« Un euro pour chaque homme... »

BILLET DU 27 JANVIER 2008
publié le dimanche 27 janvier 2008
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Bonjour,

Quelle semaine économique ! Les places boursières des grandes capitales qui ont jouées au yoyo alors que les grands de ce monde se réunissaient à Davos pour deviser entre gens de bonne compagnie sur l’avenir économique de la planète. Et cerise sur le gâteau, on apprend qu’un jeune homme de 31 ans affole ce microcosme en creusant un trou de 5 milliards d’euros dans les caisses de la Société générale.


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Je dois humblement vous avouer que je n’arrive toujours pas à concevoir ce que représente 5 milliards d’euros. Si ce n’est qu’à quelques centaines de millions près cela correspond à presque un euro par habitant sur notre terre. Un euro c’est globalement le revenu moyen quotidien d’une personne dans la plupart des pays, mis à part nos pays industrialisés et riches. On a beau spéculer intellectuellement sur ces chiffres, ce n’est rien au regard des spéculations financières. Nous sommes dans une ère où l’argent est devenu un bien immatériel. On parle de flux, de points, d’indices ou de parité. Mais tout cela échappe au plus grand nombre pour qui, un mois représente quelques centaines ou milliers d’euros avec lesquels il faudra vivre, manger, se loger, se vêtir et éventuellement concevoir quelques loisirs. Et pendant ce temps, d’un clic de souris, des sommes abyssales passent d’un ordinateur à un autre. Et de Marx à Davos, le capitalisme s’est imposé comme le seul modèle économique qui peut régir la planète. L’opposition au capital a été un idéal, puis une utopie et finalement, un échec. Regardez en Israël, les kibboutzim représentent aujourd’hui à peine 3% de revenus de la terre. Alors que nous nous apprêtons à fêter les 60 ans de l’Etat d’Israël, les rêves des pionniers se sont évaporés face à la réalité économique. La réussite d’une économie réside dans ses profits, l’échec d’une économie est dans ses pertes.

L’affaire de la Société générale met en perspective le rapport que l’on entretient avec le fait économique. Au fond la question n’est pas tant sur les profits que sur la redistribution de ceux-ci. Mais lorsque une économie, qui par définition est spéculative perd de l’argent, alors tous ces fondamentaux qui établissent les grandes lignes politiques volent en éclat. La gauche s’inquiète pour les petites gens qui trinqueront et la droite s’inquiète pour la santé des épargnants. Mais que l’on se rassure, 5 milliards d’euros, dixit les dirigeants de la Société générale, ce n’est pas grand chose et ce malheureux événement sera vite oublié et absorbé par l’habilité des financiers. Ouf, on respire.

Mais au fait, vous rendez-vous compte qu’avec 5 milliards d’euros on pourrait planter 500 millions d’arbres en Israël ! On le pourrait financièrement parlant mais on ne le pourrait pas physiquement, la terre d’Israël n’étant pas assez vaste pour accueillir autant d’arbres. Un exemple, de mauvaise foi je vous l’accorde, des limites de l’économie.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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