Parasha Tazria 5768

Chabbath 5 avril 2008 - 29 Adar II 5768 - Début : de 19 h 05 à 19 h 20 - Fin : 21 h 14
publié le vendredi 4 avril 2008
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Chabbat HA’HODECH - Bénédiction du mois Lecture de la Torah : Lévitique XII, 1 - XIII, fin : La femme qui accouche ; la lèpre des personnes et celle des vêtements. 2ème rouleau : Exode XII, 1 - 20 : La Pâque au premier mois. Haphtara : Achkenazim : EZECHIEL XLV, 16 - XLVI, 18 - Sephardim : XLV, 18 - XLVI, 15 : Sacrifices dans le Temple de l’avenir.

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Commentaires sur la Torah :

« Parle aux enfants d’Israël : lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de sa souffrance. Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. » (Lévitique XII, 2 - 3). Le début de notre paracha nous montre la place qu’occupe le précepte de la circoncision associé aux lois de pureté que doit observer la femme juive après un accouchement. Il s’agit de lois toutes aussi importantes les unes que les autres. Nous n’en comprenons pas toujours le sens, mais leur mise en application a permis au peuple juif de survivre à toutes les vicissitudes de l’Histoire, depuis les temps les plus anciens et jusqu’à nos jours. Il est assez curieux d’apprendre que notre texte fait un lien entre les lois de pureté que doit observer une femme et le commandement de la circoncision dont nous avions déjà appris le principe dans Genèse XVII, 10 par lequel D.ieu disait au patriarche ABRAHAM : « Voici le pacte que vous observerez, qui est entre moi et vous, jusqu’à ta dernière postérité : circoncire tout mâle d’entre vous. » La suite de ce passage biblique nous indiquera également que le refus de circoncire est assorti de la peine de KARETH, le retranchement, la peine la plus lourde prévue par le législateur divin (Genèse XVII, 14). La même peine est également prévue pour quiconque n’observerait pas la pâque juive en ne respectant pas notamment l’interdiction de consommer tout ce qui est levé durant les huit jours de la fête, ou encore la personne n’observant pas le jour de KIPPOUR avec toute la rigueur qui s’y attache, et enfin, celle qui consommerait des graisses interdites comme nous l’enseigne la Torah dans Lévitique VII, 25. Pour nous en tenir au seul texte de notre paracha, nos maîtres posent à juste titre la question de savoir pour quelle raison ce commandement relatif à la BRITH MILAH, la circoncision, est-il présenté ici, en même temps que nous sont indiquées les lois de pureté que doivent observeer les femmes. Pourquoi cette répétition à cet endroit ? C’est Rabbi ‘HAYIM Ibn BATTAR, l’auteur du commentaire sur la Torah bien connu du OHR HA’HAYIM qui nous donne la réponse suivante. Selon cet auteur, ce commandement vient nous enseigner que la circoncision peut avoir lieu même un chabbat. Or, ABRAHAM n’ayant pas encore reçu cette prescription ne s’est vu ordonner que le précepte relatif à la circoncision. La question reste encore posée de savoir pour quelle raison est-ce au moment de traiter du cas de la femme mettant au monde un garçon que l’on évoque à nouveau la mitzwa de la circoncision ? C’est pour nous enseigner, selon Rabbi Isaac CARO dans son commentaire sur la Torah, TOLEDOTH ITSHAK publié à CONSTATINOPLE en 1518, que le but essentiel de la création de l’homme est de servir D.ieu. Il est donc naturel dans ces conditions, que dès sa naissance, la circoncision soit le premier des commandements de la Torah qui est imposée à l’homme. Sans la circoncision pratiquée rituellement et non comme un simple acte chirurgical, on ne serait pas totalement juif. Nous n’entrerons pas ici dans les détails particuliers relatifs à ce commandement religieux. Nous avons simplement tenu à le rappeler ici, du fait que ce chabbat, appelé CHABBAT HA’HODECH, précédant la néoménie du mois de NISSAN durant lequel nous célébrerons PESSA’H, une prescription très rigoureuse à l’époque du Temple interdisait à tout homme non-circoncis de prendre part au rituel de l’agneau pascal. En effet, la Torah dit : « Si un