Parasha Chemini 5768

Chabbath 29 mars 2008 - 22 Adar II 5768 - Début : 18 h 57 - Fin : 20 h 03
publié le jeudi 27 mars 2008
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Chabbat P A R A Lecture de la Torah : Lévitique IX, 1 - XI, fin : Entrée en fonction des prêtres, animaux purs et impurs. 2ème rouleau : Nombres XIX : La vache rousse. Haphtara : EZECHIEL XXXVI, 16 - 36 (ou 38) : Le cœur nouveau.

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Commentaires sur la Torah :

« L’Eternel parla ainsi à ARON : « Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi, non plus que tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’Assignation, afin que vous ne mourriez pas : règle perpétuelle pour vos générations ; et afin de pouvoir distinguer entre le sacré et le profane, entre l’impur et ce qui est pur, et instruire les enfants d’ISRAEL dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par MOÏSE. » (Lévitique X, 8 à 11).

A titre presque exceptionnel, nous constatons dans ce texte, que D.ieu adresse la parole à ARON exclusivement, sans l’intermédiaire de MOÏSE et sans même l’y associer. Selon IBN EZRA, ce serait la preuve qu’ARON possédait lui aussi un don prophétique. En outre, D.ieu lui parle en une période de deuil où, d’habitude, une personne affligée est privée d’inspiration (voir MAIMONIDE - Guide des Egarés II). Rappelons en passant que le deuil qui venait de frapper ARON par la disparition brutale et tragique de deux de ses fils, NADAB et ABIHOU, lors de l’inauguration du Tabernacle, serait lié au fait qu’ils étaient ivres dans ce moment de grande joie collective que constituait l’inauguration du Tabernacle, selon une opinion de nos Rabbins. Nos Maîtres nous indiquent encore d’autres raisons quant à cette disparition brutale de ces deux fils d’ARON. Par cexcès de zèle semble-t-il, ils ont également utilisé un feu étranger, sans attendre que le feu du ciel vienne allumer le bois disposé sur l’autel lors de la grande cérémonie d’inauguration du Tabernacle. Mais, pour nous en tenir à l’opinion selon laquelle ils se seraient enivrés dans ce grand moment d’enthousiasme, on peut se demander si les lois de sobriété recommandées par le texte cité en introduction, sont imposées aux prêtres en vertu de leurs fonctions sacerdotales ou éducatives, ces deux domaines faisant partie de leurs missions de Cohanim ? KELI YAKAR trouve dans ce passage adressé à ARON une preuve de son grand mérite personnel, tel qu’il est exprimé au verset 3 : « Et ARON garda le silence. » Cela signifie qu’il ne se laissa pas gagner par la tristesse, malgré l’épreuve affective qu’il venait de subir dans des conditions aussi tragiques. Bien au contraire. il sut garder son sang-froid, surmontant sa peine, pour communier avec l’Eternel dans la sérénité qu’exigeait le grand moment tant attendu de cette inauguration du Tabernacle. On peut alors comprendre qu’en raison d’une attitude aussi digne, malgré le malheur qui venait de le frapper, ARON avait mérité que repose sur lui l’inspiration divine, lui permettant de recevoir le message particulier qui lui était adressé. Par son comportement exemplaire, ARON pouvait mieux que jamais et mieux que quiconque, témoigner combien il était parfaitement digne de la prêtrise. En effet, celle-ci exige, plus que toute autre fonction, des qualités d’abnégation et de renoncement hors du commun. A cet égard, nous avons personnellement le souvenir de nombreux chefs spirituels, qui, durant la sinistre période de la SHOAH, n’hésitèrent pas, au péril de leur vie, ainsi que bon nombre de nos coreligionnaires d’ailleurs, à tout mettre en œuvre pour tenter de sauver des vies humaines, en les cachant, pour les soustraire à l’ennemi. Nous connaissons également beaucoup de fidèles, qui malgré un deuil cruel, sont parvenus à surmonter leur douleur pour continuer leur action au service de l’humanité et de la communauté. Ainsi, le prêtre ne s’appartient pas, pas plus que le rabbin ou une autre personne acceptant d’assumer des fonctions publiques. Comme nous l’avons déjà indiqué, le prêtre a pour mission de se consacrer à ses fonctions sacerdotales et éducatives exclusivement. Les une complétant les autres, elles forment en réalité un tout. Le prêtre accomplit sa double mission en tant que délégué du peuple qu’il est chargé d’instruire et en tant que messager divin. Cela explique par conséquent qu’il est tenu à un genre de vie plus austère et plus strict, sans prétendre rechercher un quelconque intérêt ou un avantage matériel ou moral. RACHI dira à propos du verset « et instruire les enfants d’ISRAËL dans toutes les lois..... » (Lévitique X, 11), que cela vient nous rappeler qu’un homme qui s’enivre n’a pas le droit d’enseigner. La Torah va très loin dans cet enseignement. En effet, elle laisse entendre qu’un maître en état d’ébriété est également passible de la peine capitale, car il est spécifié : « toi et tes fils....afin que vous ne mouriez pas... (Lévitique X, 9). Ceci vient donc nous apprendre que seuls les prêtres, dans l’exercice de leur service, sont passibles de la peine de mort en cas d’enivrement. Cette règle ne s’applique pas aux savants lorsqu’ils dispensent leur enseignement, qui, malgré tout, doivent savoir rester sobres dans leurs nourritures et leurs boissons. Pour nous en tenir au cas des prêtres, nous savons que la bénédiction sacerdotale ne peut être prononcée lors de la prière de l’après-midi, celle de MIN’HA, à l’exception des jours de jeûnes comme KIPPOUR ou d’autres jours de jeûnes, car les prêtres sont alors théoriquement à jeûn. En ce qui concerne les savants ou les maîtres, s’ils ne sont pas menacés de peine de mort lorsqu’ils sont en état d’ébriété, ils ne doivent pas se laisser aller à la dégradation de leur comportement moral et physique, ni à tenir des propos incohérents indignes de l’image qu’ils se doivent de présenter à leurs élèves. En règle générale, il faut éviter de donner de soi une image de débauche, de légèreté. Profitons de cela pour souligner ici les méfaits de l’alcoolisme en général. Il est l’un des fléaux de notre société, en raison de la violence qu’il peut susciter, des maladies qu’il entraîne et des malheurs qu’il peut provoquer, ne serait-ce que par l’augmentation des accidents de la route dont il est en grande partie le principal responsable. J’ajouterai que ce grave fléau touche de plus en plus les jeunes générations. Pour en revenir à notre texte biblique, Rabbi YEHOUDA nous enseigne : « Nous inférons de ce passage (de l’interdiction des boissons fortes, que NADAB et ABIHOU s’étaient enivrés, puisque D.ieu a jugé nécessaire de donner ce commandement immédiatement après leur mort. » (ZOHAR sur CHEMINI). Ainsi, la sobriété indispensable au service divin est-elle aussi nécessaire à celui qui a pour mission d’enseigner la loi divine et de pouvoir distinguer le pur de l’impur. C’est donc ARON qui a été chargé de faire connaître les animaux dont les enfants d’ISRAËL pouvaient consommer la chair « parce que c’est le prêtre qui a toujours pour mission de distinguer entre ce qui est pur et ce qui est impur. » (ZOHAR) C’est donc ce personnage important de notre tradition religieuse qui en premier lieu, doit préserver son peuple des impuretés dont les détails nous seront rappelés au cours de nos prochaines lectures hebdomadaires. Grâce au prêtre, le COHEN, et de nos jours à un moindre degré, par les rabbins, nos maîtres, le peuple doit être guidé de manière à atteindre son but essentiel, à savoir, tendre à un idéal de sainteté, à l’image de son Créateur, comme il est écrit : « Soyez saints, car je suis saint, moi l’Eternel ». (Lévitique XIX, 2) Dans un monde qui ne semble plus comprendre ces notions de pureté, d’impureté, de sobriété, de pondération, l’enseignement de notre paracha revêt une très grand importance, pour nous rappeler combien sont importantes les recommandations de la TORAH, trop souvent banalisées, malgré la très grande valeur morale et spirituelle qu’elle représente.

HAPHTARA :

Nos Sages ont istauré l’usage liturgique selon lequel, le chabbat précédant la Néoménie (ROCH ‘HODECH) du mois de NISSANE, durant lequel nous célébrons la fête de PESSA’H, nous lisions comme texte complémentaire de la Torah, le chapitre XIX du Livre des Nombres, traitant de la purification lorsqu’un individu a été en contact avec source d’impureté, telle un cadavre. Certes, ces dispositions n’ont plus d’application pratiques de nos jours, en raison de la destruction du Temple et de l’impossibilité d’offrir des sacrifices. Mais le thème de la pureté s’impose malgré tout en cette période de préparation aux fêtes de PESSA’H. L’on doit s’efforcer minutieusement et scrupuleusement de rechercher toute trace de levain, aussi bien dans nos maisons que dans nos cœurs souvent chargés de mauvaises pensées. Dans le second rouleau de la Torah que nous allons utiliser ce Chabbat, nous lirons le passage relatif au rite de la vache rousse dont les cendres, après avoir été totalement consumée. Ces cendres devaient être mélangées à de l’eau de source pure, appelée de la sorte « eau lustrale ». Pour purifier les personnes ayant été en contact avec un cadavre, le COHEN devait procéder à une série d’aspersions. Cette eau particulière servait également à asperger une femme devenue impure à la suite d’un accouchement. Comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, ces rites sont devenus obsolètes à la suite de la destruction du Temple de Jérusalem. Malgré tout, le principe de purification morale subsiste de manière encore symbolique à l’occasion de PESSA’H. En effet, outre la recherche de toute trace de levain ou de produit fermenté dans nos demeures, il s’agit également de procéder sur nous-mêmes à un travail de rénovation spirituelle. Comme lors des fêtes de TICHRI, celle de PESSA’H nous permet de faire cet examen de conscience. C’est de la sorte que nous marquons notre propre sortie de l’esclavage d’Egypte, car en consommant de la MATZA - pain azyme - nous rappelons l’événement fondateur du peuple juif tel qu’il fut vécut par les Hébreux. Aussi, en complément au passage de la Torah tiré du chapitre XIX du Livre des Nombres relatif à la vache rousse, nous lirons ce chabbat un passage extrait du Livre d’EZECHIEL traitant lui aussi de la notion de pureté et de purification. Pour ce prophète, le juif, tenant compte des épreuves subies tout au long l’Histoire par son peuple, doit en tirer une leçon utile afin de donner un regain ou un sursaut à sa FOI parfois ébranlée au contact d’autre civilisations ou d’autres nations n’ayant pas adopté les mêmes valeurs morales et spirituelles. Car, dit EZECHIEL, même en exil, ISRAËL doit rester le prêtre des nations, en faisant tous son possible pour préserver le KIDDOUCH HACHEM, la sanctification Nom. Voulant nous rassurer quant à notre devnir, le prophète nous dit ceci : « « Je vous donnerai un cœur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein, et je vous donnerai un cœur de chair » (verset 26). Tel est donc l’état d’esprit par lequel nous sommes invités à nous préparer pour la prochaine fête de PESSA’H. Elle est par excellence la fête durant laquelle nous pouvons mieux que jamais ouvrir nos cœurs et nos maisons pour y accueillir nos proches, nos invités, riches ou malheureux, tous ceux, qui selon l’expression de la Haggada, ayant faim, ont besoin de nous et demandent à rentrer chez nous pour consommer avec nous la nourriture de PESSA’H, comme à l’époque du Temple où les familles se réunissaient pour partager l’agneau pascal. Cet appel du prophète nous concerne tous, d’autant plus qu’il utilise très fréquemment l’expression « FILS de l’HOMME ». Il semble ainsi nous inviter à assumer pleinement ce titre de noblesse, grâce à notre volonté de travailler à la promotion d’une société meilleure, plus fraternelle, dans laquelle la parole de D.ieu sera enfin admise et comprise pour son caractère universel.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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