Parasha Tsav 5768

Chabbath 22 mars 2008 - 15 Adar II 5768 - Début : 18 h 47 - Fin : 19 h 52
publié le jeudi 27 mars 2008
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Lecture de la Torah : Lévitique VI, 1 à VIII, fin : Suite des prescriptions sur les sacrifices ; investiture des prêtres. Haphtarah : Jérémie VII, 21 - VIII, 3 et IX, 22 - 23 : Sans une véritable fidélité à D.ieu dans la vie, le culte n’a pas de valeur.

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Commentaires sur la Torah :

« L’Eternel parla à MOÏSE en ces termes : « Ordonne à AARON et à ses fils ce qui suit : ceci est la règle de l’holocauste. C’est le sacrifice qui se consume surle brasier de l’autel, toute la nuit jusqu’au matin ; le feu de l’autel y doit brûler de même. » (Lévitique VI, 1 - 2) Le feu de l’autel devait être entretenu régulièrement afin qu’il ne s’éteigne jamais, pas même le chabbat, pas même pendant les déplacements. Durant la marche à travers le désert, quand le peuple changeait de campement, on couvrait les braises d’une espèce de garde-feu : « Ils ôteront les cendres de l’autel, et ils étendront sur l’autel un drap de pourpre.... » (Nombres IV, 13) On peu supposer que ce feu évoque la flamme toujours dévorante du SINAÏ (Exode XXIV, 17, et le buisson ardent où commença la mission de MOÏSE (Exode III, 2). Il incombe donc aux prêtres de l’entretenir et ne pas attendre que cette flamme soit ranimée par un miracle divin. L’auteur du SEFER HA’HINOUKH précise que sans espérer le feu sacré céleste, il est ordonné d’entretenir le feu profane ( allumé par une main humaine) et que cet entretien en lui-même revêt une importance particulière. Il apparaît ainsi comme indépendant des préceptes concernant les sacrifice. Selon cet auteur, l’allumage a pour but de cacher le miraculeux, le feu céleste. D’autre part, l’homme est récompensé d’après la sollicitude qu’il apporte dans l’accomplissement de l’ordre divin, sans qu’il en enlève ni y ajoute quoi que ce soit. C’est donc cette exactitude minutieuse qui forme m’être et lui permet de réaliser son équilibre. IBN EZRA voit dans le verset cité un ordre d’entretenir le feu durant le jour, car la première fois (verset 2), il été question seulement de la nuit : « Ordonne à AARON et à ses fils ce qui suit : — Ceci est la règle de l’holocauste. C’est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l’autel, toute la nuit jusqu’au matin ; le feu de l’autel y doit brûler de même. » (Ceci implique donc l’entretien permanent du brasier durant la nuit, et explique la fin du verset). Rabbi A’HA pose la question suivante : « Pour quelle raison le feu doit-il toujours brûler sur l’autel ? Pourquoi doit-on le garnir chaque matin avec du bois ? Et pourquoi le prêtre fut-il désigné pour entretenir le feu ? Le feu de l’autel n’est-il pas l’image de la Rigueur, tandis que le prêtre représente le côté de la Clémence ? Pourquoi cette fonction revient-elle au prêtre ? Voici ce que nous avons appris à ce sujet : L’homme qui pèche contre son maître brûle lui-même par la flamme de l’esprit tentateur. Celui-ci émane du côté de l’esprit impur. Pour éloigner le feu de l’esprit tentateur, il est indispensable de faire brûler un feu du côté droit de l’autel. Le prêtre est chargé de ce service, afin de chasser les mauvaises pensées du monde. Le feu ne doit s’éteindre, afin de ne pas affaiblir la force du côté droit et de ne pas donner ainsi la suprématie au mauvais esprit. Le prêtre doit entretenir le feu tous les matins, heure où domine la Clémence. Tel est le sens de la tradition. Le feu consume le feu ; le feu de l’autel consume un autre feu. » (ZOHAR sur TSAV) D’autre part, on identifie le feu à la Loi, comme il est écrit : « Mes paroles sont comme le feu » (Jérémie XXIII, 29). La Loi, elle non plus ne s’éteindra jamais. « Le péché n’éteint pas le feu de la Loi, mais il éteint le mérite qui est appelé « lampe de D.ieu », et l’âme du pécher demeure dans les ténèbres.... La Loi est la nourriture de l’esprit.... La nourriture de l’animal consiste en pain, vin, viande et toutes sortes de fruits. L’homme doit priver son corps de cette nourriture animale autant que possible. » (ZOHAR sur TSAV). Rabbi ‘HIYA estime que le feu perpétuel, c’est le feu d’ISAAC, tandis que le bois de l’autel rappelle le mérite d’ABRAHAM qui apporta du bois pour brûler son fils au moment de la AKEDA - la ligature. C’est pour cette raison que la Rigueur change en Clémence lorsque les prêtres, descendants d’ABRAHM et d’ISAAC, offrent les sacrifices (ZOHAR sur TSAV). C’est donc en vertu d’ABRAHAM que le sacrifice peut rapprocher l’homme de son Créateur. En quoi tout ce que nous rapporte la Torah à propos des sacrifices et des prêtres peut-il cela nous concerne t-il ? Pour nos Sages, la flamme de l’autel est de nos jours symbolisée par celle de notre Foi, qui doit toujours susciter nos actions en faveur de la Torah, de ses principes et de ses règles sources de notre équilibre. Ne jamais laisser s’éteindre cette flamme c’est surtout marquer notre volonté d’accomplir le KIDDOUCH HACHEM comme ont su le faire avant nous les victimes de l’Inquisition, des pogromes ou de la terrible catastrophe que représente pour nous la SHOAH, c’est vouloir démontrer envers et contre nous que la parole divine nous apporte les encouragements et l’espérance nécessaire pour poursuivre notre marche à travers l’Histoire jusqu’au terme de notre mission quand arrivera le MESSIE.

