Parasha Téroumah 5768

Chabbath 9 février 2008 - 3 Adar 1er 5768 - Début : 17 h 40 - Fin : 18 h 47
publié le lundi 4 février 2008
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Lecture de la Torah : Exode XXV, 1 - XXVII, 19 : Prescriptions relatives à la construction du Tabernacle. Haphtarah : I Rois V, 26 - VI, 13 : Le Temple de SALOMON.

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Commentaire de la Torah :

Du début du Livre de Chemoth jusqu’à la fin de la paracha de MICHPATIM que nous venons de lire, nous avons lu les épisodes concernant l’esclavage des Hébreux en Egypte, leur libération après une dure servitude que nous célébrerons lors des fêtes de PESSA’H, la traversée de la Mer Rouge, la Promulgation de la Torah au Mont Sinaï. A présent et durant cinq semaines, nous relirons les chapitres XXV à XL du Livre de l’Exode (CHEMOTH). Tous ces textes, dans leur grande majorité, nous rappellent l’ordre donné au peuple d’ISRAEL, après avoir reçu la TORAH et avant son entrée en Terre Sainte, de construire le Tabernacle et tous les objets du culte qu’il contenait. Cette construction provisoire qui accompagnera ISRAEL durant toutes ses pérégrinations dans le désert et encore bien longtemps après son entrée en Terre Sainte, préfigurait le Temple de Jérusalem dont l’édification ne sera réalisée que plus tard par le Roi SALOMON. Notre Paracha de TEROUMA, dont le terme précis signifie prélèvement, contient trois commandements, deux positifs et un négatif. Le premier : « Et ils me construiront un sanctuaire » (Exode XXV, 8), se rapporte aussi bien au Tabernacle qu’à tous les objets du culte. Le second concerne les pains de proposition (verset 30), et le troisième a pour objet de nous indiquer qu’il est interdit de sortir les barres destinées à porter l’Arche des anneaux dans lesquelles elles étaient placées : « Les barres engagées dans les anneaux de l’Arche ne doivent point la quitter. » (verset 16). (voir à ce sujet Talmud YOMA 72 a ; Sefer Ha’hinoukh § 96). L’auteur de ce Sefer Ha’hinoukh, (Rabbi AHARONE HALEVI de BARCELONE - fin du 13° siècle), voit dans l’accomplissement de ces commandements comme dans celui de tous les autres préceptes, le fondement des bienfaits divins nous permettant de nous élever et de nous perfectionner par la seule obéissance à la volonté divine. Comme d’autres commentateurs, il tient à souligner que la demeure qu’était le Tabernacle suivi ultérieurement du Temple et de tous nos lieux de prières sont à la mesure de l’homme. Ils sont restreints par définition, alors que Celui que « le ciel et tous les cieux ne sauraient contenir », à savoir D.ieu, selon Chroniques II, 5, ne peut attacher d’importance à une demeure terrestre, si majestueuse fût-elle. Cependant, grâce au Sanctuaire ainsi édifié par les hommes, D.ieu sera plus accessible et plus proche d’eux, permettant ainsi d’atteindre plus facilement la sainteté et d’en éprouver les bienfaits. C’est bien ce sentiment que nous ressentons lorsque nous construisons une Synagogue ou lorsque nous nous y rendons pour nos prières. Le OR HA’HAYIM voit dans ce commandement : « Et ils me construiront un Sanctuaire », un ordre s’appliquant à tous les temps et à toutes les époques, même à l’époque de l’Exil dans lequel nous vivons, (qui devrait normalement être dispensé de l’application de ce commandement uniquement parce qu’il est en principe interdit de construire un Sanctuaire en dehors de JERUSALEM). Malgré cette interdiction de principe d’imiter le modèle unique transmis à MOISE, NAHMANIDE considère que les générations futures ont l’obligation d’édifier des lieux de prières. Ainsi, nous savons que seul le Roi SALOMON, lorsqu’il construisit le Temple de JERUSALEM, dut se conformer dans l’exécution de tous les détails relatifs au plan du Temple, au verset 9 du chapitre XXV de l’Exode disant : « Semblable en tout à ce que je t’indiquerai, c’est-à-dire au plan du Tabernacle et de toutes ses pièces ; et vous l’exécuterez ainsi. » Par contre, nos lieux de prières généralement orientés vers l’est, et symboliquement tournés vers JERUSALEM peuvent être conçus avec des mensurations différentes de celles imposées à la construction du Tabernacle ou du Temple. Quoiqu’il en soit, la lecture de ces versets peut nous sembler anachronique et dépassée. Mais l’auteur du Sefer Ha’hinoukh déjà cité, considère que la soumission à l’ordre divin de ce commandement, le plus important et le plus édifiant de tous, a surtout pour but d’habituer l’homme à une obéissance telle qu’elle nous place ainsi à une hauteur morale permettant de relier la terre au ciel. A ce propos, MAIMONIDE nous enseigne ceci : « Tu sais quelle importance la Loi attache à ce qu’on soit pénétré de la grandeur du Sanctuaire et du respect qui lui est dû, de sorte qu’en le contemplant, l’homme ait le sentiment de sa faiblesse et devienne humble. Il est écrit : « Vous serez pénétrés de respect pour mon sanctuaire » (Lévitique XIX, 30), et comme pour donner plus de force à cette recommandation, la Torah a estimé nécessaire de la joindre à celle de l’observance du sabbat. Et c’est donc pour nous rendre humbles que D.ieu, par ses décrets prévoyants, a usé de toute cette sagesse perspicace, afin que par la fréquentation du Temple, nous devenions accessibles aux commandements divins nous servant de guides, pour que nous parvenions ainsi à la crainte de D.ieu. Toutes les prescriptions détaillées de la Torah avaient pour but de rendre au Temple un plus grand hommage en suscitant un plus grand respect de la part de tous ceux qui y pénétraient. » (Guide des Egarés, III, chapitre 45). Parlant du Tabernacle, le ZOHAR fait allusion à la lumière cachée de la Création et dont Rabbi YEHOUDA dit ceci : « Si cette lumière avait été entièrement cachée, le monde n’aurait pu subsister une seule seconde. Mais la vérité est que cette lumière avait été cachée à la manière dont on cache les grains sous la terre, lesquels reproduisent des fruits dont le monde se nourrit. Il n’y a pas un jour où cette lumière cachée ne reproduise quelques fruits dont le Saint, béni soit-Il, nourrit le monde. Un filet de cette lumière se dégage et va se poser sur tous ceux qui consacrent une nuit à l’étude de la Loi. Le jour où le Tabernacle ici-bas avait été construit, la Torah dit que MOISE ne pouvait y pénétrer, parce que la nuée s’était posée sur lui. NUEE désigne le « rayon » de la lumière primitive. Ainsi, D.ieu renouvelle chaque jour l’œuvre de la Création. » (ZOHAR - Teroumah). De ce que nous venons de rappeler, nous pouvons déduire l’idée selon laquelle le Temple (ou de nos jours la Synagogue) détient, bien plus que tout autre lieu à travers le monde, la lumière primitive grâce à laquelle l’univers subsiste, car cette construction sacrée est conforme à la création du ciel et de la terre. (ZOHAR). Quant à la table et au pain de proposition, le ZOHAR ajoute : « Il était indispensable qu’il y ait une table dans le Tabernacle, pour que la bénédiction d’en haut vienne se poser et dispenser la nourriture à tout l’Univers. Cette table ne devait pas rester dépourvue de nourriture, même pendant une seconde, parce que la bénédiction ne se pose pas sur une chose vide. » Nous observons encore cette règle en laissant toujours un peu de pain sur notre table, avant de réciter les actions de grâces. (BIRKAT HAMAZONE). Plus que jamais, nous avons besoin de synagogues, de lieux de prières, propices à la prière et à la méditation, pour nous retrouver dans un cadre rempli de sérénité et de paix, et qui tranche avec le monde environnant où ne règne, apparemment, que le bruit et la discorde. La table et les pains de proposition, nous les retrouvons dans nos foyers, où nous devons faire régner la même sérénité, la même pureté et la même sainteté que celle que l’on ressentait dans le Tabernacle et dans le Temple. Retenons surtout l’idée, qu’à défaut de Temple, c’est, selon notre Tradition, l’homme qui constitue par sa vie et par le foyer qu’il construit, un sanctuaire en miniature, un MIKDACH MEATH.

HAPHTARA :

Nous venons de rappeler que les prescriptions relatives à la construction du Tabernacle s’appliquaient également à celle du Temple. C’est l’objet de notre Haphtara. Pour les deux sortes d’édifices, nous avions cité le texte du Livre des Chroniques nous rappelant qu’aucun lieu construit à la mesure de l’homme, ne pouvait logiquement contenir la présence divine, par définition incommensurable. Ceci dit, notre Haphtara nous fournit tous les détails relatifs à la construction du Temple édifié par le Roi SALOMON, réalisation véritablement majestueuse et conçue à la gloire de D.ieu. Tout le luxe décrit ne doit cependant pas nous faire oublier l’essentiel, à savoir la manière avec laquelle SALOMON traite son peuple. Celui-ci travaille avec un enthousiasme bien plus faible que celui dont firent preuve les Hébreux qui, dans le désert, oeuvrèrent avec zèle pour l’édification du Tabernacle, le MICHKAN. SALOMON payait ses ouvriers pour la réalisation de ce Temple, que son père le roi DAVID avait projeté. Mais D.ieu lui en avait interdit la construction, en raison des nombreuses guerres qu’il avait menées. On peut donc estimer qu’il n’y eut pas à cette époque royale le même enthousiasme qu’à l’époque où les Hébreux, pour se faire pardonner la faute du veau d’or, furent remplis d’enthousiasme pour apporter spontanément et massivement tout ce qui était nécessaire à l’édification du Tabernacle. On peut à cet égard citer les Hébreux en exemple. Ils travaillent avec zèle sous la direction de BETSALEL. Ils ont réalisé un travail artistique remarquable, ce qui laissait une impression profonde sur tous ceux ayant participé à cette œuvre collective. On est forcément surpris de ce qui se passa à l’époque de SALOMON. Il ne manifesta apparemment guère de sentiments bienveillants à l’égard de ceux qui l’avaient pourtant aidé dans son entreprise, comme s’il ne s’était agi que d’une construction à sa propre gloire, à la manière des rois de France. Nous savons que SALOMON, considérant l’importance de ce qui peut s’acheter, demanda à ses ouvriers d’assurer des corvées exécutées dans des conditions difficiles, comme cela se pratiquait déjà à l’époque des Pharaons. C’est pourquoi, notre Haphtara se termine par la recommandation suivante qui lui fut adressée : « Cette maison que tu édifies, j’y résiderai, si tu te conformes à mes lois, si tu obéis à mes statuts, si tu as soin d’observer et de suivre tous mes commandements ; alors j’accomplirai en ta faveur la promesse que j’ai faite à DAVID, ton père. » (I Rois VI, 12). Nous voyons par ce texte que D.ieu, par cette mise en garde, dit à SALOMON de ne pas surestimer l’aspect extérieur de l’édifice du Temple qu’il se proposait de réaliser. Il lui rappelle aussi qu’il doit son trône à son père DAVID, lui indiquant par là qu’il ne devait éprouver nul sentiment d’orgueil, sous prétexte qu’il pouvait enfin réaliser ce que son père n’avait pu faire. A travers le verset 12 du Chapitre VI du premier livre des Rois, nous pouvons voir combien le Roi SALOMON a été mis en garde contre toute tentation d’orgueil, au moment où il eût le privilège de construire le Temple. Le message divin était clair. Il .reste encore valable pour chaque fidèle, quelle que soit sa situation sociale. Lorsque l’on participe à la réalisation d’une œuvre communautaire, telle que la construction d’une synagogue, d’une yeshiva, d’un école, d’une œuvre pour les enfants ou pour personnes âgées, il faut agir selon l’inclinaison de son cœur, selon les moyens que la Providence nous a accordés, et dont nous ne sommes que les gérants, sans droit fondamental de propriété. Que nous dit le texte cité plus haut ? : « Cette maison que tu édifies, j’y résiderai, si tu te conformes à mes lois, si tu obéis à mes statuts, si tu as soin d’observer et de suivre tous mes commandements ; alors j’accomplirai en ta faveur la promesse que j’ai faite à DAVID, ton père. » Nous savons que malgré les mises en garde contre toute tentation de déviation religieuse, le règne de SALOMON se termina relativement mal, en raison de ses faiblesses. Alors qu’il aurait dû servir d’exemple en accomplissant fidèlement les prescriptions de la Torah, il a failli à sa mission de roi. Au verset 13 de ce même chapitre déjà cité, nous apprenons que D.ieu indique à SALOMON que ce n’est pas dans le Temple, ni dans le palais royal qu’Il fixe Sa résidence, mais au milieu d’ISRAEL. « Je résiderai au milieu des enfants d’ISRAEL, et je n’abandonnerai point ISRAEL, mon peuple. » Le contenu de notre Haphtara est donc un avertissement contre la méconnaissance du véritable sens de la Maison de D.ieu. Ce sont les sentiments que l’on y ressent qui permettent au fidèle de trouver par une prière sincère le chemin de D.ieu, et non les grands édifices édifiés pour laisser une marque de son passage sur terre. La place du Sanctuaire dans la vie juive ne doit pas être surestimée. Ce qui compte, c’est bien davantage l’accomplissement des lois de la Torah, le culte juif n’étant qu’une des manières d’honorer D.ieu, alors que la vie de tous les jours nous offre tant de moyens de mieux nous comporter en fidèles serviteurs de D.ieu, aussi bien dans le domaine religieux, spirituel que moral. Le Talmud nous enseigne en effet qu’il existe soixante-dix facettes dans la manière de comprendre la Torah. (OTIOTH de RABBI AKIBA). Croire que l’on peut se contenter de fréquenter la synagogue pour être considéré comme un bon juif, est insuffisant. C’est une condition nécessaire mais non suffisante. Car il faut bien se rendre compte qu’il y a également d’autres manières de traduire en actes sa manière d’être fidèle à la parole divine. Certes, il est méritoire de fréquenter un lieu de culte et d’études. Mais il convient d’approfondir ses connaissances et de s’efforcer de les mettre en pratiques. C’est à cela que nous pouvons réfléchir lorsque nous relisons notre paracha de TEROUMA, complétée par notre Haphtara.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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