Parasha Korah 5768

Chabbath 28 juin 2008 — 25 sivane 5768 - Début : 20 h 18 à 20 h 33 - Fin : 22 h 57
publié le mercredi 25 juin 2008
Partagez cet article :



Bénédiction du mois Lecture de la Torah : Nombres XVI, 1 - XVIII, 32 : Révolte de KORA’H ; le bâton fleurissant ; prérogatives des Prêtres et des Lévites. Haphtara : I Samuel XI, 14 - XII, 22 : Discours d’adieu de Samuel.

publicité

Commentaires sur la Torah :

La paracha de la semaine dernière nous rapportait le récit de la révolte des enfants d’Israël lorsque ceux-ci eurent entendu le compte-rendu du récit de l’expédition des douze explorateurs partis sur ordre de MOÏSE pour examiner les conditions d’une future conquête de la terre de CANAA N. On peut être surpris d’une telle attitude de rébellion, sachant que les Hébreux avaient bien entendu de la bouche des explorateurs l’énoncé des difficultés qu’ils y rencontreraient à leur sortie du désert sans que cela puisse laisser présager des difficultés insurmontables. Leur attitude, nous semble-t-il relève malheureusement du manque de confiance, absence de EMOUNA envers D.ieu dont ils firent preuve alors, et comme cela se produit encore malheureusement assez souvent. Aussi, cette révolte fut-elle sévèrement punie par la mort des 600.000 hommes. Ils furent d’abord condamnés à errer durant quarante années dans le désert, avant que les plus jeunes, ceux âgés de moins de vingt au moment de cette rébesllion, puissent enfin entrer en Terre Sainte. Et voici qu’une nouvelle occasion de r&évolte nous est décrite dans notre paracha. Selon la Tradition, il s’agissait là de l’une des dix tentations par lesquelles ISRAËL voulait importuner D.ieu, comme nous le rappellent les Pirké Aboth, au Chapitre 5, dans la michna 4. En effet, issu de la même tribu des Lévites que MOÏSE, mais de la branche aînée des fils de LEVI, son cousin KORA’H qui a même donné son nom à notre sidra, était jaloux des honneurs que D.ieu avait accordés à MOÏSE et à son frère AARON. Le premier, nous le savons, devait assumer la charge de guide spirituel et de chef politique selon le choix de D.ieu, en sa qualité de plus grand prophète de tous les temps, tandis que le second, était porté à la dignité de Grand-Prêtre. En raison de cette inimitié et de sa jalousie maladive, KORA’H aurait également voulu avoir une meilleure part aux honneurs. Aussi, pour parvenir à ses fins, il entraîna à sa suite tous les mécontents qui, pour une raison ou une autre, avaient des griefs contre MOÏSE, au demeurant injustifiés, comme souvent en pareil cas. Ces factieux, en se rangeant derrière KORA’H agissant en véritable démagogue, ne se rendaient absolument pas compte qu’ils n’allaient servir que les intérêts personnels de KORA’H, sans pouvoir en retirer d’autres avantages. Celui-ci avait donc à ses côtés deux hommes, DATAN et AVIRAM, de la tribu de RUBEN avec lesquels MOÏSE avait déjà eu maille à partir en Egypte. Ce dernier leur demanda de venir justifier leur attitude, mais ils refusèrent et lui dirent : « Certes, ce n’est pas dans un pays abondant en lait et en miel que tu nous as conduit. Crèveras-tu les yeux à ces hommes ? » (Nombres XVI, 13-14). Selon l’un de nos commentateurs, ces deux hommes auraient cru qu’en les convoquant, MOÏSE désirait acquérir leurs bonnes grâces en leur offrant une compensation. Nous savons que la suite de cette révolte fut tragique. Ce ne sont pas tant les honneurs convoités par les séditieux, que les paroles de railleries contre MOÏSE et AARON, et par voie de conséquence contre D.ieu, qui causèrent leur