Parasha Houkath 5768

Chabbath 5 juillet 2008 - 2 Tamouz 5768 - Début : entre 20 h 15 et 20 h 30 - Fin : 22 h 51
publié le lundi 30 juin 2008
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Lecture de la Torah : Nombres XIX, 1 - XXII, 1 : La vache rousse ; faute de MOÏSE et d’AARON ; le serpent d’airain ; défaite de deux rois de Transjordanie, SI’HONE et OG. Haphtara : JUGES XI, 1 - 33 : JEPHTE de GALAAD.

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Commentaire de la Torah :

La semaine dernière nous avons relu le récit de la paracha KORA’H. Nous avons ainsi appris ce que la malveillance, la médisance ou la diffamation peut entraîner des conséquences graves pour un groupe, pour une communauté ou dans la société en général. On ne sait trop combien la moindre dispute risque de dégénérer, surtout quand le motif avancé n’est pas exempt d’intérêts personnels. A la lumière de cela, nous pourrons mieux comprendre l’importance de la paracha de cette semaine. Elle mentionne au passage, l’un des problèmes les plus importants dans l’histoire de l’humanité, celui du sentiment fraternel ou de son absence. En effet, malgré toutes les déceptions que lui cause ESAÜ dont il était fait mention dans le livre de la Genèse, le peuple d’ISRAËL ne peut oublier le lien fraternel qui l’unit à lui. Sortant d’Egypte, en route pour la Terre Sainte, il lui demande le droit de passage à sa frontière. Il s’attend à une manifestation amicale de la part d’EDOM descendant d’ESAÜ. Notre histoire millénaire, nous a malheureusement trop souvent montré quel lourd tribut nous avions à payer pour être autorisés à franchir une frontière, synonyme de liberté pour des milliers de nos frères à la recherche d’un havre de paix. L’exemple le plus pathétique pourrait bien être celui des rafles de juillet 1942 dont nous célébrerons bientôt le triste anniversaire où les victimes furent prises comme des poissons dans un filet, sans pouvoir s’échapper. Peu d’entre ces victimes réussirent à se cacher et à trouver asile auprès d’âmes compatissantes. Il y eut aussi l’exemple de ces anciens déportés, qui, à la fin de la seconde guerre mondiale, furent inexorablement refoulés par les Anglais, aux portes de ce qui était naguère appelée la PALESTINE, peu avant la proclamation de l’ETAT d’ISRAËL en 1948. Nous pourrions encore multiplier bien d’autres exemples de même nature.

Ainsi, dans le texte de notre paracha, nous lisons ceci : « MOÏSE envoya, de KADECH, des émissaires au roi d’EDOM : « Ainsi parle ton frère ISRAËL : Tu connais toutes les tribulations que nous avons éprouvées. Jadis nos pères descendirent en EGYPTE.... » (Nombres XX, 14-15). Le message adopte un ton amical, et la parenté soulignée des deux peuples fait appel à la compréhension des EDOMITES à l’égard des descendants d’ISAAC, l’ancêtre commun. A propos de ce verset, RACHI insiste sur les termes « ton frère d’ISRAËL ». Pour quelle raison ce lien fraternel est-il mentionné ici ? Selon notre célèbre commentateur, MOÏSE en lançant son message au roi d’EDOM, voulait dire ceci : « nous sommes frères, fils d’ABRAHAM, à qui il a été dit : « Ta postérité séjournera sur une terre étrangère. » Il nous incombait à tous deux de payer cette dette de l’exil. - « Tu connais toutes les tribulations. » Malgré tout, votre ancêtre ISMAËL s’est séparé du nôtre, ISAAC, comme il est dit : « Il émigra vers un autre pays à cause de son frère JACOB », à cause de la dette qui pesait sur eux et qu’il rejeta sur JACOB. »RACHI estime donc que dans cette perspective, ISRAËL se devait de rappeler aux descendants d’ESAÜ ses souffrances et sa destinée, et ce, dans un but précis : bien lui faire comprendre que JACOB et ses enfants n’ont cessé de souffrir pour l’humanité et précisément à cause des descendants d’ESAÜ, bien que de la même origine, celle de la lignée d’ABRAHAM. Si la première partie de la prophétie du commun ancêtre, mentionnée plus haut, s’est réalisée, ils ne devraient donc nullement douter de l’accomplissement de la seconde partie : l’héritage du pays. Selon l’interprétation de notre texte, c’est donc aux EDOMITES, ancêtres des ROMAINS et même des CHRETIENS, qu’incombe en premier lieu de prêter concours aux enfants d’ISRAËL, en les laissant traverser leurs pays, afin qu’ils puissent prendre possession de leur héritage. Nous voyons là un épisode de notre histoire biblique dont la portée a une valeur incontestablement actuelle.

Mais, pour en revenir à notre texte, quelle sera malgré tout la réaction d’EDOM à ce message fraternel, à la suite du rappel du sort commun aux deux descendants d’un même ancêtre, ISAAC, fils d’ABRAHAM ? Comme il est aisé de l’imaginer, EDOM, ennemi juré de JACOB et de toute sa descendance, répondit : « Tu ne traverseras point mon pays, car je me porterais en armes à ta rencontre. » (Nombres XX, 18). On voit ici surgir l’hostilité classique du peuple d’EDOM envers ISRAËL, en raison de l’ancienne animosité de leur fondateur. Pourquoi ne pas dire ici qu’il s’agit bien de ce que nous dénonçons de nos jours à propos de toutes les formes d’antisémitisme dont nous sommes constamment l’objet ? Il ne cesse réellement de se manifester, quelles que soient les formes qu’il adopte.

