Parasha VaYikra 5768

Chabbath 15 mars 2008 - 8 Adar II 5768 - Début : 18 h 36 - Fin : 19 h 41.
publié le mardi 11 mars 2008
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ZA’HOR Lecture de la Torah : Lévitique I, 1 à V, fin : Préceptes sur les sacrifices. 2ème Rouleau : Deutéronome XXV, 17 - 19 : Se souvenir d’AMALEK. Haphtara : I SAMUEL XV, 2 - 34 ; Sephardim : dès verset 1 : SAÜL contre les Amalécites.

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Commentaire de la Torah :

Nous recommençons cette semaine la lecture du troisième livre de la Torah, appelé TORATH KOHANIM, la Loi des Prêtres. Nous y apprenons un grand nombre de règles s’appliquant à cette catégorie de personnes. Dans ce même livre, nous aborderons également des textes très variés. Ils sont tous en rapport avec les sacrifices, les lois de pureté, les règles alimentaires et l’énoncé des fêtes religieuses. Ces lois vont donc sacraliser l’individu ou le temps, par un certain nombre de pratiques religieuses qui nous sont enseignées dans ce Livre. Ainsi, tout le début de VAYIKRA, appelé LEVITIQUE nous fournit des renseignements importants sur les sacrifices, leur nature, leur raison d’être, leur sens profond. C’est dans ce cadre que les prêtres ont une fonction essentielle à exercer. Bien entendu, nous savons que de nos jours, après la destruction du Temple, les COHANIM ont vu leurs prérogatives suspendues ou très nettement diminuées. Néanmoins, certaines lois telles que les unions qui leur sont interdites restent toujours en vigueur. Nous mentionnerons également que s’applique à eux l’interdiction de pénétrer dans un cimetière ou d’être en relation avec une personne décédée qui ne soit pas directement membre de leur famille. Ils n’ont par ailleurs gardé que la prérogative d’être appelés en premiers à la Torah ou de présider la cérémonie de rachat des garçons premiers-nés. Ceci dit, nous allons tenter de mieux approfondir la notion des sacrifices. On n’en offre plus de nos jours, comme nous venons de l’indiquer dans notre introduction. Mais pour comprendre le sens des textes qui nous sont proposés comme lecture durant les semaines à venir, nous croyons utile de citer ici le premier verset de notre paracha. Il est écrit en effet : « L’Eternel appela MOÏSE, et lui parla, de la Tente d’assignation (OHEL MOËD.... » (Lévitique I, 1). Sur ce verset, RACHI se fondant sur le Midrash, nous dit que l’expression « l’Eternel appela MOÏSE, et lui parla » nous indique que la voix divine ne parvenait qu’à MOÏSE, mais non à AARON ni au peuple d’ISRAEL. D’autre part, en spécifiant que c’est de la tente d’assignation que provenait la parole divine, c’est pour bien souligner que cette voix divine ne se faisait entendre qu’à l’intérieur de ce lieu sacré qu’était la Tente d’assignation, mais nul n’en avait la perception à l’extérieur. On peut comprendre ces restrictions. Seul MOÏSE avait les qualités supérieures lui permettant d’entendre le message divin à l’intérieur du Tabernacle. On peut alors se poser la question de savoir pour quelle raison le plus grand de nos prophètes, MOÏSE était-il le seul en mesure d’entendre ce message ? Un de nos commentateurs, le BEER MOCHE explique que l’expression VAYIKRA - il appela, est une invitation à la TECHOUVA, le repentir, et que seul MOÏSE pouvait en comprendre l’importance et la signification. Notre auteur cite le texte des PIRKE AVOTH, chapitre 6, michna 2, disant au nom de Rabbi YEHOCHOUA ben LEVI : « Tous les jours une voix céleste proclame cette parole du haut du mont HOREB : « Malheur à ceux qui infligent la honte à la Torah., car celui qui ne s’occupe pas de la Loi est un homme méprisable. » A ce propos, le BAAL CHEM TOV (fondateur du Hassidisme moderne) demande si une telle voix résonne effectivement à travers le monde, pourquoi ne l’entend-t-on pas ? A cela il répond qu’il s’agit là de la voix de la conscience, celle qui résonne journellement parmi les hommes. Il n’est pas de jour durant lequel l’homme n’entende cette voix céleste faisant appel à notre conscience, à notre sens de la Techouva. Lorsque l’homme comprend, grâce à son