perte. Car de toute évidence, c’était contre D.ieu qu’ils se soulevaient, contre sa souveraineté, contre la hiérarchie qu’Il avait instaurée et qui les avait laissés de côté. Au fond, ils ne méritaient aucun de ces honneurs auxquels ils aspiraient. Pour mettre l’autorité confiée à MOÏSE en pièces, KORA’H ne cessait de poser des questions dont l’intention était manifestement maléfique. Selon le Midrash, il osa demander : « Une maison entièrement remplie de rouleaux de la Torah nécessite-t-elle une MEZOUZA à sa porte ? » A la réponse affirmative, KORA’H s’écria : « Comment ? La présence de toute la Torah ne suffit pas alors que par les quelques versets que renferme la MEZOUZA on a accompli cette prescription religieuse ? » Il est évident que KORA’H, avec son esprit frondeur tel qu’on en rencontre fréquemment autour de nous, ne cherchait que la dispute. Par le dénigrement, il cherchait à ridiculiser les commandements de D.ieu, et ne tentait qu’à peine à voiler sa méchanceté. A l’extrême opposé d’une telle conduite, celle de MOÏSE nous permet de remarquer son désintéressement. Il se soumet entièrement et de façon confiante à l’autorité de D.ieu. La fonction dont il a été investi n’avait pour seul but que la défense des principes les plus sacrés. Si finalement l’attitude de KORA’H fut sévèrement punie, c’était parce qu’il n’avait nullement en vue la grandeur du Nom Divin. Ses discussions n’avaient aucune base sincère, sérieuse. Nos Sages en ont tiré l’enseignement suivant, toujours valable pour la vie de nos communautés : « Toute discussion que font naître des motifs impies et intéressés n’aboutit à aucun résultat. » (Pirké Avoth, chapitre 4, michna 11). Aussi, convient-il de s’imprégner de l’idée que des pensée pures et une action toute entière au service du Créateur peuvent éviter la haine gratuite qui anima si bassement KORA’H. Elle a entraîné sa perte et celle de son groupe. Il ne suffit pas de briguer des honneurs, il faut en être digne. L’exemple de notre sidra en est un témoignage évident. Ce qui est essentiel, c’est de savoir défendre une cause juste et sacrée entre toutes : la fraternité et la solidarité. Ces thèmes doivent tendre vers un même désir de perfection des hommes et vers la recherche absolue de leur bonheur. Ces notions sont autant valables pour la vie politique des nations que pour celle des communautés ou associations. Trop souvent, nous assistons au lamentable spectacle de discordes dont les motivations sont en général futiles et plus souvent liées à des intérêts personnels. A travers les commentaires relatifs à notre paracha, on peut se rendre compte que la nature humaine garde ses bassesses et ses faiblesses. En définitive, ce sont les simples fidèles ou sujets ordinaires qui en sont les innocentes et injustes victimes. L’exemple pernicieux de KORAH peut nous ouvrir les yeux pour en tirer les leçons nécessaires. Les différentes tendances qui se manifestent en ISRAËL ou dans nos communautés ne doivent pas perdre de vue la mission sacrée qui est la leur, celle d’œuvrer pour le bien collectif, qu’il soit de nature religieuse ou politique. Les responsables, à quelque niveau où ils se placent, ne peuvent, plus que jamais, se permettre la moindre défaillance dans les relations humaines et sociales. Ce serait risquer de courir à l’échec de l’action collective. Nul ne le souhaite, espérons-le. Aussi, quelle qu’en soit l’origine, toute tension dès qu’elle se présente, doit aussi rapidement que possible, trouver une solution d’apaisement. C’est le devoir de chacun d’y contribuer.

