« Merci Madame... »

BILLET DU 17 FEVRIER 2008
publié le dimanche 17 février 2008
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Bonjour,

Le Président de la République a donc décidé de « confier la mémoire » d’un enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2 dès la rentrée prochaine. L’initiative apparait louable et a été spontanément applaudie lors de son annonce par le millier de personnes présente au diner du CRIF. Serge Klarsfeld, le militant infatigable des Fils et Filles déportés Juifs de France s’est félicité de cette initiative qui reconnaît son travail remarquable, œuvre d’une vie. Richard Prasquier, Président du CRIF, a lui aussi salué cette initiative. Pourtant, dans les minutes qui ont suivies cette annonce, le malaise était perceptible, bien au-delà des clivages politiques. Ce projet est-il le fruit d’une réflexion et d’une concertation avec notamment des psychologues, des enseignants, des survivants ? Peut-on faire vivre un enfant mort en un enfant vivant de 10 ans ? Est-ce que les enseignants accepteront ce projet pédagogique après l’échec retentissant de la lecture de la lettre de Guy Moquet ? Question plus directe encore : Peut-on ne pas être d’accord avec le projet de Nicolas Sarkozy lorsque l’on est Juif ?

Si pour l’historienne Annette Wieviorka le projet de Nicolas Sarkozy est jugé "insupportable", une autre voix discordante, et quelle voix, s’est élevée, celle de Simone Veil : « A la seconde, mon sang s’est glacé. C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans ! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école." La Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a dit, avec la force de ses convictions, ce qu’elle avait en d’autres mots affirmé en 2005 : "Le danger n’est plus qu’on ne parle pas de la Shoah, mais qu’on en parle à mauvais escient."

Il nous faut remercier Simone Veil d’être parvenue à exprimer ce que beaucoup d’entre-nous ressentions sans oser le formuler. Il faudra généraliser l’étude de la Shoah, et pourquoi pas dès le CM2, mais certainement pas attendre d’une émotion morbide qu’elle soit le vecteur de la transmission de la Shoah. L’école est un sanctuaire qui ne peut s’accommoder des recettes de la télé-réalité ! Les parisiens se sont habitués à voir sur les frontons des écoles de la République ces plaques commémoratives qui portent le nom des enfants Juifs de l’établissement qui ont été déportés. Cette initiative est remarquable car elle s’adresse autant aux élèves qu’à leurs parents, leurs enseignants et aux passants. Des anciens déportés viennent régulièrement parler dans les établissements scolaires avec pédagogie et retenue ne cherchant pas à arracher des larmes aux enfants mais à témoigner. Grace au Mémorial de la Shoah, de nombreux outils pédagogiques de grande qualité sont proposés au corps enseignant.

La transmission de la Shoah est une chose bien trop sérieuse. Elle demande infiniment de réflexion et de préparation. Faisons confiance à ceux qui œuvrent dans ce sens.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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