Parasha Vayigach 5768

Chabbath 15 décembre 2007 - 6 Teveth 5768 - Début : 16 h 35 - Fin : 17 h 45
publié le vendredi 14 décembre 2007
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Lecture de la Torah : Genèse XLIV, 18 - XLVII, 27 : JOSEPH rendu sa famille. Haphtara : Ezechiel XXXVII, 15 - 28 : La réunion des deux royaumes frères.

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Commentaire sur la Torah :

Depuis les patriarches ABRAHAM et ISAAC, la maison d’ISRAËL dirigée par JACOB était installée en terre de CANAAN. Avec la famine régnant dans toute la région, la famille va devoir s’exiler en Egypte pour y rejoindre JOSEPH, parvenu à la fonction de Vice-roi de ce pays, en charge de réguler les problèmes économiques de toutes les victimes de cette calamité qu’est la famine. Le personnage central de notre paracha, JOSEPH avait connu tous les tourments liés à la haine que lui vouaient ses frères avant de parvenir à cette situation stratégique lui permettant de sauver sa famille.

Cette descente en Egypte était en fait programmée depuis le moment où D.ieu avait annoncé à ABRAHAM que ses descendants iraient en exil. (Genèse XV, 13 - 16). JACOB avait donc compris qu’il fallait se rendre en Egypte pour y rejoindre son fils JOSEPH enfin retrouvé après vingt-deux années de séparation. Avant de quitter la terre de CANAAN, JACOB exprime son inquiétude. Sans lui ordonner de partir, D.ieu lui promet sa protection durant le séjour qu’il effectuera jusqu’à sa mort en Egypte en lui disant : « Ne crains pas de descendre en Egypte, car je t’y ferai devenir une grande nation. Moi-même Je descendrai avec toi en Egypte ; moi-même aussi Je t’en ferai remonter, et c’est JOSEPH qui te fermera les yeux. » (Genèse XLVI, 3 - 4) Ce texte nous apprend que le départ vers l’Egypte devait s’effectuer du plein gré de JACOB, pour que se réalise la volonté divine(OHR HA’HAYIM. JACOB avait donc besoin d’être rassuré par D.ieu quant à l’avenir qui attendait ses descendants dans leur exil en EGYPTE et pour plus tard également, dans les autres pays où ils seraient amené à vivre. Cette invitation à faire toujours confiance à D.ieu, nous est d’ailleurs recommandée par ce passage biblique disant : « Confie-toi en l’Eternel de tout ton cœur, mais ne te repose pas sur ton intelligence. » (Proverbes III, 5) Nous savons que JACOB fut l’objet de quatre faveurs. Trois d’entre elles sont d’ordre national, son nom personnifiant ici sa postérité. La quatrième est par contre d’ordre personnel. 1° D.ieu ne confondra pas ses descendants avec le peuple du pays où ils allient vivre, sans qu’ils deviennent puissants, leur puissance ne devant être que d’ordre spirituel. 2° La CHEKHINA (présence divine) leur sera acquise et les y accompagnera. 3° C’est elle qui les fera un jour revenir dans leur pays d’origine. On doit penser à cela pour tous les autres exils qu’auront eu connaître les descendants de JACOB, avec la promesse d’un retour définitif sur la terre des ancêtres, dont nous sommes actuellement les témoins d’un début de réalisation. Par contre, la promesse selon JOSEPH serait au chevet de son père à l’ultime instant de leur séparation nous paraît plus personnelle. Elle ne se rapporte pas uniquement à la personne du père chef de la famille, mais concerne également le père de toute la nation. En effet, JOSEPH, jugé digne d’être son véritable héritier spirituel, accomplira l’acte de piété consistant à fermer les yeux de son père. En quittant ce monde, JACOB sera donc confiant sur le sort de ses descendants, grâce à ce fils chéri disposant alors de toutes les qualités morales et d’un pouvoir légal et politique immense. Rabbi ELEAZAE dit que « l’Eternel arrange lui-même les péripéties de la vie humaine ». Une tradition nous apprend que sans l’amour du Saint, béni soit-Il pour les patriarches, JACOB aurait été conduit en Egypte, chargé de chaînes. (Chabbat 89 b). Mais en raison de l’amour que lui portait D.ieu, JOSEPH