étranger habite avec toi et veut célébrer la pâque du Seigneur, que tout mâle qui lui appartient soit circoncis, il sera alors admis à la célébrer et deviendra l’égal de l’indigène ; mais nul incirconcis n’en mangera » (Exode XII, 48). On peut comprendre cette restriction à l’égard de celui qui n’est pas circoncis. Il n’est pas question pour nous d’un problème d’exclusion. Cela est totalement étranger à l’esprit même du Judaïsme. On ne le répètera jamais assez. Mais il faut admettre, qu’en matière religieuse et cela ne saurait se discuter, s’agissant d’une règle d’origine divine, la circoncision est bien le signe de l’alliance avec D.ieu. Elle permet par la suite à l’enfant juif d’être engagé à partir de là à toutes les pratiques des autres commandements divins. Disons en passant que cette condition de la circoncision est également imposée à tout individu d’origine non-juive désirant embrasser la foi juive. Il ne saurait être question d’une alliance ayant un caractère sacré, si celle-ci était mise en cause par le refus d’accepter la circoncision. Car il s’agit là du fondement même de la FOI JUIVE. Ainsi, à travers la lecture des premiers versets de notre paracha ayant trait à la pureté de la femme après son accouchement et à la prescription de la circoncision, nous trouvons là un rapport direct avec la prochaine fête de PESSA’H. Celle-ci exige de notre part une véritable purification de nos maisons de toute trace de levain. Et pour être admis à la soirée pascale, comme cela se pratiquait autrefois à l’époque du Temple, les participants mâles devaient être circoncis, pour bien marquer l’importance qu’ils attachaient à réaliser la volonté divine. C’est donc cet esprit de soumission qui devait également caractériser ceux, qui autour de la table familiale voulaient commémorer la sortie d’Egypte, rendant ainsi hommage au D.ieu d’Israël qui avait délivré leurs ancêtres du pénible esclavage enduré dans ce pays. La lecture de nos textes bibliques parfois en inadéquation avec ce que nous appelons l’esprit moderne nous invite malgré tout, à travers ces lois de pureté connues sous le nom de TAHARAT HAMICHPA’HA, celles également relatives à la circoncision ou au respect minutieux des lois de PESSA’H, à procéder à une réflexion profonde quant au sens véritable de notre existence en tant que juifs. Quoique l’on en pense, dans un monde qui semble réfuter le sacré au bénéfice du profane, il nous paraît plus que jamais impératif de considérer que tous ces rites auxquels nous acceptons de nous soumettre ont véritablement forgé l’âme du peuple juif. Dans l’adversité que représentaient les persécutions du moyen-âge poussées à leur paroxysme dans le GHETTO ou les camps de la mort, même dans les pires moments du régime communiste, aussi bien que dans les temps de paix vécus sur des terres souvent hospitalières pour les membres de nos communautés, partout, s’est manifestée la sollicitude de la Providence divine pour continuer de nous protéger. Cela seul devrait donc justifier notre volonté de rester inébranlablement fidèles au message de D.ieu, source de bénédictions pour ceux qui acceptent d’en être les porteurs et les défenseurs.

Cette année marquera le soixantième-cinquième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale. Bien des cérémonies ont déjà marqué la fin des camps de concentrations et d’exterminations dont AUSCHWITZ restera à jamais le symbole le plus douloureux et le plus frappant. En rappelant ces douloureux événements, nous ne pourrons nous empêcher de réciter une fois encore, avec une profonde émotion, le texte de la HAGADA dans lequel se trouve cette phrase poignante : « Ce ne sont pas seulement nos ancêtres que le Saint Béni soit-Il, a délivrés ; mais nous aussi Il nous a délivrés avec eux. Il nous a conduits de l’esclavage vers la liberté, de la détresse vers la joie, du deuil vers la fête, des ténèbres vers la lumière, de la servitude vers l’affranchissement ». Ce sont là des expressions ancestrales gardant pour nous toute leur importance. Nous aurions tort de les négliger ou de les oublier.

HAPHTARA :

Comme nous venons brièvement de le rappeler dans le commentaire sur la paracha, nous lirons cette semaine un texte tiré du prophète EZECHIEL choisi par les membres de la Grande Assemblée destiné à nous préparer à la prochaine fête de PESSA’H. En ce chabbat appelé HA’HODECH, notre texte nous rappelle à juste titre que l’histoire véritable du peuple juif a commencé en Egypte. Quand la délivrance de son esclavage lui fut annoncée, il reçut l’ordre de compter tous les membres des familles pour la célébration de la pâque au moyen du cérémonial de l’agneau pascal, cérémonie en vigueur aussi longtemps que le Temple de JERUSALEM.existait. Par la suite, ce rituel s’est restreint à la table familiale du SEDER à laquelle, outre les membres des familles, on a l’habitude de convier ses amis ou des personnes isolées. Ce chabbat nous invite donc à nous préparer à l’entrée du nouveau mois de NISSAN durant lequel nous célébrerons la pâque. Il se caractérise par ailleurs par la lecture de ce chapitre XV tiré du prophète EZECHIEL. Celui-ci, au verset 18, nous annonce que le 1er Nissan, jour où autrefois on intronisait les rois en Israël, jour de l’inauguration du Tabernacle dans le désert, jour également où sera consacré pour l’éternité le Troisième Temple, que celui-ci ne sera plus jamais détruit. Dans sa prophétie, EZECHIEL nous laisse donc entrevoir un lointain avenir, où la route du peuple d’Israël sera éclairée, après une longue et obscure marche, parsemée d’embûches, durant des millénaires. Aussi, pour nous y préparer, EZECHIEL consacre-t-il pratiquement les derniers chapitres de son Livre à la description du culte tel qu’il sera pratiqué dans le Temple de l’Avenir. Par les précisions rituelles qu’il nous fournit, il vient raffermir notre confiance en D.ieu, guide Tout-Puissant, dirigeant notre Histoire. Malgré l’ignorance ou le scepticisme que l’on peut manifester en relisant ces textes prophétiques, il nous faut nous convaincre de leur véracité en ne doutant pas de la réalité de la parole divine. Elle est destinée à nous faire croire dans l’espérance de jours meilleurs, dans un monde pourtant troublé. Notre mission est donc de croire, d’espérer en ces lendemains lumineux, jusqu’à ce que le dessein de l’Eternel finisse par l’emporter (Proverbes XIX, 21). Quel que soit le temps que cela pourra prendre, face à l’éternité, le temps n’a qu’une importance relative. Un jour finira par venir où sera réédifié ce Troisième Temple, cette maison universelle où résonneront les prières prononcées par tous ceux qui souhaitent ardemment la venue du Messie et l’avènement d’une ère de paix instaurée pour toujours. Notre Prophète, contemporain de la destruction du Premier Temple, vivant alors dans l’exil de Babylone, cherchait à travers les paroles adressées à ses contemporains, à nous faire comprendre l’imminence du retour du peuple sur sa terre en CANAAN. Notre génération, comme nous le rappelons souvent, a eu le privilège de connaître ce moment du retour sur la terre ancestrale. Il serait impossible de ne pas y voir la main de D.ieu. Si, dans le passé, nous avons connu des malheurs, nous sommes en droit, en raison de cela, d’admettre et de croire que les autres promesses de bonheur formulées et annoncées par les prophètes de la Bible, trouveront elles aussi, au temps fixé, le moment propice à leur réalisation. C’est donc ce que nous devons ressentir en lisant le texte de notre Haphtara, pour nous préparer sérieusement et sereinement à la prochaine fête de PESSA’H., joyeuse et remplie de promesses.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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