HAPHTARA :

A l’époque de MOÏSE comme plus tard à celle du prophète SAMUEL, le personnage central de notre Haphtara, il y eut des mécontents. Sans raison valable, ils osèrent contester le pouvoir légitimement établi par D.ieu lorsqu’il désigna en leur temps, ces deux chefs. A la suite de la contestation dont le prophète SAMUEL fut l’objet, la royauté fut donc instaurée en ISRAËL. Bien que la TORAH eut prévu la possibilité d’une telle forme de gouvernement (Deutéronome XVII, 13-20), les conséquences qui découlèrent du choix du peuple, ne furent pas très positives, en raison de certains effets déplorables que relate la Bible. En effet, la Torah avait déjà précisé que le Roi devait être un homme fidèlement attaché aux prescriptions religieuses, étant par principe le premier serviteur de cette Loi. Or, pour les contemporains de SAMUEL, la revendication consistait à nommer un roi semblable à celui qui régnait sur les autres nations. Il y avait déjà là une erreur de jugement et une divergence d’appréciation. Malgré tout, SAÜL, le premier roi en ISRAËL, fut choisi, accepté et reconnu par tous. A cette occasion, le prophète SAMUEL invita tout le peuple à la proclamation solennelle de la royauté. Ce faisant, il tenait surtout à bien spécifier que c’était bien D.ieu qui serait toujours le véritable roi. (I Samuel XII, 12), qu’aussi bien SAÜL que tous les sujets du royaume devraient toujours rester soumis à la loi divine. Dans notre texte, là encore, il est curieux de noter le désintéressement et la noblesse avec laquelle SAMUEL, malgré ses réticences initiales, se retira de la direction spirituelle d’ISRAËL. Il eut la grandeur de s’effacer devant le nouveau roi. La tradition nous apprend que ce prophète était en réalité un descendant du fameux KORA’H dont nous avions déjà parlé plus haut dans le commentaire de la Torah ( voir I Chroniques VI, 21). Voulant ainsi souligner sa dignité tout à fait exemplaire, au point que le Psalmiste va le placer au même rang que MOÏSE et AARON (Psaume XCIX, 6 que nous lisons tous les vendredis soirs), notre Haphtara nous apprend que SAMUEL avait utilement compris ce que signifiait la notion de « YIRATH CHAMAYIM - la crainte de D.ieu ». Il l’avait acquise et intégrée en mettant toute son existence au service exclusif de son Créateur. A titre d’exemple, nous pouvons citer deux passages assez significatifs pour illustrer ces propos. Verset 14 : « Si vous craignez le Seigneur et Le servez, si vous Lui obéissez et ne vous révoltez pas contre Ses ordres..... » Pour ISRAËL, il n’y a pas d’autre voie que celle consistant à suivre D.ieu, à accomplir Ses préceptes. C’est le lien qui nous unit à notre Créateur. Il nous permet de réaliser notre destinée. En contre-partie, D.ieu ne saurait manquer de nous favoriser, conformément à la promesse énoncée au verset 22 : « Le Seigneur ne réprouvera pas Son peuple, pour l’honneur de Son grand nom.... » Verset 20 : « .... Vous avez commis tout ce mal. Seulement, ne vous écartez pas de l’Eternel et servez-Le de tout votre cœur. » Le prophète entend faire un résumé de la doctrine antimonarchiste. Selon lui, l’instauration de cette forme de gouvernement représente une source d’erreurs, de fautes graves, dont la Bible fait état, lorsqu’on prend soin d’étudier les exemples que nous offre notamment le Livre des Rois. Malgré tout, nous le savons et nous en sommes convaincus. D.ieu ne rejette pas pour autant le peuple qu’Il a distingué au pied du Mont Sinaï, à condition que nous les descendants de ceux qui en furent les témoins directs, ne cessions de Lui rester fidèles. Dans le passé, les prophètes ont intercédé en faveur du peuple d’Israël. De nos jours par contre, il ne reste plus que la possibilité de nous adresser directement à D.ieu au moyen de la prière, de l’étude et surtout du repentir. On peut aussi se reposer sur l’intervention en notre faveur, de grands Tsadikim, reconnus pour leur piété exemplaire et leur désintéressement absolu. La mansuétude divine nous est constamment acquise. Elle explique le rôle bénéfique de la Torah en notre faveur, chaque fois qu’individuellement ou collectivement nous faisons retour à D.ieu, comme l’avait justement demandé SAMUEL. A sa suite, ce sera d’ailleurs toujours la préoccupation des chefs du Judaïsme, soucieux du bonheur de leurs communautés, que de s’inspirer de l’exemple prestigieux que nous ont laissé des hommes tels que MOÏSE ou SAMUEL. Dans notre galerie de personnages illustres, ce nos grands Hommes ayant contribué à guider et à sauver notre peuple.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables