« De Malraux à Sarko... »

BILLET DU 20 JANVIER 2008
publié le dimanche 20 janvier 2008
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Bonjour,

Et si Malraux avait raison. On prête à l’écrivain et homme politique cette fameuse phrase : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Cette phrase a été reprise vendredi dernier par le Président de la République qui présentait ses vœux aux Ambassadeurs. Car pour Nicolas Sarkozy, le fait religieux sera réellement, avec la question du climat, l’enjeu du XXIe siècle. Soit. Mais faut-il rappeler qu’André Malraux n’a jamais prononcé cette phrase et qu’il s’en est même défendu à de nombreuses reprises : « On m’a fait dire : Le XXI° siècle sera religieux ou ne sera pas. La prophétie est ridicule ; en revanche je pense que si l’humanité du siècle prochain ne trouve nulle part un type exemplaire de l’homme, ça ira mal ».

Malraux était un humaniste, profondément. Pour lui l’homme était placé au centre de la société, et « la condition humaine » en est l’illustration. Et puisque l’on semble vouloir faire parler Malraux aujourd’hui, alors pourquoi ne pas retenir cette phrase si forte pour définir sa seule croyance : « L’humanisme, ce n’est pas dire : « Ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait », c’est dire : « Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase. » (Les Voix du silence). Ne trouvez-vous pas qu’il y a en Malraux quelque chose de très...juif ? J’entends par-là, une voix qui résonne à l’unisson avec la tradition juive. Entendons cette phrase qui semble tout droit sortie de l’Ecclésiaste et qui provient pourtant de « la condition humaine » : « Il faut soixante ans pour faire un homme, et après il n’est bon qu’à mourir. » Tout cela nous ferait presque penser que le Judaïsme est un humanisme et en serait presque une forme aboutie.

Et si ce siècle devait être religieux, ne devrait-on pas considérer que l’homme est le sujet de la religion ? Le Judaïsme considère que Dieu a créé le Monde pour l’homme afin que celui-ci fasse connaître Sa parole. Ce serait donc cela un « siècle religieux ». Un siècle gouverné par les plus hautes valeurs des religions en plaçant l’homme au centre des réalisations. Le 11 septembre 2001 aurait pu être l’échec dramatique de cette vision. Un siècle qui s’est ouvert sur un désastre au prétendu nom de la religion.

Il est vrai, suivant la pensée de Nicolas Sarkozy, que l’homme aura un devoir historique durant ce siècle. Je pense que l’on fait un mauvais procès au Président de la République en lui reprochant d’inviter la religion dans son action politique. Une action qui est faite par l’homme pour servir l’homme. Seul l’homme sera celui qui pourra contrarier le réchauffement climatique. Son action sera décisive pour les générations à venir. Nous savons que ce que nous ferons ne nous bénéficiera pas mais sera un héritage pour les enfants du siècle prochain. Bon ou mauvais. Alors que les politiques intègrent un peu de morale et de valeurs religieuses dans leur discours n’aurait pas été pour déplaire à Malraux qui disait : « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. » (L’Espoir).

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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