Parasha Bo 5768

Chabbath 12 janvier 2008 - 5 Chevath 5768 - Début : 16 heures 57 - Fin du Chabbat : 18 heures 07.
publié le lundi 7 janvier 2008
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Lecture de la Torah : Exode X, 1 à XIII, 16 : Les dernières plaies et la sortie d’Egypte. Les lois de la Pâque. Haphtara : JEREMIE XLVI, 13 - 28 : Ruine de l’Egypte. Retour d’ISRAEL de l’exil. TUNISOIS : ISAIE XIX, 1 - 25 : Ruine de l’Egypte ; sa conversion et celle de l’Assyrie.

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Commentaires sur la Torah :

A partir de la lecture de la Torah de cette semaine, nous allons désormais découvrir la série des mitzwoth que nous enseigne la Torah. A titre exceptionnel, nous savons que le Livre de la Genèse faisait déjà mention du commandement de la circoncision (Genèse XVII, 11-12) et de l’interdiction de consommer la partie arrière d’un animal en raison de ce que nous rapporte la Torah au sujet de la lutte de JACOB et de l’ange, celui-ci ayant déboîté la hanche droite du patriarche (Genèse XXXII, 33). Mais c’est en fait seulement à partir du second Livre de la Torah, celui de CHEMOTH, que nous prendrons successivement connaissance des lois de la Torah. Ainsi, dans notre paracha de BO, au chapitre XII de l’Exode, nous apprendrons l’essentiel des règles strictes de la fête de PESSAH. Elles seront annuellement appliquées à partir de la sortie de l’esclavage d’EGYPTE. Aussi, dans un esprit de continuité, et pour en fixer la date avec précision, la Torah demande que l’on observe chaque mois la nouvelle lune. C’est à l’apparition de celle-ci que sera fixé le début des mois, celui de NISSAN, notamment. Il est particulièrement important pour ne pas risquer de se tromper quant à la date précise de PESSAH. En effet, la consommation de pain levé nous étant strictement interdite sous peine de subir la peine du retranchement - KARETH, toute erreur de calcul pour les dates des fêtes fixées par la Torah doit être évitée. Il en est donc de même pour la fixation du début du mois de ELLOUL à partir duquel on détermine les solennités de ROCH-HACHANA et KIPPOUR avec toute la rigueur qui s’attache à leur célébration.. Rappelons ici qu’il existe tout un système de calculs astronomiques que connaissaient déjà les Sages du Talmud. Il est toujours en vigueur et permet la mise en place du calendrier hébraïque (LOUA’H) que nous utilisons encore de nos jours pour tous nos événements religieux. Il est fondé à la fois sur le système lunaire et solaire. C’est donc à propos de PESSAH, que nous trouvons dans la Torah l’ordre donné de raconter à nos enfants le grand événement fondamental pour notre conscience religieuse, caractérisant cette fête, symbole de notre libération de l’esclavage d’Egypte. Le texte de notre paracha compose en fait tout le cérémonial de la soirée du SEDER. Nous lisons en effet : « Tu raconteras à ton fils : « C’est dans cette vue que l’Eternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l’EGYPTE. Et tu porteras comme symbole sur ton bras, et comme mémorial entre tes yeux (afin que la doctrine de l’Eternel reste dans ta bouche), que d’un bras puissant, l’Eternel t’a fait sortir de l’EGYPTE. » (Exode XIII, 8-9). Précédemment, la Torah nous avait déjà dit : « Et ce fut au bout de quatre cent trente ans, précisément le même jour, que toutes les milices du Seigneur sortirent du pays d’EGYPTE. » (Exode XII, 41). Et c’est peu avant la fin de la paracha, quand le peuple hébreu fut sur le point de partir après sa libération, que la Tora lui fixera deux obligations : celle d’avoir à raconter ce qu’il avait vécu durant la longue nuit de l’esclavage, et celle du précepte des TEFILINES, les phylactères. Dans son code de lois, sur les règles concernant les pains azymes (MATZA) et l’acte grave que constituerait la consommation de pain levé (HAMETZ), MAIMONIDE nous enseigne ceci : (MISHNE TORAH - Lois de HAMETZ et MATSA - Chapitre 7, halakha 1 : « C’est un commandement positif de rapporter les miracles et les prodiges qui furent réalisés en faveur de nos ancêtres en EGYPTE, durant la nuit du quinze Nissan, car il est dit : « Souviens-toi du jour où vous êtes sortis de l’EGYPTE. (Exode XIII, 2). De même il est dit : « Souviens-toi du jour du Chabbat » (Exode XX, 8). D’où savons-nous que cela se passa durant la nuit du quinze Nissan ? pour t’enseigner : « Tu raconteras à ton fils en ce jour, en vue de cela - BAAVOUR ZEH » (Exode XIII, 8). Ainsi, de génération en génération, la transmission de père en fils du récit de la sortie d’EGYPTE s’est maintenue comme étant une obligation de la Torah, au même titre que celle de l’observance du Chabbat. Le récit de la sortie d’EGYPTE, durant la veillée pascale doit donc se situer au moment précis où sur notre table, se trouvent réunis les symboles de ces événements anciens, représentés par la MATSA et le MAROR, les herbes amères. Cela se pratique obligatoirement le quinze Nissan et non à une autre période de l’année religieuse. MAIMONIDE insiste là-dessus, en ajoutant : « Même les plus grands savants sont tenus de faire ce récit de cette HAGADA, et plus on prolongera ces récits, plus grands en seront les mérites. L’importance de cette partie de notre Histoire est telle que nul ne saurait être dispensé d’en faire le récit, fût-t-il le plus grand des Sages. » Pourquoi tout cela ? Afin de réaliser le précepte : « Souviens-toi ». On doit accomplir celui de « Tu raconteras ». Les deux commandements sont dépendants l’un de l’autre. « Tu raconteras » n’exige pas qu’il faille attendre que le fils questionne son père. En effet, il faut même tenter de précéder cette demande d’explications. L’obligation pour chaque père d’instruire son fils procède de notre paracha et du commentaire de MAIMONIDE. Le « souviens-toi » relatif au CHABBAT et celui qui s’applique à la sortie d’EGYPTE ont chacun le même caractère sacré. Car, de même que nous pensons au Chabbat chaque jour de la semaine, de la même manière, chaque jour de l’année nous rapproche de ce quinze Nissan où nous devons régulièrement fêter la sortie d’EGYPTE, en racontant ce qui s’y était passé. Il convient ici de rappeler l’enseignement de Rabbi ELAZAR ben AZARIA. Au nom de Ben ZOMA il nous rappelle que le verset : « il faut que tu te souviennes, tous les jours de ta vie, du jour de ta sortie d’EGYPTE (Deutéronome XVI, 3) est destiné à nous rappeler l’importance qu’il y a à marquer ce souvenir historique, durant toute notre vie. Ceci explique entre autres le caractère sérieux s’attachant aux préceptes relatifs au TALITH, aux TEFILINES et à la MEZOUZA. En effet, la Torah les met en relation avec la sortie d’EGYPTE. Et selon la Tradition, ce rappel comporte un caractère de permanence, valable aussi bien de jour que de nuit. En s’appuyant sur ce commandement du souvenir d’une partie essentielle de notre passé douloureux dans l’histoire de notre peuple, prélude à tant d’autres périodes sombres, nos Sages vont jusqu’à dire que nous devrons mentionner la sortie d’EGYPTE jusqu’à la fin des temps, même jusqu’à la venue du MESSIE, englobant ainsi dans notre espérance, toutes les nations de la terre et tous les peuples. C’est de là que provient l’importance selon le Judaïsme de l’obligation de raconter. Il ne s’agit pas d’une historiette, d’un roman ou d’une fable. Il s’agit de l’histoire authentique d’un peuple. Par les souffrances qu’il a endurées, il lui appartient sans cesse d’enseigner aux autres, la nécessité de lutter contre toute forme d’oppression ou d’esclavage. Depuis les origines, le Judaïsme n’a pas failli à cette mission. En mettant les TEFILINES chaque matin, le croyant juif se remémore ainsi le OTH, le signe par lequel D.ieu a tenu à nous rappeler l’importance de la liberté si chèrement conquise. C’est également par cette actualisation permanente de la sortie d’EGYPTE que nous marquons par la célébration de PESSAH, et celle de SOUCCOTH, en érigeant une frêle cabane pour nous souvenir de tout ce que nous devons à la protection divine, notre reconnaissance à D.ieu pour tous les soutiens dont nous nous avons été l’objet. Aussi, en portant les TEFILINE dont nous parle longuement notre paracha, nous faisons acte de soumission à D.ieu. Nos Sages vont jusqu’à considérer cette soumission comme devant être partagée par les autres nations, ainsi qu’il est écrit : « Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Eternel est associé au tien, et ils te redouteront. » (Deutéronome XVI, 10) Loin de nous l’idée d’effrayer qui que ce soit. Mais de même que les EGYPTIENS ont fini par se rendre compte qu’ISRAEL était protégé directement par D.ieu, de la même manière, de nos jours encore, après toutes les souffrances injustement imposées au peuple juif, durant tant de siècles, c’est par notre respect des commandements divins que nous espérons voir s’imposer le respect de ceux qui auraient souhaité notre perte. En tout état de cause, lorsque nous célébrons PESSAH par le récit de la HAGADA et lorsque nous portons les TEFILINES, nous sommes avant tout des témoins de D.ieu de manière à préparer l’ensemble de l’humanité à accueillir le MESSIE. Ce jour-là seulement, cesseron les persécutions et les atteintes à la liberté et à la dignité de l’homme.

HAPHTARA :

« Communication adressée par l’Eternel au prophète JEREMIE, concernant l’avance de NABUCHODONOSOR, roi de Babylone, pour abattre le pays d’EGYPTE ? Annoncez-le en Egypte...... dites : Debout ! Tiens-toi prêt ! car le glaive dévore autour de toi. » (Jérémie XLVI, 13-14) Ce passage peut-être interprété de deux manières : NABUCHODONOSOR peut n’avoir fait encore aucun mouvement de troupes, ce qui rendrait notre texte doublement prophétique : Non seulement JEREMIE annoncerait les conséquences d’une attaque mais aussi le projet babylonien encore tenu secret. (RADAK), ou bien encore, comme on le traduit couramment : « lorsque NABUCHODONOSOR s’avançait pour abattre l’EGYPTE, ce qui restreindrait la prophétie à sa deuxième partie, à savoir les suites ou les conséquences de l’invasion. Il semble, ainsi que le rapporte RACHI sur ce texte, que le fait rapporté aurait eu lieu la 27ème année du règne de NABUCHODONOSOR. Il serait donc contemporain de l’époque d’EZECHIEL (chapitre XXIX) Mais la suite (v. 18) semble confirmer la première hypothèse : « Aussi vrai que j’existe, dit le Roi, qui a nom Eternel-Cebaot, pareil au Thabor, parmi les montagnes, comme le Carmel qui s’avance dans la mer, il va venir (l’ennemi vainqueur). A cette époque, par conséquent, les courtisans Egyptiens, trompés sur les intentions de NABUCHONOSOR, veulent se rassurer et cherchent à rassurer leur maître. Or, c’est pour leur enlever cette illusion que le prophète leur adresse ces paroles. De ce passage énigmatique, on peut tirer deux enseignements. D’une part, les prophètes d’autrefois jouaient un rôle politique, comme ce fut le cas pour JEREMIE. D’autre part, comme nous l’avions déjà vu dans la paracha, le Pharaon, comme son successeur plus tard, est soumis à la volonté de D.ieu. A l’époque de notre prophète, le Pharaon se croyait protégé et plus fort que le roi de Babylone. Les succès politiques et militaires sont toujours incertains. C’est ce que veut suggérer JEREMIE lorsqu’il déclare : « Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espoir ! » Ce verset, nous le connaissons bien puisque nous le récitons quotidiennement dans nos actions de grâces du BIRKAT HAMAZONE.. Depuis la sortie d’EGYPTE et jusqu’à la fin des temps, notre force réside avant tout dans cette espérance que la protection du Tout-Puissant ne nous fasse jamais défaut. L’Histoire du peuple juif nous en offre constamment et heureusement bien des exemples.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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