« Vivre ou mourir ? »

publié le dimanche 16 mars 2008
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Bonjour,

Rabbi Elazar Hakapar dit : " C’est malgré toi que tu es créé, malgré toi que tu vis, malgré toi que tu meurs..., et malgré toi que tu viendras à rendre des comptes devant le Roi des Rois, le Saint Béni soit-Il ". Cette phrase des Maximes des Pères m’est venue à l’esprit en entendant la demande de Chantal Sébire, cette quinquagénaire atteinte d’une maladie orpheline incurable. Une esthesioneuroblastome, une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale. Il s’agit d’une maladie très rare, seuls 200 cas ont été recensés dans le monde depuis 20 ans. Elle est par ailleurs incurable et son évolution provoque une déformation spectaculaire et irréversible du visage et des souffrances « atroces » d’après Chantal Sébire. Elle demande le droit à mourir en souhaitant qu’un médecin accomplisse cet acte.

L’affaire a fait grand bruit la semaine passée, le Président de la République a même proposé qu’un collège d’experts se penche sur le cas de cette malheureuse. Cette semaine la justice doit se prononcer sur la recevabilité de cette demande d’euthanasie qui a peu de chances, pour ne pas dire aucune, d’être acceptée. La France, contrairement à nombre de ses voisins européens n’envisage pas dans un cadre légal l’euthanasie. La Loi Leonetti du 22 avril 2005 accepte, sous certaines conditions, qu’une personne maintenue en vie de façon artificielle puisse mourir. Mais cette loi n’envisage pas un instant qu’une personne consciente puisse hâter sa fin. La demande de Chantal Sébire est singulière. On a le sentiment qu’elle se bat pour une cause plutôt que pour elle-même. Car au fond, ses « atroces souffrances » telles qu’elle les décrit sont insupportables pour elle mais aussi pour son entourage. Elle pourrait tout à fait, puisqu’elle est résolue à mourir, aller dans un pays voisin pour le faire, ou comme l’ont dit cyniquement certains, mettre elle-même un terme à ses jours. Rien de tout cela, Chantal Sébire souhaite que son calvaire ne soit pas vain et fasse avancer une cause à laquelle elle croit : le droit pour chacun de mourir quand il le souhaite dès lors que ses souffrances ne lui permettent plus de vivre.

La très catholique Ministre du Logement Christine Boutin a affirmé être "scandalisée qu’on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu’elle souffre et qu’elle est difforme". Réplique sèche de l’intéressée, ce n’est pas une question d’esthétique mais de souffrances ! Le Judaïsme est très clair sur cette question et n’accepte en aucun cas que l’on abrège une vie humaine tant que la personne est consciente. Les rares dérogations existent pour le patient en fin de vie dont le terme imminent semble inéluctable. Mais tel n’est pas le cas en l’occurrence.

Alors que penser de tout cela ? L’empathie me pousserait à dire qu’elle seule peut mesurer ses souffrances et désirer y mettre un terme et que personne ne peut lui refuser cela. Mais les choses sont différentes, Chantal Sébire demande à la justice qu’une main humaine accomplisse cet acte. Il n’est pas question de débrancher une personne artificiellement maintenue en vie, mais d’injecter un poison qui la tuera. Qui peut prendre cette responsabilité de tuer quelqu’un ? Il me semble que la loi française, en la matière, est équilibrée et qu’il serait hasardeux de la modifier dans ce cas particulier, aussi tragique soit-il. Souhaitons à Chantal Sébire d’être délivrée de ses souffrances par la main des hommes et par la volonté divine.

Pourim Saméah et Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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