Parasha Vayeshev 5768

Chabbath 1er décembre 2007 — 21 Kislev 5768 - Début : 16 h 39 - Sortie : 17 h 47
publié le jeudi 29 novembre 2007
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Lecture de la Torah : Genèse XXXVII, 1 - XL, fin : JOSEPH à l’école de la souffrance. Haphtarah : Amos II, 6 - III, 8 : D.ieu révèle son dessein aux prophètes.

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Commentaires sur la Torah :

Le nom de JOSEPH est plus fréquemment lié à celui de JACOB que les noms des autres chefs des tribus. Notre paracha débute cette semaine par le verset suivant : « Voici l’histoire de la descendance de JACOB : JOSEPH avait dix-sept ans. » (Genèse XXXVII, 2). La Torah veut ainsi souligner le rôle particulier qui incombera à JOSEPH dans la mission patriarcale. Le Midrash, en expliquant la raison pour laquelle la généalogie de JACOB succède immédiatement à celle d’ESAÜ, dit notamment que D.ieu voulait rassurer JACOB. En effet, celui-ci fut effrayé par toute cette liste de princes d’Edom qui s’étalait sur le chapitre XXXVI tout entier du livre de la Genèse. D.ieu promit donc au patriarche qu’une seule étincelle issue de lui et une autre issue de son fils JOSEPH suffiraient pour détruire cette grandeur illusoire , ainsi qu’il est écrit : « La maison de JACOB sera un feu, la maison de JOSEPH une flamme, la maison d’ESAÜ un brin de chaume : ils le brûleront, ils le dévoreront, et rien ne survivra de la maison d’ESAÜ - l’Eternel l’a dit ». (OBADIA I, 18 - Tan’houma ; Berechith Rabba).

Dès le début, le sort de JACOB se trouve associé à celui de JOSEPH ; JACOB ne travaillait chez LABAN qu’en vue de la naissance du fils bien-aimé qui lui ressemblerait autant par son aspect physique que par le destin qui l’attendait. L’un et l’autre furent l’objet de la haine des frères envieux qui les voua à l’exil. (Midrash Rabba cité par Rachi).

Par rapport au premier texte de Genèse que nous venons de citer, il est intéressant de rapporter ici le midrash suivant qui veut nous démontrer que les péripéties de l’histoire de JACOB se reflètent dans celles de JOSEPH. En effet, dit ce midrash (Berechith Rabba, Chapitre 84, paragraphes 15 à 19) :

(15) « Rabbi CHEMOUEL fils de NA’HMAN fournit le commentaire suivant : Au lieu d’écrire : « Voici les descendants de JACOB, JOSEPH », la Torah aurait dû dire : « Voici les descendants de JACOB, RUBEN, etc. » Que veut-elle nous enseigner par JOSEPH ? C’est que tout ce qui arriva à celui-là, est arrivé à celui-ci. Le terme TOLEDOTH prend ici le sens des événements et des faits suivants : (16) JOSEPH, comme JACOB, naquit circoncis ; sa mère, comme celle de JACOB était stérile ; mais comme elle, elle eut deux enfants ; JOSEPH, comme JACOB, jouissait du droit d’aînesse ; sa mère comme celle de JACOB, enfanta dans la douleur ; (17) ses frères le haïrent, comme le frère de JACOB avait haï celui-ci, et ses frères voulurent le supprimer, comme le frère de JACOB avait voulu tuer celui-ci. JOSEPH était berger, comme l’était JACOB. Ils furent l’un et l’autre détestés. Tous deux furent victimes de deux vols « (« le jour et la nuit », l’un, dans le troupeau dont il avait la garde ; l’autre se considéra volé en sa personne par ses frères et les Ismaélites) ; l’un et l’autre furent bénis dix fois (Genèse XVII, 28-29 ; Deut. XXXIII, 13-17 ; l’un émigra d’Eretz Israël ; l’autre également. (18) L’un et l’autre se marièrent hors des frontières d’Erets Israël, et tous deux, également, eurent des enfants dans la diaspora. L’un et l’autre furent dotés d’un cortège d’anges ; la puissance de chacun d’eux fut révélée dans le cadre d’un rêve. L’un et l’autre furent une source de bénédictions pour la maison de leur beau-père (allusion à la prospérité de LABAN et de PUTIPHAR). (19) Tous deux descendirent en Egypte ; l’un y fit cesser la famine pas la présence bénie et l’autre, grâce à ses mesures préventives : tous deux provoquèrent l’abondance ; l’un pria ses enfants, et l’autre ses frères, de transporter leur dépouille Erets Israël ; l’un et l’autre moururent en Egypte ; l’un et l’autre furent embaumés, enfin, la dépouille de l’un tout comme les ossements de l’autre furent emportés hors d’Egypte.

Le ZOHAR sur notre paracha dit : « Après que JOSEPH s’unit à JACOB, tellement ils étaient si proches l’un de l’autre, que sa descendance commença à porter des fruits : le soleil était uni à la lune. C’est pourquoi, la paracha débute par ce verset : « Voici l’histoire de la descendance de JACOB, JOSEPH, etc. » En effet, tous les fruits qu’avait portés cet arbre étaient dus à l’union étroite entre le père et son fils. Le fleuve céleste, dont les eaux ne tarissent jamais, charrie les âmes en ce bas monde. Mais le soleil seul ne suffit pas pour faire porter des fruits à la terre ; il faut encore l’intervention du degré appelé le « JUSTE ». Le soleil, même approché de la lune, ne saurait porter des fruits. Aussi, fallait-il que JOSEPH, qui est du degré appelé « JUSTE - TSADIK », s’unît à JACOB pour que sa descendance portât des fruits.

Il était très certainement le fils ayant été le plus marqué par la personnalité de son père JACOB. C’est donc en fonction de l’attention particulière dont il fut l’objet de la part de son père, malgré la jalousie de la part de ses frères dont il a eu tant à souffrir, que JOSEPH a réussi à maintenir intact l’héritage patriarcal, contribuant ainsi au salut du monde. Toujours selon le passage du ZOHAR déjà cité, nos maîtres vont jusqu’à dire que « quiconque souille le signe sacré de l’Alliance est aussi coupable que s’il adorait les dieux étrangers. Dans son exil d’Egypte, JOSEPH a su résister à la tentation. Selon Rabbi SHIMONE, il méritait d’être appelé JUSTE, et il fut de ce fait comparé à « une source d’eau vive ».

Son mérite inspira non seulement ses descendants directs, mais aussi toute la communauté d’Israël qui est l’héritage du Saint, béni soit-Il, ainsi qu’il est écrit : « JACOB est son héritage » (Deutéronome XXXII, 9). C’est en fonction de sa personnalité si riche, spirituellement parlant, que D.ieu accorda à JOSEPH tout ce qu’il avait mérité (Zohar sur Mikètz).

Son inimitié avec ses frères repose sur les deux songes qu’il eut l’imprudence de leur raconter dans lesquels il se voyait les dominant. Cela se réalisa effectivement lorsqu’il fut nommé vice-roi d’Egypte par le Pharaon auquel il avait donné l’interprétation des rêves que celui-ci avait eus, annonçant la famine qui allait sévir dans ce pays. En raison de la famine qui sévissait également dans le pays de Canaan, les frères venus s’approvisionner en Egypte, durent finalement reconnaître que ces rêves ayant causé la discorde entre eux étaient en réalité des signes envoyés par D.ieu, lorsqu’ils se rendirent compte que JOSEPH occupait un rang si éminent dans le pays d’Egypte.

Comme toutes les difficultés et les succès qu’a connus JOSEPH étaient liés à des songes, nous terminerons donc cette étude par ces deux versets de la Torah dans lesquels l’échanson raconte à JOSEPH le rêve qu’ils ont eu. Nous lisons en effet : « Dans mon songe il me semblait voir un cep de vigne ; que le cep avait trois sarments ; il semblait s’épanouir, la fleur sortait, ses grappes mûrissaient des raisins. (Genèse XL, 9 - 10).

