Parasha vayishlach 5768

Chabbath 24 novembre 2007 - 14 Kislev 5768 - Début : 16 h 44 - Fin : 17 h 51
publié le mercredi 21 novembre 2007
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : Genèse XXXII, 4 - XXXVI, fin : JACOB, nommé ISRAËL ; mort d’ISAAC. Haphtarah : OBADIA : Châtiment d’ESAÜ-EDOM.

publicité

Commentaires sur la Torah :

Différentes raisons sont invoquées pour expliquer la mort prématurée de RACHEL, l’épouse préférée de JACOB. Selon certains, ce serait une conséquence des paroles prononcées par celui-ci au moment de la perquisition de LABAN, cherchant ses pénates : « Quant à celui que tu trouverais en possession de tes dieux, qu’il cesse de vivre ! » (Genèse XXXI, 32). (RACHI : Rachel est morte à cause de cette malédiction).

On peut se demander également pour quelle raison RACHEL est morte aussitôt après avoir complété le nombre des douze tribus, puisqu’elle disparut en mettant au monde son second fils BENJAMIN, douzième des fils du patriarche JACOB. A cela, Rabbi ELEAZAE répondit : « C’était pour que la CHEKHINA prit sa place auprès de ses enfants. Avant la Clémence (RAHAMIM), c’est toujours la Rigueur (DIN) qui sévit : la Rigueur prépare la Clémence. Avant de s’élever dans les régions célestes, l’âme subit la douleur de voir périr le corps qu’elle avait animé... Les peuples quant à eux païens subissent la Clémence avant la Rigueur, et c’est ce qui cause leur perte, alors que ceux que D.ieu aime éprouvent la Rigueur avant la Clémence ».

Une autre raison à cette mort prématurée de RACHEL est mentionnée par le ZOHAR disant qu’elle est due au manque d’empressement de JACOB à accomplir son vœu : « JACOB prononça un vœu en ces termes : « Si le Seigneur est avec moi, s’il me protège dans la voie où je marche, s’il me donne du pain à manger et des vêtements pour me couvrir ; su je retourne en paix à la maison paternelle, alors le Seigneur aura été un D.ieu pour moi ; et cette pierre que je viens d’ériger en monument deviendra la maison du Seigneur, et tous les biens que tu m’accorderas, je veux t’en offrir la dîme. » (Genèse XXVIII, 22).

N’ayant pas accompli immédiatement son vœu, JACOB fournit à son accusateur matière à accusation. Aussi, à l’heure où RACHEL était en danger de mort, l’accusateur du monde dit devant le Saint, béni soit-Il : « JACOB a fait un vœu et ne l’a pas accomplir....Pourquoi ne le châtierais-tu pas ? » Aussitôt après ce réquisitoire, arriva ce que dit le texte : « Et RACHEL enfanta, et elle éprouva de grandes douleurs... ». Aussi, semble-t-il, JACOB fut puni pour avoir tardé à accomplir son vœu..... Mais d’où savons-nous que RACHEL est morte à cause de JACOB ? — Du verset suivant : « Et lorsque je revenais d’ARAM, RACHEL est morte à moi « ALAÏ ». (Genèse XLVIII, 7), ce qui veut dire « à cause de moi. »

La mort de RACHEL, ainsi que son enterrement, devaient avoir un sens caché par rapport à l’avenir du peuple. Le verset : « c’est le monument du « Tombeau de RACHEL, qui subsiste encore aujourd’hui » (Genèse XXXV, 20), est interprété selon Rabbi YEHOUDA « jusqu’au jour où la CHEKHINA se rendra en exil avec ISRAËL. (Berechith Rabba 82 - Talmud Baba Bathra 73). Le ZOHAR cite le passage du prophète JEREMIE (XXXI, 15 - 17) : « Une voix se fit entendre à Rammah... C’est RACHEL qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus ! Or, dit le Seigneur , que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Eternel, ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur ; tes enfants rentreront dans leur pays » Voici la promesse que le t, béni soit-Il, a faite à ISRAËL ; lorsqu’il reviendra de l’exil, il s’arrêtera et pleurera sur le tombeau de RACHEL, comme elle avait pleuré pendant toute la durée de son exil. C’est pourquoi le verset dit : « Avec de (douces) larmes ils reviendront et de touchantes supplications » (JEREMIE XXXI, 9). Et plus loin : « ....Car il y aura une compensation à tes efforts » (JEREMIE XXXI, 16). C’est à cette époque que RACHEL se réjouira avec ISRAËL et la CHEKHINA. (ZOHAR, sur VAYICHLACH).

L’on doit se souvenir que ce passage prophétique est lu dans la Haphtara de l’office du matin du 9 AV (TICHA BEAV), lorsque l’on rappelle la destruction des deux Temples de JERUSALEM qui entraîna pour l’histoire du peuple juif toutes sortes de persécutions et d’exils dont nous avons toujours été marqués jusqu’à nos jours.

Terminons cette étude en rappelant que RACHEL fut enterrée dans la part de la terre de CANAAN dévolue à BENJAMIN. (SIFRE, cité par NACHMANIDE). Cette parcelle de terre devait unir l’Occident à l’Orient, la Rigueur avec la Clémence. C’est seulement de RACHEL que la Bible indique la mort et l’enterrement, mais non pas de LEA. Les quatre mère fondatrices du peuple d’ISRAËL, SARAH, REBECCA, RACHEL et LEA sont à l’image du mystère suprême.