intelligence, qu’il doit changer d’attitude en tentant de réparer ce qu’il a pu causer de mal, alors on peut dire qu’il a réellement entendu cette voix céleste. Lorsque nous relisons ces chapitres relatifs aux sacrifices autrefois apportés au Temple, en expiation des fautes commises, on doit se dire que si ceux-ci sont pour le moment abolis ou du moins suspendus, les sentiments de culpabilité pour des fautes commises envers D.ieu ou envers ses semblables n’ont guère changé, malgré les époques. L’on peut alors comprendre l’interpellation lancée par la Michna citée plus haut. Ce sentiment de faute nous invitant à réparation, nous pouvons l’éprouver de nos jours dans nos maisons d’études, nos synagogues, dans nos maisons, comme autrefois à l’intérieur de la Tente d’assignation, c’est-à-dire, partout où règne la CHE’HINA, la présence divine. Nos Maîtres nous enseignent que D.ieu est bien présent partout. Il nous attend, mais nous ne répondons pas toujours présents, ainsi que l’exprime le prophète ISAÏE (L, 8) en disant : « Pourquoi suis-je venu et n’ai-je trouvé personne, pourquoi ai-je appelé et nul n’a répondu ? » L’appel divin à la pénitence est en fait un cri de révolte, de souffrance qu’éprouve l’homme. Si celui-ci en comprend le sens, alors il peut trouver la voie menant vers un repentir sincère. Quel était donc dans notre paracha le motif de l’appel lancé par D.ieu à MOÏSE ? En effet, il est écrit : « Si quelqu’un d’entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail.... » (Lévitique I, 2). Or, quelle que soit la nature de l’offrande apportée, l’essentiel est que cela se fasse « au seuil de la Tente d’assignation, pour être agréable au Seigneur. » (Lévitique I, 3). Dans ces passages où il est question de sacrifices et qui font appel à notre sens de la Techouva, il s’agit de l’homme acceptant librement de faire une offrande. Si tel est le cas, c’est alors la preuve qu’il a compris la nécessité de réaliser une telle action pieuse. L’on peut donc comprendre le sens de l’explication de RACHI tentant d’élucider la contradiction entre le fait que le sacrifice soit imposé en cas de faute, mais que l’homme l’apporte de sa propre volonté. Certes, l’homme a une pensée l’entraînant à faire Techouva, car il a voulu répondre à la voix céleste se faisant entendre en lui, mais ensuite, il a éprouvé une certaine retenue au moment d’offrir le sacrifice. C’est ce que semble suggérer RACHI. Pour revenir au début de notre commentaire où nous avons montré que seul MOÏSE avait entendu la voix céleste, mais non ISRAËL, on peut envisager l’hypothèse selon laquelle le peuple d’Israël n’avait pas encore toute l’intelligence capable de lui faire comprendre l’importance de l’appel divin. Pour parvenir au degré suprême d’intelligence et de compréhension auquel était parvenu MOÏSE en se tenant près de D.ieu durant quarante jours et quarante nuits pour comprendre toute la Torah, ce n’était cependant pas encore suffisant pour lui permettre d’entrer dans le Tabernacle. Il lui fallait également attendre l’invitation que lui adressa D.ieu en lui permettant ainsi de pénétrer dans ce lieu sacré. MOÏSE devait d’abord entendre la voix céleste. Ce n’est qu’après cela que D.ieu lui confia les ordonnances relatives aux sacrifices qu’auraient à apporter les fidèles, lorsque ceux-ci auraient compris qu’il ne s’agissait pas d’actes purement formels, mais résultant d’une volonté consciente de vouloir réparer des fautes. En somme, si de nos jours, une telle procédure de réparation morale et religieuse n’est plus envisagée, puisque le Temple n’existe plus aussi longtemps que les sacrifices sont suspendus, il n’en reste pas moins que nous ne sommes guère différents des fidèles ayant directement entendu le message divin au pied du Mont SINAÏ. Même sans pouvoir apporter de sacrifices, nous sommes toujours invités à faire Techouva, et à réparer les fautes que nous aurions commises, à n’importe quel moment de l’année. C’est ainsi que nous pouvons répondre à la voix céleste qui se fait malgré tout entendre chaque jour dans notre conscience, à condition de vouloir bien l’entendre.

HAPHTARA :

En vue de la préparation à notre prochaine fête de PESSA’H, nous lirons cette semaine la seconde de la série des haphtaroth spéciales prévues avant la venue de cette solennité religieuse. Comme nous sommes le Chabbat précédant la fête de POURIM, le texte retenu est en relation directe avec cet événement religieux. Il y est fait mention d’AMALEK, ce peuple cruel qui osa attaquer les Hébreux à peine sortis de l’esclavage d’Egypte. Or, selon la Tradition, nous savons que HAMAN qui avait décidé la perte de tout le peuple juif vivant en Perse, était lui aussi un lointain descendant d’AMALEK, ne serait-ce que par le projet funeste qu’il avait ourdi contre le peuple juif. La lecture du passage du second rouleau de la Torah tirée du chapitre XXV du Livre du Deutéronome, nous enjoint de tout mettre en œuvre pour effacer le souvenir de ce peuple, ennemi héréditaire du peuple juif. Notre combat contre les négationnistes modernes n’a pas d’autre signification et prend encore davantage d’actualité en cette année où l’on vient de célébrer le soixantième-troisième anniversaire de la libération du camp d’AUSCHWITZ, symbole de tout le mal perpétré par le régime hitlérien contre les Juifs. La Haphtara que nous sommes invités à lire nous rappelle que le Roi SAÜL a eu un manquement grave par rapport à cette prescription de la Torah. Il a cru bon d’épargner les femmes et les enfants amalécites, ce que lui reprochera durement le prophète SAMUEL en lui annonçant en conséquence que cela lui valait la perte de sa royauté. Pourtant, l’ordre reçu était clair car il émanait de D.ieu par l’intermédiaire de son prophète. Il s’entend dire en effet : « Maintenant, va frapper AMALEK, et anéantissez tout ce qui est lui ; qu’il n’obtienne point de merci ! Fais tout périr, homme et femme, enfant et nourrisson, bœuf, chameau et âne ! » Le texte précise d’ailleurs : « N’aie aucune pitié de lui ». Apparemment, cela semble contredire l’esprit de tolérance et de miséricorde que nous recommande la Torah. Dans le cas précis d’AMALEK dont la cruauté manifestée à l’égard d’un groupe affaibli par l’esclavage en Egypte, il méritait sans doute d’être définitivement mis hors d’état de nuire. De plus, il convient de remarquer qu’en s’attaquant aux Hébreux, AMALEKvoulait à travers les Hébreux s’en prendre à D.ieu, d’où cet ordre impitoyable énoncé par la Torah de l’empêcher de faire du mal. En termes modernes, il va sans dire que rien ne nous autoriserait à porter la main sur qui que ce soit, à moins de cas prouvés de légitime défense dont on doit néanmoins répondre devant la justice des hommes. La haine prônée à travers toutes les formes d’antisémitisme et de racisme est donc la forme actuelle que prend AMALEK. Il faut le combattre par des lois, par des écrits et des discours, mais certainement pas en portant la main sur un être humain. Notre réponse à l’injonction de la Torah consiste à tout entreprendre pour lutter pacifiquement contre toutes les formes du mal, et tenter de le faire disparaître de la surface de la terre. Faire en sorte que par notre fidélité à la Torah, nous finissions par faire triompher l’amour entre les êtres humains, sachant que pour D.ieu, « tous les hommes naissent libres et égaux », selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Les Juifs, longtemps asservis ont compris tout le bien dont la Révolution et l’Emancipation les ont fait bénéficier. C’est ce que ne veulent sans doute pas encore admettre tous ceux qui indistinctement, sous couvert d’anti-sionisme manifestent en réalité un antisémitisme insidieux ou virulent, mais n’oublient pas au passage de s’en prendre également aux gens de couleur, bref, à tout ce qui paraît différent d’une certaine majorité d’êtres humains. AMALEK reste donc la référence du Mal absolu que tout esprit éclairé se doit de neutraliser pour que la « bête immonde », selon l’expression de Berthold BRECHT ne puisse plus jamais poursuivre ses ravages.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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