« Pour un Grenelle du Judaïsme »

BILLET DU 18 MAI 2008
publié le dimanche 18 mai 2008
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Bonjour,

On le sait, il est bien difficile de concilier les différentes opinions qui cohabitent dans la communauté juive. Chacun connaît la boutade de ce juif qui s’installe sur une ile déserte et qui s’empresse de construire deux synagogues : l’une dans laquelle il se rendra et l’autre dans laquelle il ne mettra jamais les pieds !

En ce moment, la campagne pour l’élection du Grand Rabbin de France est en marche et ne manque pas de dynamisme. Les deux prétendants, Gilles Bernheim et Joseph Haïm Sitruk parcourent la France pour présenter leurs programmes. J’ai toujours beaucoup aimé les périodes de campagnes électorales, en politique comme pour le grand rabbinat. C’est l’occasion de voir des hommes se révéler, parfois se dévoiler, et manifester une énergie débordante pour briguer le mandat qu’ils sollicitent de leurs électeurs. L’exercice pour le grand rabbinat de France s’avère périlleux et il est intéressant d’observer comment les deux prétendants jonglent avec des paramètres compliqués. Car au fond, être Grand Rabbin de France, c’est avant tout être Grand Rabbin du Consistoire Central, c’est à dire d’une institution religieuse. Le sentiment donné dans cette campagne est celui d’un homme qui entend représenter la communauté juive dans sa grande diversité en portant ses préoccupations. Autant dire qu’il s’agit là d’un exercice impossible !

Tout d’abord institutionnellement, le Grand rabbin de France n’a pas vocation à représenter l’ensemble des juifs de France. En la matière, c’est le Crif qui a toute sa légitimité, à fortiori depuis que le Consistoire n’en est plus membre. Le Grand rabbin de France représente donc les juifs religieux de France, ce qui exclut de facto la grande majorité des juifs laïcs. Et parmi les juifs religieux se trouve une grande diversité de courants qui va des libéraux jusqu’aux loubavitchs en passant par les Massorti et les orthodoxes. C’est a priori vers eux que se tournent les messages de Gilles Bernheim et de Joseph Sitruk. Sauf que, les électeurs pour cette haute fonction, ne sont pas issus et donc représentatifs de cette diversité. Finalement, la campagne pour le grand rabbinat de France s’adresse à quelques dizaines de milliers de juifs. Il faut donc conforter ces électeurs en les rassurant sur l’orthodoxie des candidats en tant que garants d’un judaïsme religieux.

Certes, les deux prétendants entendent bien s’adresser au plus grand nombre en se proclamant Grand Rabbin de tous les juifs de France. Il n’y a qu’à lire les programmes respectifs qui font de l’unité le socle même de leur engagement autour du pluralisme, de la diversité, de l’ouverture et même de l’universalité. Quel programme ! On en oublierait presque les questions essentielles qu’aucun des deux candidats ne semble vouloir aborder : les mariages mixtes, les conversions, l’assimilation. La France, parmi ses nombreuses exceptions et particularités, en a d’autres : celles d’avoir la représentation religieuse du Judaïsme la plus orthodoxe à travers le monde. Qu’il serait bon, en cette année du quarantième anniversaire de mai 68 que se tienne un Grenelle du judaïsme religieux français. Les juifs de France méritent bien mieux que le Consistoire actuel. Il y a un tournant historique à négocier, si ce n’est aujourd’hui, comme le disait Hillel, quand ?

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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