Rappelons enfin qu’au début de notre paracha, avant la rencontre devant aboutir à la réconciliation entre JACOB et ESAÜ, le patriarche craignant pour sa vie s’adresse à D.ieu en disant : « Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main d’ESAÜ.... » (Genèse XXXII, 12). Malgré les assurances dont il avait été l’objet da la part de D.ieu préalablement à cette rencontre, JACOB ne peut s’empêcher d’éprouver un mouvement de frayeur. Selon le Talmud, Meguilah 6 a, il dit à D.ieu : « Maître du Monde, n’exauce pas les vœux d’ESAÜ, et ne permets pas à ses machinations d’aboutir ». Ceci se rapporte au royaume de « GUERMANIA » capitale d’EDOM, car si lui et ses hordes sauvages sortent de leur pays, c’est pour ruiner le monde ! » A partir de cette remarque, comment ne pas faire le rapprochement entre la SHOAH que nous avons subie de la part de ceux que l’on peut considérer comme les descendants d’ESAÜ - EDOM, ennemis héréditaires du peuple d’ISRAËL ? La réconciliation des deux frères ennemis ne pourra intervenir qu’à la fin des temps annoncée par nos prophètes.

Le passage talmudique que nous venons de citer fait allusion aux paroles du roi DAVID : « N’accorde pas, Eternel, les demandes de l’impie, ne laisse pas s’accomplir leurs perfides desseins ! » (Psaumes CXL, 9). Nous voyons ici encore, combien ces passages bibliques s’accordent parfaitement avec les intentions malveillantes de destruction d’ISRAËL et notre peuple que brandissent certains Chefs d’Etats de l’époque moderne. Comme le patriarche JACOB, il nous faut prier et garder confiance en l’Eternel pour que rien d’irrémédiable de ne se produise.

HAPHTARA :

Nous venons d’évoquer les relations tendues puis apaisées entre les deux frères ennemis qu’étaient JACOB et ESAÜ. C’est ce même thème que nos Sages ont retenu pour la lecture de notre Haphtara, en utilisant le seul chapitre que nous connaissons du prophète OBADIA. Au verset 18 de son texte, nous lisons ceci : « La maison de JACOB sera un feu, la maison de JOSEPH une flamme, la maison d’ESAÜ un amas de chaume : ils le brûleront, ils le consumeront, et rien ne survivra de la maison d’ESAÜ. » Sur ce passage biblique, le célèbre commentateur du 19° siècle que fut MALBIM nous fournit l’enseignement suivant : « EDOM (descendant d’ESAÜ représenté plus tard par ROME) a fait du mal à ISRAËL lors de la destruction du premier Temple à JERUSALEM. On s’est alors réjoui de cette catastrophe frappant le peuple juif. Plus tard, lorsque se produisit la destruction du second Temple, provoquée par les Romains, on s’est alors réjoui de cette nouvelle catastophe frappant le peuple juif, comme le démontre Don Isaac ABRAVANEL dans son commentaire sur le chapitre XXXIV du Livre d’ISAÏE. Même les fils d’EDOM que HERODE convertit au Judaïsme en les faisant circoncire, sont venus pour participer à la destruction de la ville sainte et sont ainsi devenus des ennemis des Juifs. Par la suite, leur foi païenne christianisée s’est répandue et sous leur influence, les enfants d’ISRAËL ont souffert de l’Exil et des meurtres innombrables dont ils furent les victimes durant de nombreux jours. Dans le futur, tous les adeptes de cette Foi se rassembleront pour conquérir ERETZ ISRAËL de l’emprise d’ISMAËL, aisni que nous lisons dans le Livre d’EZECHIEL, aux chapitres XXXII, XXXVIII et XXXIX, lorsqu’il parle des guerres que lanceront GOG et MAGOG.

Il est évident, à la lecture de ces passages, que nous voyons se profiler les événements que le monde actuel connaît à travers les luttes d’influences entre l’OCCIDENT et l’ORIENT, opposant le monde chrétien à l’ISLAM, au milieu desquels les JUIFS risquent toujours d’être les premières victimes. C’est à la lumière de ces quelques indications que l’on doit observer tout ce qui touche de nos jours au conflits Israélo-Palestinien, auquel veulent se mêler ROME et d’autres puissances mondiales, toutes intéressées à tirer leur épingle du jeu.

La prophétie d’OBADIA, sujet de notre réflexion, nous montre bien à quel point, dès les origines, l’existence du peuple juif fut ballottée entre toutes sortes d’adversités. Malgré tout, si menacé qu’il fut, il n’a dû sa survie qu’)à l’incessante protection divine dont il bénéficia. Aucun des projets funestes ourdis contre nous n’a pu réussir. La volonté farouche de survie dont fit preuve JACOB nous a aidés dans notre opposition à tous les ESAÜ se dressant sur notre chemin. Nous avons gardé confiance en notre destin privilégié par la volonté divine. C’est donc dans ce sens que nous devons lire et comprendre le dernier verset de notre Haphtara disant : « Et des libérateurs monteront sur la montagne de SION, pour se faire les justiciers du mont d’ESAÜ ; et la royauté appartiendra à D.ieu. N’oublions pas, malgré tout, que notre triomphe final sera conditionné par notre volonté de rester les dignes et courageux descendants de JACOB.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables