Parasha Yithro 5768

Chabbath 26 janvier 2008 - 19 Chevath 5768 - Début : 17 h 17 - Fin : 18 h 26
publié le mercredi 23 janvier 2008
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Lecture de la Torah : Exode XVIII, 1 - XX, fin : La visite de YITHRO ; L’Alliance du Sinaï ; les Dix Paroles. Haphtara : ISAIE, chapitre VI : La vocation du prophète. Les Achkenazim ajoutent : VII, 1-6 et IX, 5-6.

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Commentaires sur la Torah :

Nous lirons cette semaine l’un des textes les plus importants de notre tradition religieuse. Il est également adopté par d’autres croyants rattachés au monothéisme biblique. En effet, il s’agit de la Promulgation de la Loi au Mont Sinaï. En fait on parle souvent des Dix Commandements connus également sous le terme de Décalogue. On ignore généralement que le jour mémorable de cette promulgation, c’est l’ensemble de la Torah qui fut remise à MOÏSE. Celle-ci transforme le peuple à peine sorti de l’esclavage d’EGYPTE en « peuple élu », en « royaume des prêtres. » Toute une masse s’élève en un clin d’œil à la hauteur spirituelle et morale de la plus parfaite élite. C’est ce que dit le texte : « mais vous, vous serez pour moi une dynastie de pontifes et une nation sainte » (Exode XIX, 6). Il est intéressant de noter ce que nous en rapporte le ZOHAR pour illustrer cette élévation morale. Il est écrit : « Et tout le peuple voyait les bruits » (Exode XX, 18) Que signifie « voir les bruits » alors que généralement on entend le bruit ? Selon une tradition, les paroles qui sortaient de la bouche de D.ieu s’imprimaient dans les ténèbres, elles prenaient corps, de sorte qu’ISRAEL les entendait et les voyait à la fois. Les hommes de cette génération ont vu une lumière si éclatante qu’aucune des générations suivantes n’en verra une semblable jusqu’au jour de la venue du Messie. ISRAEL pénétra en ce moment précis le mystère de la Sagesse suprême, faveur qui n’a plus jamais été accordée par la suite à aucune autre génération. » (ZOHAR sur YITHRO) Ceci dit, nous savons que parmi les commandements de la première table, c’est-à-dire ceux se rapportant aux relations entre l’Homme et son Créateur, nous trouvons aussi le cinquième commandement. A première vue, il n’a pas de lien direct avec les sphères célestes supérieures. Il semble n’être qu’un principe important de la vie sociale, de la famille. Nous connaissons bien ce texte souvent cité : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Eternel ton D.ieu t’accordera. » (Exode XX, 12) Ce commandement établit les bases morales de la société. Celle-ci ne saurait exister sans que les jeunes génération respectent ceux à qui ils doivent leur vie, leur formation et parfois même leurs biens. Cependant, en analysant ce précepte si important, alors que de nos jours tant de valeurs sont négligées voire même foulées aux pieds, et que des jeunes en viennent à se plaindre d’avoir à entretenir ou à soigner leurs parents tombés dans la dépendance, allant parfois jusqu’à les maltraiter, on est malgré tout frappé par un détail : pour quelle raison, dans l’ensemble des commandements du Décalogue, celui relatif au respect envers les parents est-il assorti d’une promesse de récompense, en l’occurrence la longévité sur terre ? Pourquoi le Deutéronome souligne-t-il le fait que c’est D.ieu qui nous a prescrit cette obligation ? Une question lancinante s’ajoute à celles-ci, à savoir : que signifie cette longévité sur terre, alors que des personnes ayant parfaitement respecté ce commandement divin disparaissent parfois de façon brutale et prématurée ? Il est vrai que nous ne pouvons pénétrer les mystères de la justice divine. Notre esprit est trop limité par rapport au divin, comme le souligne MAÏMONIDE. Nos Sages sont d’avis que ce précepte fait partie à la fois des relations à D.ieu et des lois relatives à la Société. Il est écrit : « Honore ton père et ta mère. » (Exode XX, 12) et il est dit : « Honore l’Eternel avec tes biens. » (Proverbes III, 9) Nous voyons par là que la Bible met sur le même plan, le respect dû aux parents et celui que nous devons au Créateur. (Talmud KIDOUCHINE 30 b) ABRAVANEL est d’avis que le commandement relatif aux parents concerne en même temps D.ieu, car Il est le père de l’Univers. C’est pour cette raison qu’il figure sur la première partie des Tables de la Loi. Selon cet exégète, son importance est primordiale. En effet, il fixe l’ordre de toute société humaine et se rapporte à toute autorité spirituelle, aussi bien à celle des Anciens qu’à celle des prophètes et des juges. MAIMONIDE identifie les disciples aux fils et accorde au maître le même respect que nous devons témoigner à nos parents. Toujours selon ABRAVANEL, la récompense est de deux genres : « éternelle et immédiate. Eternelle, car elle émane du plan divin ; immédiate, en raison de sa portée pédagogique. En effet, l’attitude que nous adoptons vis-à-vis de nos parents, sera dans la plupart des cas, celle que nos enfants auront à l’égard de nous-mêmes. Dans notre société en crise, nous voyons bien trop souvent combien la valeur que représente la famille avec ses droits et ses devoirs, constitue assez souvent un objet de conflits, de tortures morales envers ceux à qui nous devons pourtant beaucoup, sinon tout. Il arrive aussi et à tort bien sûr, que l’on veuille justifier certaines déviations ou certains crimes en en faisant porter la responsabilité sur un manque d’amour ou d’attention de la part des parents. Ce n’est pas si simple ni si évident que cela. En parlant de cette obéissance due aux parents, on doit y inclure l’acceptation de la tradition qu’ils ont pour devoir de nous transmettre. C’est dans ce sens également que les enfants auront la récompense d’ordre moral. Tel est aussi l’avis de IBN EZRA. Nous pouvons effectivement trouver une analogie entre la récompense annoncée ici (surtout telle qu’elle est formulée dans le texte du Deutéronome) et celle qui clôture le deuxième paragraphe du CHEMA. « Alors la durée de vos jours et des jours de vos enfants, sur le sol que l’Eternel a juré à vos pères de leur donner, égalera la durée du ciel, au-dessus de la terre. » (Deutéronome XI, 21). On peut déduire de ce passage, comparable à celui du Décalogue, que la longévité (dont nous pensions qu’elle était promise à titre de récompense terrestre ou éternelle), est une conséquence d’une observance harmonieuse des principes essentiels de la Torah dont font partie la croyance en l’unité de D.ieu et la fidélité au Créateur, causes du respect que nous portons à ceux qui, par Sa volonté, nous ont donné la vie. Aussi, le Talmud considère-t-il avant tout que l’observance de ce précepte procure la joie temporelle et la jouissance éternelle (Michna PEAH I, 1). Le devoir envers les parents est d’ailleurs plus strict que le devoir envers D.ieu. « Grand est le précepte d’honorer les parents, puisque le Saint, Béni soit-Il, y attache même plus d’importance qu’à l’honneur qui lui est dû. Il est écrit en effet : « Honore ton père et ta mère », et ensuite : « Honore l’Eternel avec tes biens ». (Talmud de JERUSALEM - PEAH - 3 b). De quelle manière peux-tu honorer D.ieu ? « Avec ce qu’Il t’a accordé, par exemple en accomplissant des lois relatives à la gerbe à laisser au coin du champ, aux dîmes, à la charité envers le pauvre, etc. Si tu possèdes les moyens de te conformer à ces commandements, fais-le, mais si ces moyens te manquent, tu es délié de cette obligation. Il n’en va pas de même de l’honneur dû à tes parents. Que tu en aies ou non les moyens, tu es toujours obligé d’accomplir le commandement, serais-tu un mendiant allant chercher son pain de porte à porte. » (PEAH - Talmud de JERUSALEM - 3 b). Le seul cas où l’honneur à rendre à D.ieu dépasse celui dû aux parents, c’est lorsque l’obéissance aux parents risquerait d’entraîner le non-respect d’un commandement divin. « On pourrait penser que même si un père ordonnait à son fils de ne pas restituer un objet trouvé qu’il a ramassé, le fils serait tenu de lui obéir, ou d’enfreindre la sainteté du Chabbat sous prétexte de respecter la volonté paternelle ; aussi, convient-il d’enseigner ce texte : « Chaque homme doit craindre sa mère et son père, et observer mes sabbats » « Lévitique XIX, 3) et d’en assurer l’application. « Chacun de vous est lié à part égale par l’honneur qui m’est dû. » (Talmud YEBAMOTH 6 a). Ces textes peuvent donc nous aider à trouver des solutions pacifiques lorsque surgit dans nos familles un conflit de générations, en particulier lorsque les enfants opèrent un véritable retour vers la tradition religieuse, sans que les parents ne comprennent et n’admettent l’importance d’une telle démarche. C’est assez souvent le cas de nos jours. Sans pour autant vouloir diminuer l’autorité paternelle, celle-ci, pour être respectée, doit cependant admettre qu’il y a heureusement des jeunes désireux de donner un sens nouveau et plus exaltant à leur mode de vie qui trancherait de celui proposé ou vécu par les parents. C’est donc affaire de compréhension et de respect mutuel. En toutes choses bien entendu, il faut savoir éviter les excès. Disons simplement que pour le Talmud qui en donne de nombreux exemples, quiconque honore ses parents honore du même coup le Créateur, et MAÏMONIDE d’ajouter enfin : « Si tu ne respectes pas tes parents, tes enfants ne te respecteront pas. » (Guide des Egarés). C’est là un cas de figure que l’on peut malheureusement souvent vérifier.

HAPHTARA :

Il est tout à fait normal et compréhensible que l’on donnât comme complément au Décalogue, preuve incontestable de la révélation de D.ieu au peuple, les deux révélations intimes des grands prophètes ISAIE et EZECHIEL (ce dernier à qui l’on emprunte le premier chapitre de son Livre pour la Haphtara du premier jour de CHAVOUOTH, jour anniversaire de la Promulgation de la Loi). « Et les colonnes des portes s’agitèrent au bruit de cet appel, tandis que l’enceinte s’emplissait de fumée. Et je me dis : Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis d’un peuple impur, et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel-Cebaoth ! » Alors un des séraphins vola à moi, tenant en main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il en effleura ma bouche.... Puis j’entendis la voix du Seigneur disant : Qui enverrai-je ?.... Et je répondis : Ce sera moi ! Envoie-moi ! » (ISAIE VI, 4 à 6). Le prophète seul a hérité de cette flamme sacrée du SINAI dont le peuple n’a pas voulu, en disant : « Pourquoi nous exposer à mourir consumés par cette grande flamme ? » (Deutéronome V, 22). Suivant en cela l’opinion de nos Sages, RADAK estime que D.ieu a prévenu ISAIE des difficultés qu’il rencontrerait dans sa mission et du caractère difficile dont ferait preuve le peuple d’ISRAEL. Cependant, le prophète ne revient pas sur sa parole, et malgré les difficultés annoncées, il accepte la mission qui lui est confiée. Déjà avant lui, le premier et le plus grand de nos prophètes, MOISE, avait rencontré les mêmes problèmes et affronté les mêmes réticences auprès du peuple qu’il était chargé de guider. Il a souvent marqué son découragement à diriger le peuple d’Israël en lui disant « puisque tu es un peuple réfractaire - AM KECHEH OREPH » (Deutéronome IX, 6). Ce caractère obstiné et réfractaire, nous en avons souvent donné l’exemple. Quand il s’agissait de ne pas se soumettre à ceux qui voulaient notre destruction physique et spirituelle, nous avions raison. Mais ce que les prophètes n’ont cessé de dénoncer, c’est la trahison envers D.ieu pour des idées illusoires, pour des faux-semblants ou des modes de pensées pernicieux et pervers n’ayant rien à voir avec le caractère sacré de nos principes religieux. C’est donc à la fidélité envers le message divin reçu au Mont Sinaï et transmis par les prophètes d’Israël que nous sommes sans cesse invités à réfléchir et à agir en conséquence.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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