Le Talmud (‘Houline 92) nous enseigne que le songe ne se rapporte pas toujours uniquement à celui qui l’a eu, mais concerne parfois d’autres personnes. Selon le Talmud, le cep symbolise la Torah ; les trois sarments, ce sont MOÏSE, AARON et MYRIAM. — « il semblait s’épanouir, la fleur sortait », c’est le Sanhédrin. — « ses grappes mûrissaient des raisins », ce sont les justes de chaque génération. Une autre interprétation nous est fournie par Rabbi YRMIYAHOU bar ABBA à propos du Psaume LXXX, verset 9 disant :  »Tu as fait émigrer une vigne de l’Egypte ». Les trois sarments, ce sont les trois fêtes de pèlerinage. « Il semblait s’épanouir, la fleur sortait » signifie que l’époque est venue où Israël deviendra prodigieusement nombreux, comme il est écrit  : « Les enfants d’Israël avaient augmenté, etc. » (Exode I, 7). « La fleur sortait » veut dire que la délivrance du peuple d’Israël est proche (voir ISAÏE LXIII, 3) - « ses grappes mûrissaient des raisins » — le châtiment de l’Egypte est imminent.

Selon le Zohar, le cep était l’image de la communauté d’Israêl ; les trois sarments désignent les COHANIM, les LEVITES et les ISRAELITES ; les boutons désignent les bénédictions qui émanent du Roi suprême ; et les raisins mûrs désignent les justes de ce monde qui sont comparables à des raisins mûrs. Tout ce que nous venons de dire se rapporte donc à l’histoire de JACOB et de son fils préféré JOSEPH. Leurs souffrances pour l’éducation de leurs enfants, leurs difficultés dans les conditions d’exil où ils vécu, nous les avons connues à travers les âges. Leurs exemples de lutte pour la défense du Nom Un doivent également nous inspirer pour que nous puissions enfin voir le jour se lever où nous ne connaîtrons plus ni exils ni persécutions, quand la Providence voudra enfin réaliser pour nous toutes les promesses de bonheur annoncées par les prophètes d’Israël.

HAPHTARA :

Le prophète AMOS dont est tiré le texte de notre Haphtara commence d’abord par faire de graves reproches à ses contemporains de la tribu de JUDAH, pour avoir « méprisé la Loi de l’Eternel et violé ses statuts. »S’adressant ensuite à ceux du royaume d’ISRAËL, il leur adresse le reproche « de vendre le juste (allusion à JOSEPH) pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales » (v. 6). Le prophète condamne donc tout autant ceux agissant mal au plan religieux que ceux qui commettaient des fautes dans le domaine du social et de l’humain. Nous savons en effet, qu’il y eut une époque, celle où les gens du royaume de JUDAH mettaient davantage l’accent sur les commandements religieux. Ils croyaient de ce fait pouvoir être moins scrupuleux en ce qui touchait leurs rapports avec leurs semblables. Ainsi, si le culte des sacrifice était bien accompli, les fidèles affluant en grand nombre au Temple, lors du Sabbat ou des jours de fêtes, si ces solennités étaient bien respectées, tout n’était en fait qu’apparence. Toute autre était l’attitude des habitants du royaume d’Israël. Ils étaient influencés par les mœurs païennes de leur entourage. Les pratiques religieuses étaient négligées, souvent tournées en ridicule. Seules étaient respectées les règles de conventions sociales. Les deux catégories de gens commettaient la grave erreur de ne privilégier qu’une partie de leurs obligations, alors que le religieux, le social, l’humain, forment un ensemble harmonieux dont rien ne doit être négligé. Faire un choix entre les 613 commandements de la Torah ne peut se faire au détriment de tout le reste. Il est impensable de vouloir se créer une religion personnelle. C’est celle que nous avons reçue de nos ancêtres que nous devons transmettre de manière aussi intacte que possible à nos descendants. Tout ce qui précède peut s’illustrer par l’interprétation du passage suivant par lequel AMOS transmet le message divin en disant : « C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre. » (AMOS III, verset 2). Ce texte souligne clairement les relations étroites existant entre D.ieu et le peuple juif. Devenu un peuple dans des conditions difficiles et particulières, ISRAËL ne peut oublier ce qu’il doit à la Providence divine qui n’a cessé de le protéger. A ce titre, il se doit de ne pas renoncer à pratiquer la Loi de D.ieu. C’est donc le peuple juif auquel nous appartenons depuis des millénaires qui est pour toujours le porte-parole et le messager à travers l’univers tout entier. Ces relations privilégiées entre D.ieu et ISRAËL imposent donc des responsabilités plus grandes, plus lourdes, selon le principe : « Je veux être sanctifié par ceux qui m’approchent. » (Lévitique X, 3). Cela reste l’enseignement fondamental et permanent du Judaïsme.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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