Parasha Vayetse 5768

Chabbath 17 novembre 2007 - 7 Kislev 5768 - Début : 16 h 51 - Fin : 17 h 57
publié le mardi 13 novembre 2007
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Lecture de la Torah : GENESE XXVIII, 10 - XXXII, 3 : JACOB à l’étranger. Haphtara : OSEE XI, 7 - XIII, 5 ; Achkenazim : OSEE XII, 13 - XIV, 10 : Défaillance et réconciliation.

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A la suite des menaces de mort pesant sur lui, JACOB doit s’enfuir de la maison paternelle pour trouver refuge chez son oncle LABAN, frère de sa mère REBECCA. Nous connaissons le rôle salvateur de celle-ci, comme toute mère qui se respecte et cherche le bien d’un enfant en danger. Dans sa fuite, JACOB passe la première nuit à la belle étoile. S’entourant de grosses pierres par crainte de bêtes sauvage, il fait un rêve dans lequel il aperçoit une échelle reliant la terre et le ciel sur laquelle montent et descendent des anges. D.ieu lui apparaît à ce moment et le rassure quant à son avenir.

Selon un chercheur en Bible, Benno JACOB dans son ouvrage « GENESIS », les nombreux rêves indiqués dans le livre de la Genèse (Berechith) se divisent en deux groupes : 1° Les rêves dans lesquels D.ieu s’adresse à un homme. (voir Genèse XX, 3 - XXXI, 24). 2° Les rêves au moyen desquels D.ieu transmet un message, comme par exemple les rêves de JOSEPH (qui se réaliseront dans le futur), les rêves de l’échanson, du chef-boulanger, qui tous deux demandent à JOSEPH leur co-détenu, de le leur interpréter. Dans ce genre de rêves, l’apparition de D.ieu se fait par images, comme les gerbes s’inclinant devant JOSEPH ou les étoiles dont il serait le point central, autant de figures et de symboles nécessitant une explication. Le rêve que fait JACOB dans notre paracha, comporte la célèbre promesse faite par D.ieu de le protéger et il débute également par une vision, celle de l’échelle. Là encore, tout ce qu’il voit a fait l’objet de nombreuses possibilités d’interprétations. Lisons donc le texte en question :

« Et voici une échelle posée à terre dont le sommet atteignait le ciel ; et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle. Puis l’Eternel apparaissait au sommet » (Genèse XXVIII, 12 - 13)

Ce passage a fortement intéressé les exégètes, les penseurs, les écrivains et les poètes de toutes les époques. Nous examinerons ici l’une des nombreuses interprétations. Elle est tirée du Midrash TAN’HOUMA sur VAYETSE, chapitre 2, que NACHMANIDE reprend également à son compte : « Rabbi SAMUEL fils de Rabbi NACHMAN a dit : « et voici des messagers divins montaient et descendaient ». Il s’agit là des princes des nations païennes. Le Saint Béni soit-Il a montré à notre ancêtre JACOB le prince de BABYLONE, montant soixante-dix échelons et les descendant. Le prince de MEDE montait et descendait cinquante-deux échelons, celui des GRECS cent échelons, tandis que celui d’EDOM (ROME) montait sans que l’on sache combien d’échelons il gravissait. A cet instant, JACOB notre Père s’effraya et dit : « peut-être que celui-ci ne descendra pas (c’est-à-dire qu’il triomphera). » D.ieu lui répondit : « Ne crains donc rien, ô toi, mon serviteur JACOB » dit l’Eternel, « ne sois point alarmé, ô ISRAËL ! » (JEREMIE XXX, 10) Autrement dit, même si tu le vois monter et s’installer tous près de moi, je le ferai descendre de là où il se trouvera (il ne pourra triompher sur toi JACOB) , ainsi qu’il est dit : « Quand même tu fixerais ton aire aussi haut que l’aigle et la placerais dans la région des étoiles, je t’en précipiterais » dit l’Eternel. » (OBADIA I, 4)

En concordance avec ce Midrash, OBADIA SFORNO (exégète et médecin du 15° - 16° siècle) sur les termes « montaient et descendaient » dit : « car en vérité, en fin de compte, les nations après avoir atteint des sommets, en descendront, et D.ieu Béni soit-Il qui existera toujours, n’abandonnera pas son peuple (le peuple juif) selon la parole du prophète JEREMIE XXX, 11 disant : « Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples parmi lesquels je t’aurai dispersé, que toi, je ne te détruirai pas ».

Selon ce Midrash et cet exégète, il semble bien que l’explication du rêve de JACOB et l’espérance qu’il laisse entrevoir ne sont que des images de l’histoire humaine, nous décrivant l’ascension et la chute de nations, leurs cultures, et ce, jusqu’à la fin des temps. On peut se demander alors, en quoi cela concerne le songe de JACOB, qui, fuyant la colère de son frère, s’en va au loin pour trouver femme avec la volonté de perpétuer ainsi la descendance d’ABRAHAM et celle d’ISAAC ? En fait, la réponse apportée par notre Midrash vient nous indiquer qu’il ne s’agit pas dans notre paracha de JACOB, l’individu, mais de celui qui incarne le peuple d’ISRAËL. Nous trouvons là l’image d’une nation errante, quittant sa terre, marchant de génération en génération parmi des nations géantes, exilée d’un payas à un autre, observant l’ascension et la chute de peuples et de royaumes, telles l’EGYPTE, l’ASSYRIE, la BABYLONIE, la PERSE et la GRECE.

Le rabbin cité dans notre Midrash, contemporain de l’époque romaine, n’a pu déjà voir la chute de cet Empire, ni celle de nombreux royaumes chrétiens ultérieurs, tous indiqués dans la littérature rabbinique sous le titre général de EDOM. Voulant consoler le patriarche JACOB, le midrash se sert donc du texte du prophète OBADIA annonçant la chute future de cette puissance qu’a longtemps représentée ROME. L’échelle que JACOB voit en rêve se rapporte aussi au TEMPS où l’ascension d’un peuple sera conditionnée par la chute d’un autre. Il ne s’agit pas d’une échelle n’ayant aucune limite, car seul HACHEM se trouve à son sommet.

Lui seul est Maître de l’Histoire. Il est Celui qui peut faire des promesses selon lesquelles ceux qui s’élèveront peuvent aussi être rabaissés. L’image décrivant la fin des temps n’a plus rien à voir avec l’échelle du songe de JACOB, mais plutôt la représentation de la Montagne de D.ieu symboliquement plus élevée que les autres montagnes, montagne vers laquelle afflueront à la fin des temps toutes les nations. (ISAÏE II, 2)

Très différente est l’explication fournie par RACHI. Il ne s’écarte pas des limites de notre récit biblique, ne s’écartant pas de l’époque ou de l’espace dans lesquels évolue le patriarche. Il le voit simplement abandonnant le pays de CANAAN pour se rendre à PADAN ARAM, fuyant le courroux de son frère. Concernant le songe de JACOB, RACHI formule une remarque exégétique. Sur les termes « ils montaient et descendaient », il pose la question suivante : « comment peut-on d’abord monter et descendre ensuite ? » En général, les anges sont au ciel et devraient plutôt d’abord descendre et remonter ensuite. A cela il répond : « Il s’agit d’anges ayant accompagné JACOB durant son parcours en Terre Sainte mais ne quittant pas celle-ci. Ils remontent dans les cieux et d’autres viennent prendre la relève pour accompagner ce patriarche dans son périple à l’extérieur du pays d’ISRAËL ».

Cela revient donc à dire que les démarches humaines, les difficultés de l’Homme, ses malheurs, ses épreuves, ses difficultés ne peuvent se comparer aux missions remplies par les anges sur ordre divin. Ceux-ci ont pour mission de se relayer pour protéger JACOB. C’est ainsi que débute notre paracha avec la vision d’anges et elle se termine également par une vision semblable, ainsi qu’il est écrit à son retour d’exil : « JACOB poursuivit son voyage ; des envoyés du Seigneur se trouvèrent sur ses pas » (Genèse XXXII, 2).

Tel est aussi le destin que connaît dans son ensemble le peuple juif, soutenu dès le départ par une protection divine qui doit se poursuivre jusqu’à la fin des temps. C’est ce qu’a sans doute voulu nous décrire ce magnifique passage des Psaumes dans lequel le chantre éclairé que fut le roi DAVID nous dit : « car à ses anges Il (le Seigneur) a donné mission de te protéger en toutes tes voies. Sur leurs bras ils te porteront, pour que ton pied ne se heurte à aucune pierre. » (Psaumes XCI, 11 - 12). Notre parcours à travers le monde, avec toutes les tribulations que nous avons sans cesse rencontrées, s’apparente bien au destin vécu par JACOB. Il l’a assumé et n’a pas faibli. Il nous a tracé la voie difficile de notre mission à travers le temps et l’espace. La protection divine continue envers et malgré tout à s’exercer en notre faveur.

HAPHTARA :

Comme nous venons de le rappeler, le peuple d’ISRAËL a bien souvent connu des périodes d’incertitude. Selon le prophète OSEE, cela est dû à son esprit de rébellion contre D.ieu. Malgré les appels incessants et pressants des prophètes, il a souvent désobéi aux ordres du Très-Haut. (RADAK et IBN EZRA)

Nous ne sommes pas toujours en droit de mériter la sollicitude divine, et malgré cela, D.ieu ne laisse pas éclater entièrement Sa colère contre nous. Il ne peut manquer d’accomplir les promesses faites à nos ancêtres, en raison de Sa gloire qui est malgré tout présente au milieu de Son peuple élu. C’est ainsi que nous lisons au chapitre XI, verset 9 du prophète OSEE : « Car je suis D.ieu et non un mortel, le Saint qui réside au milieu de toi : je ne viendrai point armé de terreur »

Cette promesse est aussi une allusion à la manière selon laquelle D.ieu n’habitera point la JERUSALEM céleste avant que ne soit véritablement restaurée la JERUSALEM terrestre, encore longtemps objet de contestation, comme dans la situation vécue à l’origine par le patriarche JACOB face aux intimidations que lui lançait ESAÜ. Nous sommes tous invités à participer à cette mission de reconstruction et de rénovation, face à ceux qui n’envisagent que ruines et désolation. Il nous faut pour cela agir de telle sorte qu’à l’instar du patriarche JACOB, qui, sur le chemin de l’exil, eut la force de construire un autel à la gloire de D.ieu, à l’endroit où plus tard, devait s’élever le Temple de JERUSALEM, nous soyons de ceux qui oeuvreront pour la gloire du Très-Haut. Il nous accordera sans aucun doute le privilège de nous abriter sous Son aile protectrice, dans la JERUSALEM enfin pacifiée et unifiée pour toujours.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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