Aussi, fidèle à l’enseignement traditionnel, RACHI, contemporain de la première croisade, voit à travers notre épisode, un exemple de l’hostilité du peuple Edomite envers celui d’ISRAËL. Pour sa part, il n’y verra autre chose que la conséquence directe du partage des biens entre les deux fils d’ISAAC : « Car je me porterais en armes à ta rencontre. »

Il poursuit son commentaire en disant : « Vous vous vantez de la parole dont votre ancêtre vous a fait hériter, lorsqu’il disait : « Nous avons imploré D.ieu, et il a entendu notre voix. » (Deut. V, 16). « Quant à moi, je marcherai contre vous avec ce que m’a légué mon ancêtre à moi (ESAÜ) : « Tu ne vivras qu’à la pointe de ton épée. » (Genèse XXVII, 40)

Ainsi, oubliant le conflit qui à l’origine séparait les fondateurs de ces deux peuples, ISRAËL, dans un moment de grande angoisse quant à son devenir, compte en vain obtenir le concours d’une nation qui s’obstine à rester hostile. Nous voyons que la suite de l’histoire des peuples est bien l’illustration de ce conflit ancien : l’attitude d’EDOM, quel que soit le nom qu’on lui prête, restera jusqu’au bout celle d’un ennemi acharné, essayant par tous les moyens, d’empêcher la Maison de JACOB de jouir d’une paix durable. C’est bien ce que nous pouvons encore constater à propos de la légitimité d’ISRAËL sur sa terre, que nombre de nations, chrétiennes ou musulmanes, voudraient lui contester ou refuser.

A travers notre récit biblique, nous pouvons seulement constater que le devoir d’assistance à personnes en danger ou à peuples en difficulté, n’a pas toujours été appliqué selon les principes bibliques dont d’aucuns prétendent se réclamer. Nos Sages ont donc eu raison de stigmatiser la cruauté de ceux qui n’agissaient pas en frères, lorsque la situation désespérée que connurent souvent les enfants d’ISRAËL était à son plus haut niveau, ainsi que le prouve notamment toute l’histoire de la seconde guerre mondiale, qui est loin d’avoir livré tous ses secrets relatif au sort tragique réservé aux juifs, même de la part de grandes nations qui auraient la possibilité de leur venir en aide.

HAPHTARA :

Dans notre texte, nous est relatée l’histoire de JEPHTE. A une période de l’histoire biblique où le peuple d’ISRAËL était gravement menacé par les AMMONITES, le peuple vint chercher JEPHTE pour le placer à la tête des armées. Il obtient la victoire. Auparavant, voulant obtenir les faveurs divines pour lui assurer la victoire, il fait le vœu suivant : « JEPHTE fit un vœu à l’Eternel en disant : « Si tu livres en mon pouvoir les enfants d’AMMON, la première créature qui sortira de ma maison au-devant de moi, quand je reviendrai vainqueur des enfants d’AMMON, sera vouée à l’Eternel, et je l’offrirai en holocauste. » (JUGES XI, 30-31). Faisant un tel voeu, JEPHTE commettait en fait une faute grave, puisque les sacrifices humains sont formellement interdits selon la tradition juive. L’histoire se poursuit alors avec la victoire qu’obtient JEPHTE. Celui-ci, veut donc réaliser ce qu’il avait promis de faire. Pour son malheur, c’est sa propre fille qui fut la première personne à se porter à sa rencontre. Malgré le caractère cruel de cette situation, il tenait à réaliser son vœu. En fin de compte, selon le Midrash, repris par les commentateurs, JEPHTE ne la mit pas à mort, mais il enferma sa fille dans un lieu isolé, pour qu’elle n’appartienne jamais à un homme. Cet épisode a été sévèrement jugé par la Tradition. En effet, JEPHTE, en tant que chef militaire aurait dû se faire délier de son vœu par PINHAS, le Grand-Prêtre. Mais aucun de ces deux personnages, ni le Pontife, ni le chef militaire, ne fit la moindre démarche pour aboutir à ce résultat favorable. Nous sommes là en présence de deux positions aussi inadmissibles l’une que l’autre. En effet, d’une part, c’est par ignorance des lois de la Torah que JEPHTE prononça son vœu, dont il aurait tout naturellement pu être délié. D’autre part, il était du devoir de PINHAS, en sa qualité de Grand-Prêtre, en sa qualité de guide spirituel, d’indiquer à JEPHTE qu’il n’avait pas à réaliser le vœu qu’il avait eu l’imprudence de prononcer. Aucun de ces deux personnages ne fit la démarche pouvant favorablement régler le problème. Tous deux sont donc blâmables et condamnables. De là, nos Maîtres veulent dégager l’enseignement suivant : « Malheur à ceux qui détiennent le pouvoir pouvant provoquer leur propre perte, sans chercher à apporter le bonheur sur terre. » (Seder ELIAHOU RABBA - Chapitre 11). Ainsi, on vient nous enseigner que quiconque a le pouvoir de laisser commettre un forfait ou un crime, est tenu pour responsable de ce qu’il a laissé faire. Il ne peut rester indifférent ni pouvoir prétendre qu’il ne savait pas ou qu’il ne pouvait rien faire. Il faut savoir s’engager, car être homme et digne de ce nom, c’est savoir exercer son sens des responsabilités en faveur d’autrui. Telle est encore la leçon que devraient méditer bon nombre de responsables ou de dirigeants, à quelque poste qu’ils soient placés, aussi bien dans le domaine politique que religieux. L’ignorance et surtout l’orgueil sont à condamner formellement, pour que les faits rapportés dans notre Haphtara aient un impact pédagogique.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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