Parasha Michpatim 5768

Chabbath 2 février 2008 - 26 Chevath 5768 - Début : 17 h 29 — Fin : 18 h 36.
publié le dimanche 27 janvier 2008
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Bénédiction du mois. Lecture de la Torah : Exode XXI, 1 - XXIV, fin : Lois civiles et pénales, religieuses et morales ; conclusion de l’alliance. HAPHTARA : JEREMIE XXXIV, 8 - 22 et XXXIII, 25-26 : Libération des esclaves.

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COMMENTAIRES SUR LA TORAH :

La paracha de cette semaine mettra davantage l’accent sur les relations entre les hommes, s’agissant surtout de questions touchant au droit civil et pénal. Dans ce contexte, nous estimons nécessaire de poursuivre la réflexion déjà amorcée dans notre commentaire de la semaine passée, sur la paracha YITHRO. Nous y avions déjà largement présenté des commentaires sur le cinquième commandement du Décalogue, concernant le Respect des Parents. Il convient d’insister ici sur l’enseignement qui doit s’en dégager. Ainsi, parmi les passages cités par ABRAVANEL, au nom du Talmud, on peut déduire une analogie entre le respect dû à D.ieu et celui dû aux parents. Il se trouve clairement indiqué dans notre paracha. En effet, il est écrit : « Celui qui maudit son père et sa mère sera puni de mort. » (Exode XXI, 17). Par ailleurs il est écrit : « Celui qui maudit son D.ieu sera mis à mort. » (Lévitique XXIV, 15). MAIMONIDE insiste sur le châtiment commun dont nulle part ailleurs ne sont passibles les paroles irrévérencieuses. En effet, notre Tradition nous enseigne que D.ieu a conféré aux parents une partie de Sa dignité et de Son autorité. Il exige donc pour eux le respect et la même crainte, ainsi qu’il est écrit : « Révérez chacun votre mère et votre père et observez mes sabbats. » (Lévitique XIX, 3). « Craindre », signifie qu’il ne faut pas prendre la place de son père, s’asseoir sur son siège, contredire ses paroles ou agir contrairement à son opinion. Honorer, c’est lui fournir les aliments, ses boissons, ses vêtements, le gîte et l’aider en tout. » (Talmud KIDOUCHINE 31 b). Cette prévenance à l’égard de nos parents doit toujours être mise en pratique. Cependant, bien des plaintes nous parviennent malheureusement de la part de personnes âgées, complètement abandonnées de leurs enfants, et même trop souvent maltraitées. La Torah nous invite donc à réfléchir à ces questions d’une extrême gravité. Dans le cinquième commandement du Décalogue, le père est mentionné en première place, tandis que dans le second passage cité, celui de Lévitique XIX, 3, il est d ’abord question de la mère. Pour expliquer cette différence, on doit se baser sur l’attitude psychologique de l’enfant envers chacun de ses parents. Dans ce texte du Talmud KIDOUCHINE, 30 b, on nous enseigne ceci : « Il fut révélé et connu devant « Celui qui dit l’univers fut » qu’un fils aura tendance à honorer sa mère plus que son père, parce que sa mère sait le gagner par des paroles pleines de bonté ». C’est pourquoi, le Saint béni soit-Il, donna au père le premier rang dans le commandement concernant l’honneur à rendre aux parents. Il fut également révélé et connu devant D.ieu qu’un fils a tendance à craindre son père plus que sa mère, parce que c’est son père qui lui enseigne la Torah. Aussi, le Saint béni soit-Il donna à la mère le premier rang dans le commandement relatif à la crainte que l’on ressent vis-à-vis de ses parents. (Talmud KIDOUCHINE 30 b). Même dans un cas de provocation de la part des parents, ce respect doit être maintenu. On peut supposer par exemple le cas où les parents seraient en infraction par rapport aux préceptes de la Torah. Dans ce même texte talmudique déjà cité (KIDDOUCHINE 32 a) on nous enseigne : « Si un homme voit son père transgresser une prescription de la Torah, il ne doit pas lui dire : « Mon père, tu violes la Torah... » mais : « Mon père, tel ou tel verset de la Torah nous enseigne que.... » pour laisser au père le soin de tirer personnellement la conclusion de son infraction. En fait, le respect que l’on témoigne aux parents doit résulter d’un sentiment cultivé et d’une tendresse réelle. Nous lisons dans le Talmud : « Un homme qui avait nourri son père de volailles grasses hérita de l’enfer, tandis qu’un autre qui avait fait travailler le sien au moulin, hérita du paradis. Comment cela pouvait-il être possible ? Dans le premier cas, à la question posée par le père pour connaître la provenance des volailles, le fils avait répondu brutalement : « Vieux, mange et tais-toi, car les chiens mangent sans parler. » Dans le second cas, le fils était en train lui-même de moudre au moulin quand est arrivé l’ordre du roi réquisitionnant les meuniers. Il dit alors à son père : « Prends ma place ici et j’irai moudre pour le roi, de sorte que s’il y a quelque affront à subir ou des coups à recevoir, il vaut mieux que ce soit moi qui les subisse. » (PEAH - Talmud de JERUSALEM 3 b). Nous connaissons de nombreux exemples de savants réputés, ayant témoigné un respect particulier à leurs parents. Pour ce qui est de la manière de mettre ce commandement en pratique, le ZOHAR dit ceci : « C’est en réalisant des bonnes actions que l’homme honore le plus son père et sa mère, ainsi qu’il est écrit : « Le père du Juste tressaille d’allégresse, celui qui a donné la vie au sage trouvera sa joie en lui. » (ZOHAR - MICHPATIM). On doit aller jusqu’à mettre à la disposition des parents tout l’argent que l’on possède pour les honorer. On doit à son père et à sa mère les mêmes honneurs qu’à D.ieu, car dans la création de l’homme il y a trois associés : D.ieu, le père et la mère. (Talmud - NIDDAH 31 a). La semaine dernière, nous avions déjà indiqué que la Torah promettait la longévité en récompense à l’observance de ce cinquième commandement du Décalogue. Par longévité, la Bible veut nous parler de la vie éternelle. En disant : « sur la terre que D.ieu te donnera » (Deutéronome XI, 21), le texte veut nous indiquer qu’il s’agit de cette région supérieure d’où l’on contemple la majesté divine comme dans un miroir qui réfléchit la lumière. On peut se demander pour quelle raison la longévité n’est-elle promise comme récompense que dans les deux commandements suivants : « Honore ton père et ta mère » (Exode XX, 12) et « Si tu rencontres en ton chemin un nid d’oiseaux...... Tu es tenu de laisser envoler la mère, sauf à t’emparer des petits » (Deutéronome XXII, 6-7) ? Parce que les deux commandements valent à l’homme la vie éternelle, même s’il ne les accomplit pas avec l’intention d’agir selon la volonté de D.ieu. Par contre, pour toutes les autres bonnes actions que l’on réalise, elles ne valent à l’homme la vie éternelle que s’il les réalise dans le but d’obéir à la volonté de D.ieu. Ce qui est essentiel, ce n’est pas tant l’action que l’intention qui l’a déterminée. (ZOHAR sur YITHRO). Nous pouvons en déduire que le respect des parents, ainsi que la piété pour leurs sentiments relève d’un domaine supérieur. En accomplissant les commandements les concernant, l’homme révère à la fois ses parents, et sans s’en douter, également Celui qui est à l’origine de toute vie. La conclusion à tirer de cette étude est inspirée du passage figurant au Deutéronome « comme te l’a prescrit l’Eternel ton D.ieu. » Il exprime le caractère sacré de cette prescription relative à tous les commandements divins, en exigeant de nous le degré de perfection qu’il faut apporter dans cet amour pour nos parents, avec une sollicitude sans limites. C’est sans doute là le véritable secret du bonheur humain et de la qualité exceptionnelle des relations que les enfants doivent entretenir avec leurs parents. Mais tout réside malgré tout dans le savoir-faire des mères. Par leur tendresse et leur amour sans bornes, elles sont capables de maintenir dans les familles l’équilibre nécessaire entre les générations passées et futures. Comme nous l’avons vu plus haut, contrairement à ceux qui pensent que seuls les Dix Commandements forment l’essentiel de la Loi, celle-ci comporte de nombreuses prescriptions régissant nos relations avec nos semblables. Nous avons souvent dit qu’elles sont, selon notre Tradition, à mettre au même niveau que nos relations avec D.ieu. Rien de ce qui concerne l’Homme n’est inutile. Certains font parfois le choix d’attacher plus d’importance à leurs devoirs envers D.ieu, négligeant pour cela leurs devoirs envers la société. Grave erreur, quant à l’inverse, il est des personnes attachant un grand prix au respect des Droits de l’Homme, considérant du même coup qu’ils ont rempli toutes leurs obligations. Les lois (MICHPATIM) dont une partie nous sont indiquées dans notre paracha sont essentiellement destinées à assurer la protection morale de la société. Aussi, se conduire malhonnêtement envers son prochain ou envers la société, c’est commettre une grave infraction envers D.ieu également. A cet égard, il convient de méditer la mise en garde du Psalmiste disant : « Mais personne ne séjournera dans ma maison qui agit avec fourberie ; celui qui débite des mensonges ne subsistera pas devant mes yeux. (Psaumes CI, 7). Cet avertissement semble bien s’adresser à notre époque où nous sommes témoins de bien des mensonges et tromperies, sous couvert de religion ou d’humanisme. Selon une formule souvent utilisée, D.ieu seul reconnaîtra les siens.

HAPHTARA :

Le texte du prophète JEREMIE peut sembler désuet, anachronique. Il nous parle du problème des esclaves. Il est vrai que la paracha de MICHPATIM en traite à son début. Notre prophète en reprend le thème. Sa prophétie nous replace aux dernières années du royaume de JUDA, avant la destruction du Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 av. J.C. La ville avait été menacée mais les ennemis venus l’assiéger s’en étaient retirés. Le Prophète avait pourtant annoncé qu’elle tomberait et que son roi serait fait prisonnier. A ce moment, le roi SEDECIAS se montra sous son meilleur jour. On peut se demander si c’est parce qu’il était soulagé du départ des ennemis ou pour se montrer digne de la protection divine ? Il en tira une leçon importante et immédiate. Il accepta de promulguer un décret prescrivant l’affranchissement de tous les esclaves. A cet égard, songeons avec douleur que les Nations Unions et la France en tête, ont attendu longtemps avant de mettre fin à l’esclavage ou à le condamner. Qu’étaient les camps nazis destinés à l’anéantissement du peuple juif ou le Goulag pour avilir l’être humain qui n’avait pas accepté de se soumettre au communisme. Sans nul doute, des formes modernes d’esclavage. Pour en revenir au roi SEDECIAS, en promulguant son décret, il se montrait sensible au fait que JEREMIE lui avait prédit la destruction du royaume avec pour conséquence le départ des Juifs en captivité. Aussi, pour donner plus d’éclat à sa décision, le roi réunit-il les grands, les prêtres, les fonctionnaires et le peuple. A tous, il fit prêter serment de rendre la liberté à leurs frères et sœurs, injustement maintenus en esclavage. Il voulait ainsi les obliger tous à se conformer à la Torah, selon ce qu’elle prescrit au chapitre XXII du Livre de l’Exode. Malgré l’enthousiasme du moment, les bonnes dispositions ne durèrent pas longtemps. La suite du récit biblique nous indique que les hommes libérés retournèrent rapidement en esclavage. Leurs maîtres laissèrent reprendre le dessus à leur cœur endurci et cruel. A l’exemple d’autres peuples qui à l’époque considéraient l’esclavage comme étant justifié, les gens de JUDA ne prenaient pas en compte les recommandations de la Torah. On peut penser là à la souffrance de millions d’hommes qui, après avoir terriblement souffert du régime nazi, ont par la suite dû subir pendant près d’un demi-siècle les rigueurs des dirigeants de tous les pays soumis à l’idéologie communiste. On peut voir ainsi combien les textes bibliques trouvent encore une résonance dans une actualité bien connue de nous tous. Il convient surtout de retenir une leçon constante tirée de nos textes bibliques. En effet, le caractère sacré de la liberté individuelle se trouve en tête de toutes les lois rapportées dans MICHPATIM. Et c’est la violation de ces principes qui est dénoncée par le Prophète JEREMIE comme par bien d’autres prophètes d’Israël. Il considère que les relations entre les hommes, fondées sur l’amour et la justice, sont nettement indiquées dans la loi divine. Parler de l’esclavage dans la Bible c’est nécessairement parler également de toutes les formes d’asservissement de la période moderne. Selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il nous est rappelé que « Les Hommes naissent libres et égaux en droits ». En lisant cette phrase bien évidemment inspirée des textes bibliques, ne peut qu’être remplis d’admiration pour l’esprit dans lequel furent dictées et rédigées ces lois de la Torah. Elles témoignent d’un souci profond pour la dignité humaine que notre civilisation moderne semble encore loin d’avoir totalement prise en compte



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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