Parasha Miketz 5768

Chabbath 8 décembre 2007 - 28 Kislev 5768 - Début : 16 h 36 - Fin : 17 h 45
publié le mercredi 5 décembre 2007
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Bénédiction du mois - 4ème jour de ‘Hanouccah. Lecture de la Torah : Genèse XLI, 1 XLIV, 17 : JOSEPH, maître de l’Egypte. 2ème rouleau : Nombres VII,30 - 35 : Haphtarah : ZACHARIE II, 14 - IV, 7 : « Non par la force, mais par mon esprit. »

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Commentaires sur la Torah :

« Après un intervalle de deux années, PHARAON eut un songe, où il se voyait debout au bord du fleuve. » (Genèse XLI, 1). JOSEPH, après avoir été vendu par ses frères jaloux de lui, avait déjà passé dix de sa vie en prison. Il fut contraint de rester encore deux années supplémentaires, après avoir interprété le songe de l’échanson du Pharaon, son compagnon de captivité. En effet, il pensait que celui-ci devant être libéré de prison pourrait intercéder en sa faveur auprès du Pharaon. Agissant de la sorte, JOSEPH ignorant que son sort ne dépendait que de la volonté divine et non de celle des hommes, si puissants qu’ils puissent être, a chèrement payé sa naïveté et son manque de confiance en la Providence divine.. Le Midrash se saisit de ce cas pour nous montrer combien il serait illusoire de croire en une parole ou une promesse humaine. Il cite le passage biblique suivant : « Heureux l’homme qui cherche sa sécurité en l’Eternel, et ne se tourne pas vers les orgueilleux et les amis du mensonge. » (Psaumes XLV,5 ). Mais après tout, ce qu’a fait JOSEPH peut humainement se 5comprendre. Il voulait à tout prix sortir de prison, sachant évidemment qu’il y avait été mis de façon injuste. Toutefois, cette confiance mal placée de sa part est considérée par nos Sages comme une sorte de faute pour avoir déclaré à deux reprises : « Que si tu te souviens de moi » et « parle de moi à PHARAON » (Genèse XL, 14). C’est pas une citation du Livre de JOB que nous trouvons une explication à la prolongation de la captivité de JOSEPH, puisqu’il est dit : « Il a posé des limites à l’obscurité ; jusqu’aux extrêmes profondeurs il va chercher le minerai caché dans les ténèbres et l’ombre de la mort. » (JOB, chapitre XXVIII, 3). Selon le Midrash, ce serait là une allusion à D.ieu. C’est bien Lui qui fixe le terme mettant fin à l’obscurité qu’Il impose à l’univers. Celle-ci désigne également en fait le « YETSER HARA - le mauvais penchant ». Car, aussi longtemps que celui-ci dominera, sous toutes les formes possibles, aussi longtemps l’obscurité et l’ombre de la mort domineront le monde. Le verset cité plus haut est donc une allusion générale au YETSER HARA empêchant de laisser passer la lumière. Mais selon une autre interprétation du Midrash, le verset cité précédemment peut également s’appliquer au cas de JOSEPH pour lequel D.ieu a fixé un terme à ses souffrances et à son emprisonnement. Par coïncidence, ce n’est qu’au terme fixé par D.ieu pour y mettre fin, que le PHARAON eut un double rêve pour lesquels une interprétation de JOSEPH, mandé auprès de ce dernier, à la suite de l’intervention de son ex-compagnon de cellule, réussit à fournir, ce qui entraîna sa libération de prison. Nous savons que la stature humaine et morale de JOSEPH lui a permis de résister contre son YETSER HARA, notamment lorsque la femme de PUTIPHAR pour lequel il travaillait, avait tenté par tous les moyens de le séduire. S’y étant refusé, il paya durement les souffrances supplémentaires que cela lui valut. Il sortit grandi de ses épreuves. Le prisonnier d’hier se transforma en homme de gouvernement hautement apprécié par le PHARAON. Nous connaissons d’autres cas similaires dans l’histoire de juifs ayant accédé à de hautes responsabilités politiques dans les pays où ils vivaient. JOSEPH, second du PHARAON, réussit ainsi à sauver le pays de la famine, grâce au génial plan économique qui lui fut inspiré par D.ieu et qu’il imposa au pays. Le Midrash a précisément voulu utiliser le verset de JOB cité plus haut, pour l’appliquer au cas de JOSEPH. Par son texte, JOB voulait nous enseigner qu’un homme assumant pleinement ses responsabilités est capable de changer le monde en chassant l’obscurité pour faire place à la lumière. JOSEPH y est parvenu à sa mesure. D’autres grands hommes bien connus ont eux également réussi à modifier le cours de l’Histoire. On peut citer les exemples de MOÏSE, des rois d’Israël, ou plus près de nous, des grands personnages de l’Histoire contemporaine durant la seconde guerre mondiale luttant contre le nazisme, ou les dirigeants sionistes luttant pour la création d’un état indépendant pour les juifs, tels Théodore HERZL, Haïm WEITZMAN, BEN GOURION et bien d’autres encore. JOSEPH fut donc la flamme dont l’exemple servit plus tard à ceux qui, par leur courage et leur détermination ont permis que se réalise le miracle de HANOUCCAH grâce aux HASMONEENS. Quand les maisons juives étaient plongées dans l’obscurité à cause des tyrans grecs, ceux-ci ont rendu courage au peuple juif. L’on peut dire que sans JOSEPH, le personnage central de notre paracha, les HASMONEENS et à leur tête MATATHIAS n’auraient pas eu le réflexe ni la volonté d’agir comme ils l’ont fait en s’opposant aux Grecs dans le projet que ceux-ci avaient ourdi de vouloir imposer les cultes païens aux Juifs. Revenons donc à JOSEPH pour rappeler que finalement il se rendit compte, avec la précipitation des événements le concernant, qu’il était réellement sous la protection de D.ieu, après avoir cru désespérément en être abandonné. Pour toutes les générations ultérieures, il est permis d’affirmer que la parole du roi DAVID, lui aussi confronté à bien des dangers, reste pour nous source de méditation. Nous lisons en effet : « Aies confiance en l’Eternel et agis bien ; ainsi tu habiteras le pays en cultivant la loyauté. » (Psaumes XXXVII, 3). Comme JOSEPH luttant contre le milieu néfaste où il se trouvait, les HASMONEENS eux également, avaient compris la nécessité de refuser la civilisation grecque en ce qu’elle avait pour objet de dénier aux Juifs le droit de pratiquer leur religion et de pouvoir rester authentiquement attachés au message de leurs ancêtres. Par l’exemple de la prière de la HAVDALA (séparation), récitée après la sortie du Chabbat, nous comprenons mieux l’idée selon laquelle nous devons toujours tendre à nous tenir écartés de tout ce qui pourrait contribuer à exercer sur nous une mauvaise influence. JOSEPH l’avait compris en son temps tout comme les HASMONEENS plus tard. En effet, que lisons-nous dans cette prière de la HAVDALA ? Nous y trouvons trois sortes de séparations : 1° « entre la lumière et l’obscurité ». 2° « entre ISRAËL et les nations ». 3° « entre le septième jour et les six jours de la Création ».

Ces trois exemples de séparation nous renseignent sur trois types de réflexions : concernant l’univers, le temps - l’année, l’esprit - notre âme. En effet, le monde fut créé avec ces deux contrastes que sont la lumière et l’obscurité. Pour l’âme, notre tradition nous renseigne également sur la spécificité juive par rapport aux nations du monde. Enfin, pour le temps, nous avons commandements relatifs à l’observance du Chabbat que D.ieu nous a ordonnés. Comme nous le savons, ce jour hebdomadaire de repos, de méditation, est distinct des autres jours de la semaine. Mais par dessus tout cela, ce qui est essentiel, c’est notre âme. Si celle-ci fait bien la distinction entre le sacré et le profane - le KODESH e le ‘HOL, il sera bien plus aisé pour elle de faire la séparation d’éléments opposés, aussi bien dans le temps que dans l’espace. Nous retrouvons d’ailleurs ces mêmes questions quand il s’agit de la fête de HANOUCCAH. En effet, aussi longtemps que les HASMONEENS se sont tus et n’ont pas réagi, l’influence des Grecs, par leurs formes d’idolâtrie, s’est répandue au milieu des juifs de l’époque. Beaucoup d’entre eux ont adhéré à cette culture païenne, sans en mesurer tous les dangers. Il convient d’ailleurs de rappeler qu’il était alors interdit de pratiquer la circoncision, de respecter le repos du Chabbat et de célébrer la néoménie (Roch ‘Hodech), de manière qu’on ne puisse plus connaître avec précision la date des fêtes juives. Toute cette attitude négative des Grecs ne s’est achevé que par la résistance qu’ont su opposer les HASMONEENS. Leur attitude pourrait de nos jours être considérée comme relevant de l’intégrisme. Grave erreur de jugement que de le penser, car en fait, ils ont combattu pour l’essentiel, à savoir la pratique de la TORAH alors sérieusement menacée. Nous rappellerons ici la question soulevée par les Rabbins dans le Talmud Chabbat 21 b : « Qu’est-ce que HANOUCCAH ? «  Il est certain qu’en se référant au chapitre X du second Livre des MACCABEES, on peut connaître la nature des événements ayant conduit au miracle que nous célébrons par cette fête de notre calendrier religieux. Mais il convient davantage de se souvenir de la réponse donnée par RACHI à cette question en demandant à son tour : « quel miracle a-t-on voulu célébrer lors de cet événement du 25 Kislev ? » A cela il répond que nos Sages ont davantage mis l’accent sur la victoire spirituelle que sur celle des armes ayant conduit au triomphe des HASMONEENS. Ils mettaient ainsi en relief la notion de LUMIERE, de HAVDALA, ayant permis au peuple juif de comprendre la nécessité de se tenir éloignés de ceux qui avaient tenté de les écarter des voies de la Torah. S’il n’y avait eu cette distinction entre la LUMIERE et l’OBSCURITE, le peuple d’ISRAËL se serait depuis très longtemps fondu au milieu des nations pour disparaître complètement. En revenant au texte de JOB cité au début de notre commentaire, nous comprenons mieux alors que JOSEPH fut véritablement le premier juif en Diaspora, cherchant par son attitude fidèle à ses origines particulières, à préserver sa judéité. Il a de plus réussi à apporter de la lumière au monde, par l’exemple de sa piété et de sa vertu religieuse. De la même manière, MATATHIAS à la tête de son petit groupe de combattants a lui aussi donné l’exemple, en refusant le culte grec et le paganisme. Les lumières de HANOUCCAH sont là en permanence pour nous rappeler l’attitude à adopter en matière de maintien de nos valeurs spécifiques. De la sorte, nous finirons par obtenir la délivrance ultime nous sauvant de tous les tyrans.

HAPHTARAH :

Le texte du prophète ZACHARIE dont est tiré notre Haphtara a été choisi parce qu’il mentionne le Chandelier en place dans le premier et le second Temple de Jérusalem. Nous comprenons ainsi le rapport existant entre ce passage biblique et le Chabbat HANOUCCAH que nous célébrons cette semaine. Rappelons brièvement ici l’histoire des événements ayant conduit à la victoire des HASMONEENS et à l’instauration de notre fête. Puis nous analyserons succinctement quelques idées pouvant se dégager de notre Haphtara. Il s’agit de la période de reconstruction du second Temple qui avait été détruit en 586 avant l’ère vulgaire par NABUCHODONOSOR. Au mois d’août 520 avant l’ère vulgaire, le prophète ‘HAGGAÏ (Aggée) dont nous n’avons conservé que deux chapitres contenant ses prophéties, mandaté par D.ieu, mit en demeure les chefs et le peuple de JUDA d’entreprendre la réédification du Temple. Il tenait compte ainsi des événements politiques de l’époque. En effet, l’Empire Pers était alors en proie à une très violente agitation. Beaucoup de prétendants au trône central se présentèrent à la suite de la mort de CAMBYSE, au printemps 522. C’était donc dans ce contexte que le prophète ‘HAGGAÏ a pu considérer que les heurts qui s’étaient produits entre les nations étaient en quelque sort un prélude à l’écroulement de l’Empire Perse et de l’ébranlement final de la terre. Ce prophète estima donc qu’il était du devoir des Juifs de reconstruire sans tarder le Temple. En raison des lenteurs rencontrées auprès de ses frères juifs, il leur fit des remontrances très sévères (‘HAGGAÏ I, 9). Peu après, un autre prophète, ZACHARIE, se joignit à ses appels en déclarant : « Revenez à moi, et je reviendrai à vous ». (Zacharie I, versets 1 à 6). Le résultat de cet appel fut suivi de la pose de la première pierre du nouveau Temple, en décembre 520 (‘HAGGAÏ II, 18 - ZACHARIE IV, 10). Les travaux de restauration furent achevés en quatre années et demies (août 520 à mars 515 av. J.C.)

C’est donc en raison de ces événements que nous lisons la Haphtara particulière à ce chabbat coïncidant avec la fête de HANOUCCAH puisqu’il y est question du Chandelier faisant partie des ornements du Temple. Dans le second rouleau de la Torah que nous utiliserons à cette occasion, nous relirons le passage relatif à l’inauguration du Tabernacle ayant accompagné les Hébreux durant leur séjour de quarante années dans le désert. Comme chacun devrait le savoir, HANOUCCAH signifie « INAUGURATION ». A l’origine, il y eut inauguration du Tabernacle, puis ensuite celles des deux Temples. Or, à l’époque qui nous concerne, celle de la fête des LUMIERES, après que le Temple fut souillé par les Grecs y ayant introduit leur culte païen, il y eut à nouveau une inauguration. A présent, il s’agit pour nous de comprendre le sens du message qu’a voulu nous laisser ZACHARIE. Il avait pour objet d’annoncer le retour de la prophétie en Israël, à une époque où tout semblait perdu pour la transmission et la perpétuation du message divin. Dans un monde violent, fait d’incrédulités, à l’époque où exerçait ce prophète, à peine différente de la nôtre par certains aspects, il était donc indispensable de rassurer les fidèles quant à la permanence et à la valeur sacrée du message divin, alors que l’on n’en a pas toujours une perception claire et directe. Aussi, ZACHARIE a t-il tenu à dire cette parole pleine de promesses et si rassurante : « Ceci est la parole de l’Eternel à ZOROBAVEL : « ni par la puissance ni par la force, mais bien par mon esprit ! » dit l’Eternel Cebaot. »(ZACHARIE IV, 6). Ce texte est donc chargé de beaucoup de significations. Il entend nous rappeler qu’un jour viendra où le centre de la spiritualité sera situé dans une JERUSALEM restaurée, unifiée et pacifiée. L’ère messianique à laquelle se rapporte cette vision prophétique nous semble parfois éloignée, utopique et illusoire. Or, notre ferme conviction nous commande de préparer chaque jour la venue tant attendue du Messie, sauveur de tous les hommes. Pour y parvenir, il nous faut encore travailler à la paix dans le monde, à la paix entre les hommes, annonciatrices de la réalisation des paroles si profondes que nous ont léguées les prophètes d’Israël.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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