« Le dur bonheur d’être juif... »

BILLET DU 22 JUIN 2008
publié le dimanche 22 juin 2008
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Bonjour,

Il y a 30 ans, l’un des plus grands penseurs juifs André Neher, écrivait ce livre intitulé : « Le dur bonheur d’être juif ». André Neher rappelait l’exigence que représente le fait d’être juif et d’endosser un héritage séculaire, une histoire, des souffrances. Il racontait que durant deux ans les écoles de Hillel et de Shamaï se sont opposées autour d’une question bien complexe, savoir : fallait-il que l’homme soit créé ? La réponse fut négative. Il eut été préférable que l’homme ne fut pas créé, mais puisqu’il l’est, poursuit le Talmud, eh bien qu’il répare. Cette œuvre de réparation, de Tikkoun, est un défi majeur qui nous est lancé. Défi de nous parfaire, défi d’être des êtres meilleurs, défi surtout de justifier le fait que Dieu nous ait créés.

En lisant la presse nationale ces derniers jours, qui rendait compte de la campagne pour l’élection du Grand rabbin de France qui va enfin trouver son terme aujourd’hui, les défauts de notre communauté apparaissaient au grand jour. Clanisme, divisions, luttes fratricides, gaspillages financiers, médisance....autant de mots qui font mal dans la mesure où l’on souhaiterait qu’ils ne nous définissent pas. Vingt ans après sa mort il n’est pas aisé de penser ce qu’André Neher aurait pu dire de cette situation. Peut-être aurait-il rappelé cette phrase qu’il écrivait : « Une des idées maîtresses de la tradition juive, c’est l’importance de tout, de chaque geste, de chaque mot, de chaque pensée des hommes. Rien n’est indifférent, tout a un poids. Les hommes au fond le savent bien, mais ils veulent fuir cette affolante responsabilité ». Fuir une responsabilité n’est rien d’autre que de l’irresponsabilité et c’est certainement l’enseignement principal que nous retiendrons de ces derniers mois.

Ce soir, la communauté juive française aura un Grand rabbin élu, que celui-ci lui soit déjà habituel ou nouveau. Le défi premier qui sera le sien consistera à réunir les clans qui se sont divisés, à pacifier une communauté déchirée et à redorer le blason d’un judaïsme français qui n’a jamais été autant stigmatisé par ses excès. Ce sera assurément une tache ardue qui ne pourra se réaliser qu’avec beaucoup de bonne volonté et de hauteur d’esprit. Au fond la question qui devrait préoccuper les 315 grands électeurs aujourd’hui n’est pas tant celle de savoir qui sera le meilleur Grand rabbin de France, mais qui de Sitruk ou de Bernheim sera en mesure de ramener le Shalom dans la communauté. Cette question est au moins aussi complexe que celle qui avait agitée les écoles de Hillel et de Shamaï jadis sur l’existence de l’homme. Pour être franc, mes certitudes d’hier me laissent perplexe aujourd’hui. Les deux candidats sont parvenus à un résultat bien paradoxal, celui de créer une unanimité, la seule, contre la façon qu’ils ont eu de mener campagne. Si seulement Dieu, qui a été si mal invité dans cette campagne, voulait bien éclairer les grands électeurs !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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