HAPHTARA :

Notre paracha comme la précédente est toute entière consacrée aux sacrifices, au rôle des prêtres. En complément à ces textes, notre Haphtara vient mettre en garde contre la méconnaissance de la signification des sacrifices. Ce texte émane du prophète JEREMIE, contemporain de la destruction du premier Temple. Il considérait comme important de ne pas donner trop d’importance au culte sacrificiel, dans la mesure où ses contemporains n’avaient pas, et de loin, l’attitude de soumission envers D.ieu telle qu’elle devrait être pour tout croyant ayant péché et voulant réparer ses fautes par les sacrifices prévus à cet effet par la Torah. Nous savons que les législateurs ayant établi les règles du culte divin avaient eu pleine conscience des dangers pouvant résulter d’une conception erronée de la véritable piété exigée par D.ieu. En effet, n’ignorant rien de ce genre de question, le prophète JEREMIE s’en prend à ceux qui déforment le sens réel qu’il convient de donner à la notion de sacrifice. Il n’admet pas que l’on se puise se contenter d’offrir des sacrifices alors que l’on néglige bien d’autres prescriptions religieuses toutes aussi importantes les unes que les autres. Il en vient donc à dire : « Joignez vos holocaustes à vos sacrifices et mangez-en la chair ». (Jérémie VII, 21). Dans ce passage, selon le commentaire de RADAK, le prophète veut nous signifier que pour lui il est inutile de brûler des victimes en l’honneur de D.ieu « OLAH = holocauste », si l’on ne se limite qu’à une attitude d’apparence sans résonance profonde et intérieure sur le comportement général du fidèle. Ce même prophète avait déjà exprimé la même idée de manière très sévère en disant : « Eh quoi ! vous allez voler, tuer, commettre des adultères, faire de faux serments.... puis vous venez vous présenter devant moi en vous écriant : « Nous sommes sauvés ! » pour pratiquer encore toutes ces mêmes abominations ». (Jérémie VII, 9-10). Dans notre Haphtarah, nous trouvons un passage magnifique pouvant résumer la position de notre prophète par rapport au comportement des fidèles. Il nous dit en effet : « Que le sage ne sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ! Que celui qui se glorifie se glorifie uniquement de ceci : d’être assez intelligent pour me comprendre et savoir que je suis l’Eternel, exerçant la bonté, le droit et la justice sur la terre, que ce sont ces choses-là auxquelles je prends plaisir. » (IX, 22 - 23) Par cet enseignement il tient à rappeler à ses contemporains et à travers eux à nous-mêmes que le DROIT et la JUSTICE sont les fondements essentiels auxquels adhère le peuple juif. Ces deux élément balisent le chemin de D.ieu. C’est cette même voie qu’avait déjà empruntée le patriarche ABRAHAM. Pour le Judaïsme, ce sont là la base de nos devoirs fondamentaux, dont l’application donne toute sa valeur et son contenu à l’existence humaine. Pour y parvenir, il faut néanmoins avoir une connaissance réelle de D.ieu que seule peut nous procurer la FOI. Cela ne s’apprend pas, cela se ressent à travers de multiples expériences de la vie. Il ressort de ce passage biblique que les biens terrestres, les qualités humaines ne sauraient réellement constituer de titre de gloire sinon en apparence. Tout doit être mis au service de ces idéaux que sont le DROIT et la JUSTICE. Ce n’est qu’en les pratiquant sérieusement que l’on pourra se targuer d’être proche de D.ieu et que l’on pourra prétendre posséder réellement toutes les qualités humaines dont on se fait souvent, mais à tort, un titre de gloire.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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