Parasha Balak 5768

Chabbath 12 juillet 2008 - 9 Tammouz 5768 -entre 20 14 et 20 h 29 - Fin : 22 h 48 Début :
publié le mercredi 9 juillet 2008
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : Nombres XXII, 2 - XXV, 9 : BALAK et BILEAM. Haphtara : MICHEE V, 6 - VI, 8 (rite italien, dès V, 4) : Ce que D.ieu demande : d’agir avec justice, d’aimer la bonté, de marcher avec humilité devant Lui.

publicité

Commentaires sur la Torah :

« Oui, je le vois de la cime des rochers et du haut des collines, je le découvre : ce peuple, il vit solitaire, il ne se confondra point avec les nations. » (Nombres XXIII, 9). RACHI nous offre sur ce verset un commentaire intéressant. Il interprète la manière selon laquelle BILEAM prend en compte la puissance et en même temps le caractère solitaire du peuple d’ISRAËL. S’inspirant du Midrach TAN’HOUMA, il paraphrase ainsi la pensée de BILEAM : « Moi, je regarde leurs origines et le commencement de leurs racines, et je les vois assis sur des bases solides comme des rochers et des collines de par leurs pères et leurs mères. Par ce verset, BILEAM veut démontrer à BALAK (ennemi juré d’ISRAËL), qu’il se donne inutilement du mal, car il ne pourra espérer vaincre ISRAËL. Aussi, pour conforter cette analyse, BILEAM fait appel à l’histoire du peuple juif, à sa genèse. Dans son discours au roi de MOAB, appelé en renfort et en consultation pour faire usage du pouvoir de sa parole, BILEAM lui dit : « si tu veux crier et exprimer tes doléances en disant : « Déjà ce peuple, sorti de l’Egypte, a couvert la face du pays. » (Nombres XXII, 11), saches que tu te trompes. Disons au passage qu’il s’agit là de l’amorce du discours traditionnel tenu par les antisémites prétendant que les juifs règnent en maîtres de l’univers. Mais, poursuit BILEAM, s’adressant encore à BALAK : « tu commets une erreur historique en croyant que le pouvoir d’ISRAËL date de la sortie d’EGYPTE. Il faut remonter bien plus loin pour comprendre le secret de sa survie. Il faut en effet prendre en compte les patriarches et les matriarches, considérés comme des « rochers et des collines. » RACHI (contemporain de la première Croisade) veut donc faire ressortir ce qui par l’existence des juifs, dérange les nations. C’est là toute notre différence. Elle consiste à ne pas nous effacer ni à nous fondre parmi les autres. « Ce peuple, il vit solitaire, il ne se confondra point avec les nations. » (Nombres XXIII, 9). Comme ses ancêtres, tels ABRAHAM ou ISAAC, le peuple d’ISRAËL eut le mérite de vivre à l’écart des autres nations, pour ne pas en subir les mauvaises influences au plan moral. Selon notre commentateur cité plus haut, BILEAM veut apporter à BALAK deux sortes d’arguments : d’une part, semble-t-il suggérer, c’est en se tenant à l’écart des autres peuples, qu’ISRAËL peut se maintenir dans son authenticité. D’autre part semble-t-il dire, cette force de caractère spécifique qu’il souligne ici, ISRAËL la tient de ses ancêtres. BILEAM a quant à lui bien compris qu’aussi longtemps qu’ISRAËL s’appliquera à réaliser le principe de « si vous vous conduisez selon mes lois » (Lévitique XXVI, 3), alors se réalisera la promesse selon laquelle « je ferai régner la paix dans ce pays » (Lévitique XXVI, 6). De la sorte, rien ne pourra lui arriver, aucun de ses ennemis ne pourra triompher de lui. C’est ce que voulait souligner BILEAM en tentant de démontrer à BALAK que le secret de la survie d’ISRAËL se trouve dans les promesses faites par D.ieu aux patriarches. Selon le MIDRASH tel que l’interprète RACHI, quand ISRAËL est dans la joie, les autres peuples lui disputent cette joie, et ne tiennent pas trop qu’ISRAËL puisse goûter un peu de repos et de calme. Au contraire, ils préfèrent le plaindre quand il est en difficulté, comme ce fut le cas tout au long de ces derniers siècles. Par contre, sans rien perdre de son originalité, ISRAËL a toujours pris part aux combats des autres peuples, pour la défense de leurs libertés et en général de celle de la dignité humaine. Face aux arguments favorables à ISRAËL tenus par BILEAM, leur ennemi d’alors BALAK répond ceci : « ne regarde pas trop loin en direction des patriarches, cherche plutôt le mal dans un passé plus récent, lorsque ISRAËL ayant commis la faute du veau d’or a suscité la colère divine contre lui. Aussi, dit BALAK : « Viens, je te prie, avec moi, dans un autre lieu, d’où tu pourras voir ce peuple : tu n’en verras que les derniers rangs, tu ne le verras pas tout entier. Et maudis-le moi de là. » (Nombres XXIII, 13). Ce faisant, il aurait préférer voir les défauts d’ISRAËL, bien que sachant que D.ieu est en mesure de détourner ses regards du peuple élu lorsque celui-ci dévie de la voie tracée. Telle est l’interprétation que fournit notamment le commentaire de KELI YAKAR. Celui-ci, fait dire à BALAK qu’il ne veut pas prendre en considération toute l’histoire du peuple d’ISRAËL mais seulement ses égarements et ses moments de faiblesse quant à sa position face à D.ieu. On peut donc admettre que BALAK, personnage central de notre paracha, fut le précurseur des antisémites de tous les temps, y compris de ceux qui de nos jours encore tentent de voiler leurs propos sous les formes les plus hypocrites possibles. Poursuivant malgré tout son plaidoyer en faveur d’ISRAËL, tout comme de rares voix contemporaines veulent bien de nos jours prendre malgré tout la défense de notre cause, BILEAM ajoute : « Il (D.ieu) n’aperçoit point d’iniquité en JACOB, Il ne voit point de mal en ISRAËL ; l’Eternel son D.ieu, est avec lui, et l’amitié d’un Roi le protège. » (Nombres XXIII, 21). Selon RACHI commentant ce verset, même si ISRAËL commet parfois des fautes, D.ieu n’est pas trop regardant dans les détails. Il sait malgré tout, qu’ISRAËL a toujours manifesté une foi profonde en Celui qui a accepté de le protéger dès les origines. « l’Eternel son D.ieu, est avec lui ». « Même s’il le met parfois en colère et se révolte contre Lui, D.ieu ne s’éloigne pas de Ses enfants. » La suite du texte nous montre à quel point, et ce, malgré lui, BILEAM ne tarit pas d’éloges sur la spécificité d’ISRAËL quant à sa vie familiale. Elle est faite de respect dans le couple, elle se distingue par la manière discrète d’élever les enfants. Ce sont là des éléments essentiels que nous pourrions remarquer aujourd’hui encore dans le désarroi où se trouvent bien des parents et des enfants dans notre société contemporaine, privée de repères, dans laquelle les valeurs traditionnelles semblent être battues en brèches. C’est là aussi tout le secret de la morale juive, telle qu’elle est mise en valeur dans ce verset bien connu de tous et figurant souvent à l’entrée de nos maisons de prières : « Quelles sont belles tes tentes, ô JACOB ! Tes demeures, ô ISRAËL ! » (Nombres XXIV, 5). Il ne s’agit pas simplement d’un texte banal souvent repris dans des compositions musicales diversement interprétées lors de nos cérémonies de mariage. Il s’agit bien plus, comme l’enseignent tous les exégètes, de souligner le respect de l’intimité de chaque couple à l’intérieur de son foyer et de la fidélité à laquelle sont attachés les époux l’un envers l’autre. Nous constatons malheureusement que ceux qui nous envient ou nous combattent, ne veulent pas toujours baisser les bras en s’attaquant à nous sous les formes les plus sournoises ou les plus odieuses. Nous qui savons ce que nous devons à la protection du Très-Haut, nous devons agir de manière à maintenir vivant l’enseignement des patriarches si élogieusement rappelé dans notre paracha. Il constitue sans nul doute notre protection solide contre toutes les tentatives de destruction ou d’assimilation dont nous ne cessons d’être l’objet, contre toutes les tentations pour briser le caractère sacré de chaque couple juif.

