais il est des cas où ce qui est condamnable peut à la rigueur se justifier. C’est ce qui s’est donc produit dans la situation que PIN’HAS devait affronter. Lui, dont le grand-père, AARON le Grand-Prêtre, avait toujours prôné la modération et la vertu du CHALOM, la paix entre ennemis, a tenu à faire un exemple salutaire pour la défense du nom sacré de D.ieu. Cette action tout à fait exceptionnelle avait requis de la part de PINHAS un très grand courage, face au risque qu’il prenait en tuant un prince d’Israël. Il risquait en effet d’être mis à mort par une foule hystérique. Il fut récompensé de son geste exemplaire par les louanges que D.ieu lui adressa, en contractant avec lui une alliance de paix (Nombres XXV, 12). D.ieu accordait ainsi à PIN’HAS, la garantie du privilège éternel de la prêtrise. C’était en effet très important pour lui. Jusqu’alors ce n’étaient qu’AARON, ses fils ELIEZER et ITAMAR qui avaient été désignés comme prêtres, en tant que COHANIM. Avec PIN’HAS, il y aura désormais continuité et permanence dans la transmission des privilèges réservés à ceux qui sont les descendants d’AARON. Nous avons à cet égard un enseignement important à dégager. La question se pose déjà pour n’importe quel être humain : a-t-on le droit de tuer ? Le Décalogue dans son sixième commandement dit bien : « Tu ne tueras point ». Qui plus est, quand il s’agit d’un COHEN dont on sait qu’en cas de meurtre, il n’est plus autorisé à bénir l’assemblée d’Israël. Comment comprendre alors que PIN’HAS ait pu agir comme il l’a fait et se soit même vu récompensé par l’alliance de paix que D.ieu lui a accordée, au point de mériter en cette circonstance grave qu’une section entière de la Torah comme celle que nous lirons ce prochain chabbat, porte le nom de PIN’HAS ? Nos maîtres expliquent que c’est pour sortir de ce dilemme, que PIN’HAS n’a porté la dignité de COHEN qu’après avoir agi pour défendre la sainteté de D.ieu, en mettant à mort un prince de la tribu de SHIMONE, qui avait si gravement offensé la sainteté divine. Bien entendu, nos Sages tiennent à souligner le caractère exceptionnel de cet acte. Ils considèrent qu’il ne serait question de justifier un meurtre que dans le cas précis où il s’agirait de lutter contre des actes abominables risquant d’entraîner une profanation du nom divin. De toute évidence, mais il vaut mieux le préciser ici, cela n’a rien à voir avec ce que nous observons de nos jours concernant le fanatisme ou l’intégrisme de tenants de certaines religions. Ils agitent la menace d’une guerre sainte et semblent agir au nom d’une justice fondée sur l’obscurantisme et d’une tradition mal comprise et interprétée. Pour bien comprendre l’enseignement que veut dégager notre paracha, il faut donc admettre que si l’attitude de PIN’HAS a été saluée par la Torah comme représentant un acte méritoire, ce n’était que dans le but d’éviter au peuple d’Israël de se laisser contaminer par l’idolâtrie des peuples voisins. Cette crainte est d’ailleurs souvent mise en avant dans la Torah. En agissant comme il l’a fait et en attaquant un chef de tribu, PIN’HAS, nous le savons, entendait surtout montrer que lorsque l’on détient des honneurs, on ne peut se permettre le moindre écart de conduite. Belle leçon que devraient méditer ceux qui de nos jours, contreviennent au code de l’honneur, sans parler parfois de malversations ou de manœuvres malhonnêtes. Bien au contraire, un chef ou un dirigeant, plus que tout autre, dans quelque domaine que ce soit, doit être irréprochable dans sa conduite, pour mieux guider ceux dont il est responsable et servir d’exemple. Il ne suffit pas seulement de descendre d’une lignée prestigieuse ou d’avoir acquis des titres de gloire, il faut savoir que le mérite personnel lui aussi est important. C’est ce qu’a voulu montrer MOÏSE. Il a préféré transmettre ses pouvoirs à son disciples JOSUE, et non à l’un de ses fils. En effet, JOSUE a toujours recherché, par sa proximité auprès de MOISE, à atteindre la perfection morale et intellectuelle. Il prenait ainsi exemple sur son maître, tandis que les fils de MOISE, selon la tradition orale, n’avaient pas su tirer avantage de leur ascendance. Ils s’étaient toujours volontairement tenus à l’écart, ne bénéficiant pas au mieux des enseignements de leur illustre père. Ils ne pouvaient de ce fait briguer par voie d’héritage, la place éminent de guide spirituel du peuple d’ISRAËL. C’est ce que nous lirons cette semaine dans la paracha, lorsque MOÏSE, ayant appris sa mort prochaine, sera seulement autorisé à contempler de loin la Terre Sainte dans laquelle il n’aura pas le privilège de s’installer. C’est alors qu’il s’adressera à D.ieu pour que soit désigné celui qui deviendra son successeur : JOSUE (Nombres XXVII, 18).

HAPHTARA :

Le séjour d’ELIE dans le désert, les quarante jours qu’il met pour franchir les vingt-quatre lieues qui séparent BEER-SHEVA du Mont HOREB, est un symbole significatif. Après avoir lutté avec acharnement contre l’idolâtrie et la corruption de la société sous ACHAB et JEZABEL, ELIE se voit obligé de rejoindre le désert (surtout en raison d’un appel intérieur de purification et de retraite) à l’image de PINHAS dont nous avons longuement rappelé l’action dans notre commentaire sur la Torah. Il y est notamment contraint en raison des menaces pesant sur son existence physique de la part du couple royal infidèle à la loi divine. Dans ces lieux inhospitaliers et dangereux, où ses ancêtres avaient erré durant quarante ans, isolé du tumulte extérieur, il découvre le sens le plus élevé de la communion avec D.ieu. Placé, selon le Midrash, dans la même caverne où D.ieu fit entrer MOÏSE lors de l’entrevue racontée par l’Exode (XXXIII, 22), il y atteint, à l’exemple du père des prophètes, la plus grande proximité de D.ieu. Il ressent toute la puissance illimitée du Seigneur que l’on approche le mieux et le plus intimement par le calme, la modération et la sérénité. La voix reprit : « Sors et tiens-toi sur la montagne pour attendre le Seigneur ! » (I Rois XIX, 11). Devant lui souffle un vent intense et violent, entr’ouvrant les monts et brisant les rochers, mais dans ce vent n’était point le Seigneur. Après le vent, une forte secousse ; le Seigneur n’y était pas encore. Après la secousse, un feu ; le Seigneur n’était point dans le feu. Puis, après le feu, un doux et subtil murmure. Aussitôt qu’Elie le perçut, il se couvrit le visage de son manteau.... Le Seigneur lui dit : « Va, reprends ta route vers le désert de Dams. Arrivé là, tu sacreras HAZAËL comme roi de Syrie, puis JEHU .... ( v. 15 - 16). Après avoir atteint le mystère par la pensée, ELIE doit revenir sur terre et repenser à la réalité, à cette triste réalité que lui imposent les hommes par leurs actions, à force de gâcher tout ce qu’il y a en eux et autour d’eux de divin, de beau et de sublime. Il y reviendra courageusement, et en récompense de cet effort que nécessite une descente des sommets éternels à la vallée des pleurs, il aura sous peu le privilège de regagner le ciel sans avoir à subir cette rupture violente et ce regret déchirant que cause le passage d’une vie à une autre.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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