fut envoyé le premier dans ce pays dont il devint le maître, avant que JACOB ne fit son entrée tel un roi, entouré de gloire et au milieu de ses douze tribus. Pour connaître la raison selon laquelle D.ieu exila ISRAËL en Egypte, le ZOHAR nous fournit la réponse suivante : « c’est afin que le monde puisse subsister. Aussi, D.ieu fit en sorte qu’ABRAHAM représente l’image de la sagesse, ISAAC celle de l’Esprit et JACOB celle de l’intelligence ». L’on peut penser que ce mystère que font allusion les paroles suivantes : « C’est par la sagesse que s’édifie la maison ; c’est par la raison qu’elle se consolide. Grâce à l’intelligence, le logis se remplit de toutes sortes de biens rares et précieux. » (Proverbes XXIV, 3 - 4) Nos Sages nous précisent que lorsque JACOB engendra les douze tribus, le monde d’ici-bas était en tout point de vue à l’image de celui d’en haut. Aussi, quand le Saint, béni soit-Il, vit l’immense joie que ressentait le monde d’ici-bas d’être à l’image du monde d’en haut, D.ieu se dit : « Peut-être les douze tribus fusionneront-elles avec les autres peuples, ce qui occasionnerait une brèche dans tous les univers. Que fit D.ieu ? Il le fit descendre en Egypte auprès d’un peuple buté, méprisant les mœurs de ces tribus et celles-ci méprisant ces moeurs qui leur étaient étranges, au point de fuir tout lien matrimonial avec les habitants de ce pays. Ceux-ci asservirent les Hébreux qui continuèrent à vivre séparément, de sorte que cette nation ne fusionna pas avec ses oppresseurs. C’est le mépris dont ils furent l’objet qui les protégea contre toute tentative d’assimilation à une culture et à des meurs qu’ils réprouvaient. (ZOHAR sur VAYIGASH). Ainsi, après avoir passé par l’Egypte, véritable foyer d’idolâtrie et de sorcellerie, les HEBREUX n’eurent pas à redouter d’autres influences néfastes. D’ailleurs, le Talmud nous enseigne : « Dix mesures de sorcellerie sont descendues en ce monde, l’Egypte en prit neuf, le reste du monde, une seule. » (KIDDOUCHINE 49 b). C’est ainsi que l’on peut comprendre l’opposition surtout d’ordre moral du JUDAÏSME aux EGYPTIENS à la lecture du verset suivant : « Les pratiques du pays d’Egypte, où vous avez demeuré, ne les imitez pas, les pratiques du pays de CANAAN où je vous conduis, ne les imitez pas et ne vous conformez pas à leurs lois. » (Lévitique XVIII, 3). Il ne s’agit pas en fait d‘une question raciale ou ethnique qui s’accorderait mal avec un principe essentiel du Judaïsme selon lequel « Les Justes de toutes les nations ont leur part dans le monde futur ». (TOSSEPHTA SANHEDRIN 13, 2). Les craintes qu’éprouvait JACOB avant de se résoudre à descendre en Egypte tenait au fait qu’il redoutait l’influence néfaste que pourrait exercer la civilisation ambiante sur ses descendants. D.ieu l’a donc rassuré quant à l’avenir, avant que ne commence véritablement l’exil en Egypte. Depuis lors, le peuple juif a connu bien des expériences difficiles liées à l’exil. Ces difficultés, nous ne les connaissons que trop bien car à travers le temps, elles ont contribué à nous perdre les meilleurs de nos enfants. Ce qui en définitive nous aider à surmonter tout cela, ce sont les promesses divines. Elles sont pour nous sources de consolation, quand nous relisons les paroles de nos prophètes. Notre démonstration quant aux risques de perdre les nôtres par effet de mimétisme des autres civilisations dans une sorte de SHOAH silencieuse pourrait se fonder sur la recommandation émise par le plus sage des hommes, le roi SALOMON nous disant : « Confie-toi en l’Eternel de tout ton cœur, mais ne repose pas sur ton intelligence. » (Proverbes III, 5) Il nous transmet ainsi le message profond adressé par D.ieu à JACOB, lorsque celui-ci fut placé devant la délicate décision d’avoir à quitter la terre de ses ancêtres promise à leurs futurs descendants, au moment où il devait enfin pouvoir retrouver son fils JOSEPH sur lequel reposaient toutes ses espérances à venir.

HAPHTARA :

Dans le texte de notre Haphtara, le prophète EZECHIEL, un siècle et demi après la destruction de SAMARIE de l’union fracassée entre les deux royaumes de JUDA et d’ISRAËL s’adresse à ses contemporains et à nous mêmes, de façon significative. Il espère encore à ce moment-là, que la dispersion des habitants du royaume d’ISRAËL ne sera pas définitive. Il pense que sa résurrection sera imminente et pourra se réaliser en même temps que celle du royaume de JUDA. Il dit ceci : « Rapproche ces pièces (les deux morceaux de bois sur lesquels étaient inscrits les noms des deux royaumes schismatiques) l’une de l’autre, pour n’avoir qu’une seule pièce, et elles seront réunies dans ta main. » (EZECHIEL XXXVII, 17). Pour ce prophète, le miracle de cette réunion future sera possible grâce à la soumission aux lois divines. « Et ils deviendront un dans ma main » (verset 19), à savoir : sous mon obéissance. Cela signifie qu’un prophète a pour tache de préparer le peuple à l’union, de manière à mettre en place l’ère messianique si longtemps attendue. Mais devant tous les signes de désunion dont nous sommes quotidiennement les témoins impuissantes, nous ne pouvons que constater combien nous e sommes éloignés. « Je les purifiera : alors ils seront pour moi un seul peuple et moi, je serai pour eux un D.ieu. Mon serviteur DAVID règnera sur eux, et il n’y aura qu’un berger pour eux tous ; ils suivront mes lois, ils garderont mes statuts et s’y conformeront. Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur JACOB, qu’ont habité vos pères ; ils y demeureront, eux et leurs enfant et leurs petits-enfants pour toujours, et DAVID, mon serviteur, sera leur prince pour toujours ». (versets 23 à 25). La mention du nom de JACOB a pour but de confirmer l’héritage du pays accordé exclusivement à ISRAËL et non pas autres descendants d’ABRAHAM et d’ISAAC. (RADAK). Il n’est d’observer l’actualité politique pour nous rendre compte combien cette promise est si convoitée et si déchirée. La répétition du nom de DAVID vient souligner la certitude que le MESSIE descendra de DAVID, celui-là même « pour qui, aucune durée n’avait été fixée au ciel » (BERECHITH RABBA, 39, 11) et à qui ADAM avait cédé soixante-dix ans de sa vie, précisément l’âge auquel DAVID a quitté cette terre. Selon la tradition, à l’image des lumières supérieures, DAVID n’avait aucune vie qui lui fut propre (HAGUIGA 22 b). On peut supposer que cela doit servir d’allusion à la pérennité de sa maison, dominant l’espace et le temps, même après sa disparition de cette terre. C’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre les paroles du ZOHAR : « Toutes les bénédictions d’en haut sont confiées au degré de DAVID, bien qu’il n’ait point de lumière qui lui soit propre ; toutes les bénédictions, toutes les joies et toutes les faveurs sont concentrées à ce degré. » (ZOHAR sur VAYE’HI). Il convient de les mériter, de nous en montrer dignes, et hâter ainsi l’avènement de cette ère nouvelle, signe de paix universelle et d’entente totale entre les hommes de toutes confessions, de toutes idéologies.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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