« Interdit de fumer »

BILLET DU 30 DECEMBRE 2007
publié le dimanche 30 décembre 2007
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Bonjour,

A partir du 1er janvier, il ne nous sera plus permis de fumer dans des lieux publics. Fini le petit noir en s’en grillant une ou ce repas qui se termine avec une cigarette. Il est établi que fumer est dangereux et que le tabagisme passif l’est tout autant. Que pense le Judaïsme de tout cela ?

Contrairement à d’autres psychotropes comme les drogues ou l’alcool, le tabac s’il crée une dépendance, une addiction, voire une aliénation, ne semble pas représenter le même enjeu dans la mesure où il n’interfère pas sur le psychisme de l’homme et ne modifie pas la représentation qu’il se fait de son environnement. On peut toutefois, à l’instar des psychotropes, considérer que le fumeur dépendant a des mécanismes très similaires à l’usager de psychotropes dans des états de manque. Ce n’est pas tant le tabac lui-même que la nicotine et diverses autres substances qui créent l’accoutumance, la dépendance et finalement le manque.

Cependant le tabac est mortel. C’est depuis 1964 que des études ont avéré la dangerosité du tabac. C’est donc depuis cette même date uniquement que la vision du judaïsme sur cette substance nous intéresse puisque les seules questions relatives auparavant à l’usage du tabac étaient relatives à la gène occasionnée pour l’entourage et à l’interdiction de produire du feu le Shabbath. Il est évident que nous nous trouvons depuis 40 ans devant une autre réalité qui est celle très claire du danger réel pour la vie humaine, et cela change tout !

Il nous faut donc rapporter la question du tabac dans la Halakhah à celle de la sauvegarde de la santé et de la vie humaine. Le tabac représente un danger réel pour la santé : maladies pulmonaires, complications cardio-vasculaires, destruction de cellules... Il n’est pas permis dans le judaïsme de mettre volontairement sa santé en danger. Cela est dit par Maïmonide1 : « Une personne doit s’abstenir des choses qui détruisent le corps et s’habituer aux choses qui guérissent le corps ». Maïmonide, qui était également médecin, s’appuyait, comme plus tard le Shoulhane Aroukh, sur la phrase de la Torah : « Prenez le plus grand soin de vous-même et veillez sur vous scrupuleusement ».2 La sauvegarde du corps et de la santé ont pour objectif d’accomplir l’idéal de sainteté biblique.

La Loi juive interdit également de façon stricte la mutilation3, cela va des tatouages en passant par les incisions et autres amputations volontaires. Le tabac représente à moyen ou long terme une mutilation des organes vitaux et non pas seulement d’une partie du corps qui n’aurait pas de fonction vitale. Selon le principe du « kal vahomer » talmudique, de l’ a fortiori, combien plus encore le tabac représente t-il une mutilation.

Au-delà du risque pour la santé, nombreux sont les fumeurs, ou ce qui subissent la fumée, qui pourront à terme en mourir. Toutefois, pour le fumeur, le Talmud distingue deux types de mise en danger de la vie : celle de plein gré et celle sous la contrainte. A partir de quel moment la consommation devient-elle une addiction ? De plus il est dit que « Dieu protège ceux qui ne sont pas conscients du danger » !4 Dès lors que l’on est informé du danger, Dieu ne nous protège plus.

A n’en pas douter, nul ne peut prétendre aujourd’hui ne pas être informé des dangers pour la vie humaine que représente la consommation de tabac. Dieu seul dispose de la vie humaine et le fait de fumer revient à nier ceci.

Mais la dernière parole, qui peut nous éclairer à 48h de l’entrée en vigueur de la Loi, est celle bien ancienne du Talmud qui disait déjà ceci : « Quiconque se trouve à proximité d’un fumeur est en droit de protester et le fumeur a alors le devoir, selon la loi hébraïque, de s’éloigner »5. Il ne lui est pas demandé de cesser de fumer mais de ne pas importuner son voisin. Il n’y a pas là d’enjeux de santé mais la question de la gène occasionnée par la fumée. On considère également que le fait de « partager » sa fumée avec un non-fumeur s’apparente au vol puisque l’on empiète sur la propriété privée de son voisin. Cela vaut pour un endroit clos qui est partagé par d’autres. Il est donc interdit, selon la Halakhah, de fumer dans un lieu public !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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