"Mourir à Paris..."

BILLET DU 23 DECEMBRE 2007
publié le dimanche 23 décembre 2007
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Bonjour,

Jeudi dernier, à 8h30 du matin on a retrouvé un homme mort à Paris, mort de froid, place de la Concorde, dans les beaux quartiers de Paris. Cet homme n’a pas pu être identifié et sera enterré comme des dizaines d’autres morts de la rue dans le carré des indigents au cimetière parisien de Thiais.

Il y a plus d’un demi-siècle, le 1er février 1954, l’Abbé Pierre lançait sur les ondes de RTL ce message dont chacun ressentira l’actualité : « Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! ».

Aujourd’hui encore, on peut, à Paris, mourir de froid. Nous sommes témoins chacun de tous ces corps emmitouflés dans des duvets qui dorment sous des tentes ou qui déposent leur carton sur une bouche d’aération. Tout cela est intolérable ben entendu. Pourtant on sait que les centres d’hébergement, loin de régler de façon pérenne la question d’un logement décent, existent. Il suffit d’appeler le 115 pour que le SAMU social intervienne et pour que toutes ces ombres de la nuit trouvent, quelques heures durant, un toit, un peu de chaleur et de la nourriture.

Les institutions dans la communauté juive déploient aussi de grands efforts de solidarité car les SDF se comptent également au sein de la communauté juive. Mais dans la rue ces hommes sont anonymes. C’est pourquoi le collectif des « morts dans la rue » organise une fois par an, au cimetière de Thiais, une cérémonie œcuménique pour que ces hommes et femmes oubliés de beaucoup ne le soit pas par Dieu, quelque soit leur religion. Ils peuvent alors disposer d’une sépulture qui sera leur ultime adresse à défaut d’en avoir eu une de leur vivant.

Tout cela se passe aujourd’hui, à l’aube de l’année 2008, en France. Loin d’être moralisateur, je me demande ce que l’on peut faire et je l’ignore. Mais je me dis que si le froid est un élément climatique incontrôlable, la misère, la solitude et la détresse sont des éléments sur lesquels nous pouvons influer. Là réside la noblesse de l’action politique qui consiste à agir sur le destin des hommes en leur offrant une vie conforme à l’image que l’on se fait de la société. Nous avons chacun conscience que l’année 2008 sera décisive pour s’attaquer de front aux maux actuels de notre société. C’est la France unie et solidaire qui pourra remporter cette victoire sur la pauvreté et l’indifférence.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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