HAPHTARA :

« O mon peuple ! songe seulement à ce que méditait BALAK, roi de MOAB, et à ce que lui répondit BILEAM fils de BEOR.... De CHITTIM à GUILGAL, tu as pu connaître les bontés du Seigneur ! (MICHEE VI, 5). L’invitation du prophète à bien réfléchir sur la miséricorde divine accordée ISRAËL, qui s’est manifestée dans les événements de la plaine de MOAB rappelée dans ce passage, nous montre à quel point l’intervention divine d’alors était exceptionnelle. Prodiguer la bénédiction par la bouche d’ennemis de la trempe de BALAK et BILEAM est une preuve à la fois de toute-puissance et de tendresse illimitée. Malgré les péchés commis à CHITTIM (Nombres XXV, 1-9), RACHI nous rappelle que D.ieu a malgré tout manifesté sa bienveillance au peuple d’ISRAËL à GUILGAL. Il s’agit en effet de l’épisode du passage du JOURDAIN au moment de l’entrée en Terre Sainte. Ces bienfaits, D.ieu les leur a accordés, non pour leurs mérites, mais bien plus afin de faire connaître « les bontés du Seigneur ».Au lieu de se justifier d’avoir désobéi à la Loi, le peuple fait semblant d’ignorer les exigences de cette Loi. Le prophète les lui précisera : « Homme ! Il t’a dit ce qui est bon, l’Eternel, et ce qu’Il te demande : uniquement de pratiquer la justice, et de chérir la vertu, et de rester humble en face de ton D.ieu. » (MICHEE VI, 8). C’est là un verset biblique fondamental pour connaître l’essentiel des obligations qui nous incombent. A ce texte biblique bien connu et souvent cité, j’ajouterai ici le commentaire inspiré de SAMSON RAPHAËL HIRSCH, illustre rabbin ayant vécu et exercé à FRANCFORT au milieu du 19° siècle. Il fut entre autres l’auteur d’un célèbre commentaire sur la TORAH, des HAPHTAROTH, des PSAUMES et des PROVERBES, sans oublier d’autres écrits importants. Je ne cacherai pas qu’il est l’un de mes auteurs préférés. Ainsi, à propos de notre texte, nous pouvons retenir ce qu’il indique à propos du verset cité et qui nous donne les points essentiels de sa pensée. En effet, selon cet auteur, par les différents moyens de pratiquer les mitzwoth - s’agissant des relations entre l’homme et son prochain, aussi bien que celles entre l’homme et D.ieu, nous pouvons parvenir à affirmer notre véritable dignité d’êtres humains. Au sens du terme, être un homme constitue le but fondamental de toutes nos prescriptions religieuses. Il ne s’agit donc pas de les accomplir machinalement. Il convient de les sublimer et de leur donner un sens. Le résultat de toutes nos démarches est alors clairement indiqué dans ce verset puisqu’il utilise l’expression « TOV - ce qui est bon ». La concrétisation de ce « bien » auquel nous devons tenter de parvenir peut être obtenue dans les trois domaines suivants : l’exercice de la justice, l’amour sans réserve pour nos semblables, et une démarche humble envers D.ieu qui connaît nos desseins et nos pensées les plus intimes. Lui seul est réellement en mesure de les apprécier à leur juste valeur. Ce sont là les traits caractéristiques de la personnalité du croyant juif : sincérité avec ses semblables et avec son Créateur. C’est en celà que de l’extérieur on pense trouver le mystère d’ISRAËL, ou plus exactement, le secret de notre survie. BILEAM entre autres l’avait bien compris. Il fut celui qui loua nos qualités et nos vertus. C’est peut-être pour tout cela que nous avons tant eu à souffrir. Mais l’enjeu en valait la peine.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables