Parasha Pekoude 5768

Chabbath 8 mars 2008 — 1er Adar II 5768 - Début : 18 h 25 - Fin : 19 h 30.
publié le mardi 4 mars 2008
Partagez cet article :



CHEKALIM — 2ème jour de Roch - ‘Hodech Lecture de la Tora : Exode 38, 21 - fin du livre. Achèvement du Tabernacle et compte-rendu des travaux. 2ème Rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15 : Roch- ‘Hodech. 3ème Rouleau : Exode XXX, 11 - 16 : Un demi - sicle par personne pour le service divin. HAPHTARA : II Rois XII, 1 - 17 - Sephardim : dès XI, 17 : Réparation du Temple sous le roi JOAS.

publicité

Commentaires la Torah :

« Voici la distribution du Tabernacle, résidence du témoignage. (Exode 38, 1). Tels sont les premiers mots de notre sidra. De quelle sorte de témoignage s’agit-il ? Un midrach nous fournit l’explication suivante : il nous enseigne que le tabernacle qui vient d’être érigé constitue la preuve selon laquelle D.ieu a pardonné à ISRAËL la faute du veau d’or dont nous avons parlé précédemment. Car, à peine le peuple élu avait-il reçu la Torah et le titre de « Pontifie et nation sainte », qu’il a vite oublié ses bonnes résolutions et les engagements pris au pie du Mont Sinaï, comme cela se produit souvent dans l’Histoire. .

C’est sur l’intervention pressante de MOÏSE, que les Hébreux reçurent malgré tout l’assurance que D.ieu ne les abandonnerait point. En conséquence, la construction du tabernacle, dont l’édification finale est décrite dans notre lecture hebdomadaire, devait précisément fournir la preuve qu’il avait bien compris le sens de ses engagements envers D.ieu, qu’il s’était enfin amendé, de sorte que le nouvel édifice puisse servir de garantie, nous dirions qu’il est une forme de caution. En échange, D.ieu, de son côté, a donné la promesse d’y établir Sa résidence et de S’y manifester. Il fallait donc impérativement qu’ISRAËL reste désormais attaché à ce lieu permettant la rencontre entre D.ieu et Son peuple, aussi bien quand il s’agit du Temple ou de nos lieux modernes de prières, synagogues ou maisons d’études.

Mais il convient également de rappeler que pour notre époque, notre manière d’assurer le culte, ne se borne pas à ce genre d’édifices. Nous avons la particularité, plus que toute autre croyance religieuse, d’accorder un grand respect au culte familial. Celui-ci s’est d’ailleurs considérablement développé au fil des siècles. C’est en effet dans nos foyers, lieux privilégiés où s’élabore l’éducation des enfants, que l’on célèbre entre autres, par des prières et des gestes, le chabbat et les jours de fêtes. Rappelons aussi, que notre table, celle sur laquelle nous prenons nos repas quotidiens, remplace symboliquement l’autel sur lequel étaient autrefois offerts les sacrifices. Trop de fidèles pourtant, ne se contentent de fréquenter épisodiquement que les lieux de prières, sans attacher une importance extrême aux autres parties rituelles de notre Tradition, telles que les lois alimentaires ou l’observance des jours de repos, du chabbat et des fêtes.

Comme cela a déjà été dit bien souvent, nos lieux de prières ne sont en fait que le substitut du Temple. Leur fréquentation régulière est plus que toute autre, la manière de témoigner que nous recherchons D.ieu, que nous avons besoin de nous retrouver dans Sa maison, ainsi que le dit le Psalmiste : « Il est une chose que je demande au Seigneur, que je réclame instamment, c’est de séjourner dans la maison de l’Eternel tous les jours de ma vie, de contempler la splendeur de l’Eternel et de fréquenter son sanctuaire. » (Psaume XXVII, 4).

Si le fidèle néglige ainsi le culte familial, c’est sans doute parce qu’il n’en comprend pas les rites, il n’en mesure pas l’importance indispensable pour la transmission de la tradition. Cela est regrettable mais cela tient parfois à une éducation juive incomplètement reçue ou mal enseignée. Peu importe. Malgré tout, nous devons, à travers toutes les générations, savoir prendre nos responsabilités collectives ou individuelles. Aussi, chacun doit donc être rendu attentif au fait que l’abandon des lois rituelles va presque toujours de pair avec la désaffection des lieux de prières. C’est ce qui explique en grande partie le vide que nous constatons dans la plupart de nos synagogues, durant la plus grande partie de l’année. C’est pourquoi, on peut estimer qu’aussi bien le respect des traditions familiales que celui du culte synagogual sont intimement liés. C’est donc par ces pratiques que nos synagogues et nos foyers constituent la « Résidence du Témoignage » dont parle le début de notre paracha.

A cet égard, il me semble intéressant de dégager un autre enseignement de notre lecture hebdomadaire. En effet, nous y trouvons la description de la conclusion des travaux du Tabernacle. Le récit de leur détail constitue toute la fin du second Livre de MOÏSE. A dix-huit reprises, nous trouvons les mots suivant : « kaacher tsiva HACHEM èth MOCHE — comme l’Eternel l’avait ordonné à MOÏSE. » Déjà, ce rappel à dix-huit reprises, peut avoir une correspondance avec les dix-huit bénédictions de notre TEFILA, la AMIDA. Mais nous retiendrons surtout l’insistance de ces mots, par lesquels la TORAH veut ainsi rendre hommage à MOÏSE. Fidèle absolu envers D.ieu, le plus grand de nos prophètes ne s’est pas laissé gagner par la lassitude, il n’a pas cherché à innover, à inventer. Il a tenu scrupuleusement à suivre fidèlement et de manière inconditionnelle les instructions divines reçues, sans rien y modifier. Il n’y avait nulle place pour l’improvisation ou la fantaisie.

Le fait que nous puissions trouver dans ces versets une indication pour la prière de la AMIDA, le CHEMONE-ESRE, nous indique également combien il est important, que dans nos prières, tout en débordant de reconnaissance envers D.ieu pour tous les bienfaits dont il ne cesse de nous combler, et ce, malgré les nombreuses difficultés ou épreuves que nous pouvons subir dans l’existence, nous devons rester près du texte traditionnel établi par les Sages d’autrefois pour rester fidèles à la parole originelle autrefois adressée par D.ieu au peuple d’ISRAËL. Aussi, chaque fois que nous réalisons un commandement divin, sans rien y modifier, « comme l’a ordonné D.ieu, » sans rien y ajouter ni en retrancher selon le texte de Deutéronome XIII, 1, nous nous inscrivons dans la ligne de tous les maîtres qui nous ont précédés. Nous remontons de la sorte jusqu’à MOÏSE, ayant lui-même reçu la Torah des mains de D.ieu. C’est sans doute là l’un des secrets de la survie du peuple juif.

Puisque nous avons évoqué l’importance de la prière faisant suite aux sacrifices autrefois offerts dans le Tabernacle ou le Temple, terminons ce commentaire par une citation talmudique : « Le Saint Béni soit-Il, aspire à entendre les prières des Justes. (Talmud - YEVAMOTH 64 a). De tous temps et à travers tous les continents, le peuple d’ISRAËL n’a cessé de prier car c’était là l’ultime ressource à toutes ses angoisses et à toutes ses espérances.

HAPHTARA :

Notre Haphtara sera la première d’une série de textes particuliers que nous lirons à partir de cette semaine et jusqu’au Chabbat précédant la fête de PESSA’H. Tous ces textes, chacun avec un thème différent, constituent la préparation à cette grande fête du printemps. Pour cette semaine, nous lirons un texte en rapport avec la paracha CHEKALIM. En effet, le chabbat avant le nouveau mois de ADAR, celui au cours duquel nous célébrerons la fête de POURIM, selon le texte de CHEKALIM, 1er chapitre, première michna, il est d’usage d’annoncer aux fidèles qu’ils devaient apporter, à l’époque du Temple, un demi sicle chacun. Celui-ci devait permettre ainsi à chacun de participer à l’achat des animaux qui seraient offerts matin et soir au nom de toute la communauté d’Israël. A l’époque des Rois, l’un d’entre eux, JOAS, s’inspirant de cet usage destiné à marquer la solidarité des fidèles et constatant que le Temple était mal entretenu, que des travaux de réfection s’avéraient nécessaires, après avoir attendu sans résultats que l’on fasse les réparations, donna alors l’ordre suivant : « que les prêtres prennent cet argent, chacun des gens de sa connaissance, et qu’ils réparent eux-mêmes les dégradations du Temple, partout où il s’en trouvera. » (II Rois XII, 6). Nous savons que cet ordre est encore davantage précisé dans II Chroniques XXIV, 5. Nous lisons en effet que le Roi, bien qu’ayant ordonné de demander une contribution volontaire de la part de chaque Israélite, ne constata aucun résultat tangible et positif pour le financement des réparations. On peut noter assez curieusement que malgré l’importance de la cause à défendre, l’entretien du Temple, le caractère d’offrandes volontaires, n’emporta guère l’enthousiasme populaire. Aussi, est-ce à cette époque, soit environ cent cinquante ans seulement après la construction du Temple par SALOMON, que son lointain successeur JOAS dut fermement ordonner aux préposés du culte, prêtres ou lévites, de demander à leurs connaissances les fonds nécessaires à la réfection du Temple. C’est encore, dans des conditions différentes mais pour des motifs que nous espérons louables, que des responsables communautaires interviennent auprès de leurs sympathisants pour les intéresser à la cause qu’ils défendent. Pour nous en tenir à notre texte, la mesure préconisée par JOAS ne suffit pas. Ce dernier exigea alors que chaque personne se rendant au Temple donne sa contribution en la plaçant dans une sorte de tronc destiné à recueillir les sommes indispensables pour les travaux. Les résultats furent nettement positifs. L’indolence ou la négligence des fidèles pour les besoins du culte ne sont pas nouvelles. Comme de nos jours, l’on peut constater que même dans les temps anciens, les fidèles n’assumaient pas correctement leurs devoirs en matière de contributions à l’entretien des lieux sacrés ou des institutions pieuses. Il convient de méditer l’enseignement de nos maîtres disant : « Grands sont les mérites de ceux qui savent que donner, c’est finalement recevoir de la part de Celui à qui nous devons l’existence et tous nos biens. »



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables