« Acharnements... »

BILLET DU 23 MARS 2008
publié le lundi 24 mars 2008
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Bonjour,

Le cas de Chantal Sébire a ému la France entière, nous en parlions dimanche dernier. Chantal Sébire s’est éteinte en menant une ultime bataille : celle du droit des personnes en fin de vie de partir si elles jugent leurs souffrances insupportables. Elle a gagné cette bataille pour elle-même à défaut d’avoir fait avancer la réflexion de la société. Que sait-on de sa mort ? A vrai dire pas grand chose et beaucoup à la fois. Elle serait morte, seule chez elle, la cause en serait inconnue mais la mort ne serait pas naturelle. Une mort pas naturelle ! La justice en est tellement convaincue qu’elle a ordonné une autopsie à la suite de laquelle un examen toxicologique dont les résultats seront connus d’ici trois semaines.

A n’en pas douter Chantal Sébire est morte de son fait. Soit qu’elle se soit elle-même donnée la mort, soit qu’elle se soit fait aider. Le suicide est légal, l’euthanasie ne l’est pas. C’est ce que cherche à savoir la justice, car c’est son travail, et en même temps chacun mesure que les résultats ne sauront éclairer qui que ce soit. La question que beaucoup se sont posés est celle-ci : Est-il vraiment nécessaire que la Justice cherche à savoir comment Chantal Sébire est morte ? Peut-on imaginer un instant que des poursuites judicaires aient lieu s’il s’avérait qu’une main autre que celle de Chantal Sébire ait conduit cette femme vers sa délivrance ?

Il y avait quelque chose de pathétique et de malsain à diligenter une autopsie. Ce corps si meurtri, siège de tant de souffrances a été profané par ces mutilations médicales. Pour le Judaïsme, une autopsie n’est jamais autorisée. Il y a cette idée selon laquelle le corps d’une personne décédée n’appartient plus aux hommes. Le corps doit retourner à la terre, à la poussière. Ne pas le toucher, ne pas l’exhiber est une marque de respect vis-à-vis de celui qui n’est plus. Si le Judaïsme ne gouverne pas les lois de la France, il y a parfois beaucoup de sagesse et de bon sens pour le législateur à interroger sa conscience à la lumière des grands principes d’éthique et de morale des religions. La Loi, lorsqu’elle apparaît figée et inflexible n’est pas humaine dans la mesure où les particularités ne rentrent pas en ligne de compte. Lorsqu’un cas est exceptionnel, il mérite que le traitement législatif le soit tout autant. C’est ce que l’on aurait pu espérer pour Chantal Sébire dont la victoire posthume aura été de faire germer le doute chez ceux qui étaient plein de convictions.

Nous le répétons, la Loi Leonetti est une loi juste et bonne. Elle doit servir de cadre général sans pour autant enfermer les personnes en fin de vie dans une logique implacable. Il en va de la fierté d’une démocratie que de savoir faire preuve de souplesse et de mesure dans l’élaboration des lois en sachant écouter les voix plaintives et souffrantes comme celles qui interpellent le législateur.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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