« Cruel Adar... »

BILLET DU 9 MARS 2008
publié le samedi 8 mars 2008
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Bonjour,

« Lorsque le mois de Adar arrive, les joies sont multipliées » nous enseigne le Talmud. En cette année embolismique, nous connaissons deux mois d’Adar donc, a priori, deux fois plus de raisons de nous réjouir. C’est à la fin de ce premier mois d’Adar qu’ont été assassinés huit jeunes étudiants d’une Yeshivah de Jérusalem. Ils ont été inhumés à quelques heures de l’entrée dans le deuxième mois d’Adar. Les deux mois d’Adar se trouvent cruellement marqués par cet acte terroriste qui endeuille l’ensemble du Peuple Juif.


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C’est en 1921 que le rav Kook créa le Merkaz Harav à Jérusalem. Le rabbin Abraham Isaac Kook fut une des figures les plus emblématiques, et le demeure huit décennies après sa mort, du judaïsme religieux et sioniste. Le Rav Kook était un pacificateur qui parvint à réunir le sionisme, habituellement laïque, avec les composantes religieuses. Le Rav Kook était aussi un homme d’une incroyable modernité qui consacra sa vie, à travers ses nombreux écrits, à concilier la parole séculaire du Talmud aux réalités modernes. On lui doit, notamment, d’avoir su adapter la notion d’année sabbatique avec la réalité des du travail dans les kibboutzim en offrant un cadre légal pour poursuivre l’exploitation des terres et la vente des récoltes tout en respectant l’année sabbatique.

C’est dans cet esprit qu’aujourd’hui encore sont formés ses disciples, loin de tout extrémisme religieux ou fanatisme comme l’ont prétendu certains médias. Ces jeunes élèves de Yeshivah, des adolescents, se consacraient à l’étude, et si cette Yeshivah n’était pas protégée c’est que nul ne pouvait imaginer que l’on pourrait frapper des jeunes affairés à l’étude sainte. Alors que chaque commerce est protégé, jusqu’au plus modeste vendeur de fallafels, les yeshivot se veulent être des lieux dont l’accès est facile.

Ce qui rend plus douloureux et insupportable encore cet attentat terroriste, ce sont ces manifestations de joie qui ont éclatées à Gaza et en Cisjordanie. Comment un homme peut-il se réjouir de la mort d’un autre homme ? Question naïve me direz-vous, mais je me la pose sincèrement. A t-on jamais vu un Juif se réjouir de la mort d’un autre homme ? A quelques jours de la fête de Pourim, nous le savons, la réjouissance n’est pas dans la mort de l’ennemi mais dans un destin contrarié qui aurait dû voir périr le Peuple Juif.

Et puis il y a enfin ce silence assourdissant, un de plus, de l’ONU qui forte de la voix de la Lybie n’a pas été capable de condamner cet acte. Ne pas condamner un tel acte c’est le légitimer ou le rendre acceptable.

Israël se trouve à nouveau à pleurer ses morts. Le destin d’Israël n’est pas celui-ci. L’imminence de Pourim doit nous laisser croire que ce mois d’Adar verra le sort être contrarié.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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