« Le prix d’une vie... »

BILLET DU 4 NOVEMBRE 2007
publié le samedi 3 novembre 2007
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Bonjour,

Que penser de l’affaire de l’Arche de Zoé qui fait l’actualité depuis une semaine ? Pour le Gouvernement français la question est réglée. Il s’agit d’une ONG qui a agi en dépit du bon sens humanitaire et des mises en garde en enlevant à leurs familles 103 enfants qui, loin d’être soudanais et victimes des massacres au Darfour, seraient des enfants tchadiens arrachés à leurs parents pour assouvir les besoins des familles françaises en mal d’enfants. L’accusation est grave car la France condamne ses ressortissants d’enlèvement d’enfants. On a même entendu parler d’un réseau pédophile avant que l’accusation ne soit levée.

J’avoue être assez circonspect dans cette affaire. Les interrogations sont nombreuses et restent à ce jour sans réponse. Comment la France n’a t-elle pu prévenir les agissements de cette ONG ? Pourquoi cette association française de Loi 1901 n’a t-elle pas été dissoute face à sa « dangerosité » ? Pourquoi aucun média n’a même laissé échappé une fuite journalistique sur ces malversations en envoyant au contraire trois journalistes couvrir l’événement ? J’ai tendance à me méfier d’une opinion qui se précipite sur une vérité étatique. Car l’Arche de Zoé est devenue une affaire d’Etat. Nul ne peut oublier que l’actuel Ministre des Affaires étrangères est celui qui a préconisé « l’ingérence humanitaire » et le devoir d’intervention. On nous présente les militants de cette association comme des baroudeurs de l’humanitaire n’ayant comme seul souci le profit qu’ils pourraient tirer de la misère de l’humanité. Mais cette association a été créée en 2004 après le Tsunami et il semblerait que leurs actions jusque-là, n’aient pas fait l’objet de contestations.

Revenons-donc à ces 103 enfants car c’est bien là l’essentiel. Ils proviennent tous d’une région qui est un no man’s land entre le Tchad et le Soudan, région qui est elle-même à la limite du Darfour. Est-ce que ces enfants souffrent ? La réponse est oui. Etaient-ils en danger de mort ? La réponse est oui si l’on en juge par les propos de médecins qui les ont soignés. Cela donne t-il pour autant le droit de les soustraire à cet environnement pour les acheminer dans des familles occidentales ? La réponse est bien entendu non. On a souvent entendu le Talmud venir en aide de l’Arche de Zoé en affirmant que « quiconque sauve une vie humaine sauve l’humanité toute entière ». Je suis persuadé que les intentions de cette association étaient nobles en voulant sauver des enfants. Pour autant la suite l’est moins. Mais une fois encore, un avion qui est arrêté sur le tarmac d’un aéroport, d’extrême justesse, me laisse perplexe. La promptitude de la France à condamner ses ressortissants en jugeant leur action « illégale et irresponsable » est sidérante. Je crains que les intérêts politiques et économiques entre le Tchad et la France aient été privilégiés au détriment de treize personnes. Rappelons-nous que, cet été, la France est parvenue à imposer qu’une force d’interposition prenne place au Tchad contre l’avis du Président tchadien. La situation était trop belle pour que le Tchad réaffirme sa souveraineté avec cette affaire de l’Arche de Zoé.

Les jours qui viendront risquent bien de nous annoncer de nouveaux rebondissements qui nous feront revoir notre jugement d’aujourd’hui.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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