Les chroniques de David Barré

Porteurs de mémoire, de Patrick Desbois

publié le lundi 7 janvier 2008
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Les Einsatzgruppen étaient des brigades d’Allemands SS et policiers. Ces unités mobiles nazies étaient chargées de tuer les Juifs. L’assassinat systématique des juifs dans l’Union soviétique occupée était le premier volet du plan d’extermination de l’intégralité des juifs européens. Pendant l’invasion de l’Union soviétique en juin 1941, les unités mobiles nazies ont suivi l’armée allemande à mesure qu’elle s’enfonçait dans le territoire soviétique.

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Ces opérations visaient à tuer le maximum de personnes. Partout ou les unités mobiles sont passées, on a massacré tous les hommes, femmes, enfants juifs, puis on les enterrés dans des fosses communes. Les exécutions massives de Juifs en Ukraine ont eu lieu au grand jour. Les Juifs pouvaient être abattus dans des fossés creusés à cet effet, ou dans des greniers à grain, dans des puits d’irrigation, dans des abattoirs, ou poussés du haut d’une falaise. L’ampleur de ce s exécutions massives est considérable. Le père Desbois est engagé dans un travail de longue haleine pour identifier et expertiser tous les sites d’extermination des Juifs par les unités mobiles nazies en Ukraine. Il localise et vérifie systématiquement l’emplacement de ces sites, collecte les preuves balistiques, et enregistre des témoignages vidéo qui vivent toujours dans les villages alentour. Cette documentation est enregistrée pour être accessible aux principales institutions sur la Shoah dans le cadre de recherches ou d’expositions, tel l’Holocaust Museum de washington (United States Holocaust Memorial Museum), Yad Vashem ou le Centre de documentation juive contemporaine. Le père Patrick Desbois a identifié et expertisé des fossés relativement petits avec moins de mille victimes, des fossés de capacité moyenne regroupant jusqu’à dix mille victimes, et des grands sites d’extermination dépassant les quatre-vingt mille victimes.

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Porteurs de mémoire

Sa méthode de travail est totalement novatrice et repose sur différentes étapes :

1) recherche archivistique : Archives allemandes et soviétiques. Deux spécialistes recherchent systématiquement en Allemagne la documentation originale des procès pour crimes de guerre, à l’affût de témoignages formulés par d’anciens membres des Einsatzgruppen, apportant des informations sur ce qui s’est passé et quand, du point de vue des assassins. Des recherches sont aussi effectuées dans les archives soviétiques de l’Holocaust Museum de washington (United States Holocaust Memorial Museum) qui a acquis et microfilmé les textes des commissions soviétiques de 1944 et les jugements soviétiques de 1970. Toutefois, afin d’identifier l’emplacement exact des sites d’exécutions massives, il faut consulter les témoins ukrainiens encore vivants. Cette tache est d’une grande importance, tant les archives concernant les exécutions de Juifs en Ukraine orientale sont rares.

2) Visite des sites et enregistrement des témoignages : Ukraine. La grande majorité des exécutions massives s’est déroulée au vu et au su de la population locale. Afin de réunir les preuves des massacres, le père Desbois et une équipe d’experts, composée de deux traducteurs, d’un photographe professionnel, d’un expert balistique, et d’un chauffeur garde du corps, parcourt la campagne ukrainienne pour identifier les témoins du génocide. Leurs témoignages sont précieusement enregistrés. La plupart des témoins encore en vie ont environ 75 ans et vivent toujours dans leurs villages, près des lieux d’exécution. Ces témoins étaient des enfants ou adolescents curieux, qui suivaient les colonnes de Juifs allant vers les lieux d’exécution, observaient depuis un arbre, regardaient depuis leurs maisons, ou étaient embarqués par les nazis avec la population juive. Patrick Desbois a développé une approche directe et personnelle pour recueillir les témoignages. Une fois le témoin trouvé, une interview, est enregistrée suivant toujours le même protocole de questions. C’est à partir de trois témoignages concordants recueillis indépendamment que Patrick Desbois admet l’existence d’un site d’exécution.

3) identification des fosses communes juives et collecte des preuves balistiques. Les balles ou toutes autres preuves balistiques sont recueillies. Environ 7000 douilles ont été collectés et enregistrées. Les douilles sont conservées et l’équipe indique les coordonnées GPS de l’endroit où on les a trouvées. Le livre : récit autobiographique, le texte de Patrick Desbois est un texte à la fois sensible et inédit sur son parcours, ses travaux en Ukraine et la Shoah oubliée. Il s’articule autour d’une vingtaine de chapitres une trentaine de témoignages in extenso. Le livre comprend aussi un cahier photo exceptionnel des témoins, des lieux, des preuves et de l’équipe de Patrick Desbois. Les principaux soutiens du travail du père Patrick Desbois : Simone Veil directrice du mémorial de la Shoah. Les cardinaux Jean-Marie Lustiger - André Vingt-Trois - Philippe Barbarin - Jean-Pierre Ricard. Le rabbin Israël Singer, Délégué Général du Congrés juif mondial. Le Grand Rabbin Bleich d’Ukraine. Holocaust Memorial Museum. Le musée de Washington devrait accueillir une exposition en 2008 sur les travaux de Patrick Desbois. Yad vashem : Le père Desbois a présenté son projet aux experts et aux étudiants de Yad Vashem à l’occasion d’un séminaire spécial organisé par l’Institut international pour la recherche sur la Shoah. Yad Vashem estime que le travail de Patrick Desbois est d’une importance majeure et qu’il va contribuer grandement à notre connaissance de la Shoah dans les territoires anciennement occupés par l’Union soviétique. Londres : Les recherches de Patrick Desbois s’effectuent en lien avec le rabbin Elyokim Schlesinger (doyen du Yeshivo Horomo Talmudical College à Londres et président du Conseil rabbinique du Comité pour la préservation des cimetières juifs en Europe). Un comité qui traite des questions halakhiques a été constitué. Il est composé entre autres de M Philip carmel, directeur des relations internationales de la Conférence des rabbins européens, du rabbin Abraham Ginsberg, directeur exécutif du Comité pour la préservation des cimetières juifs en Europe, ainsi que du rabbin Aba Dunner, directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens. La Sorbonne : Patrick Desbois va participer à un programme commun d’étude de la Shoah. Benoit XVI encourage par une lettre datée du 12 novembre 2005 le travail du père Desbois.





"Porteurs de mémoire" de Patrick Desbois - Ed. Michel Lafon, Paris. AN. 308 p., 20€.


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