« Marchons, marchons... »

Billet du 21 octobre 2007
publié le dimanche 21 octobre 2007
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Bonjour,

Comme cela nous manquait ! Je parle de la paralysie des transports durant deux jours. Les embouteillages, les cortèges de personnes qui pressent le pas dans la rue pour se rendre au travail avec tout de même une nouveauté : le vélo qui s’est invité dans le paysage d’un jour de grève. On se serait cru en Hollande, l’habilité à manier le guidon en moins. C’est là une spécialité bien de chez nous qui fait de la grève davantage qu’un droit, un devoir. Vous aurez observé que jusque dans l’hymne national, « La Marseillaise » les conséquences de la grève sont présentes : « Marchons, marchons... ». C’est une autre spécificité française, une exception culturelle en sorte que de considérer qu’au-delà des cinq semaines de congés payés, des jours fériés, des RTT se trouvent les jours de grève. C’est un droit légitime pour autant qu’il soit utilisé pour de bonnes revendications. Et là je dois vous avouer que j’ai peine à comprendre les subtilités des revendications autour de la défense des acquis sociaux en terme de retraite des régimes spéciaux. Je ne vais pas me lancer dans l’énumération des métiers qui représentent une telle pénibilité qu’il conviendrait de leur conférer un traitement particulier, mais là vraiment il y a un anachronisme total entre un statut reconnu en un temps donné et la réalité de la pénibilité d’un travail aujourd’hui.

Prenons simplement le cas d’une modeste caissière qui gagne péniblement la moitié d’un salaire minimum avec des horaires au bon vouloir d’un employeur en ayant à passer plus de quatre heures dans les transports en commun faute de moyens pour habiter près de son lieu de travail : n’est-ce pas pénible ? Le travail, par définition est pénible, c’est un labeur. La Torah nous enjoint, durant six jours de travailler, afin de mériter le repos du Shabbath. Nos Maîtres étaient des travailleurs, Hillel qui était bûcheron, Rabbi Yehouda qui était boulanger, Rabbi Yohanan ben Zakkaï qui était cordonnier, Rabbi Isaac qui était forgeron et l’on pourrait multiplier les exemples. Les Pirké Avot déclaraient ainsi ceci : « Grande est l’étude de la Torah accompagnée d’une activité professionnelle, car en peinant sur les deux, l’homme oublie le péché ». La tradition juive nous enjoint à la pénibilité dans le travail, c’est là le seul moyen de gouter au repos du Shabbath. Certes les avancées sociales sont remarquables et nul ne souhaiterait réellement effectuer, selon la Torah, une semaine d’environ cinquante heures de travail avec un seul jour de repos dans la semaine. Il est toutefois intéressant d’observer que le mot « travail » en hébreu, « avodah » est le même que celui qui désigne le culte. C’est avec autant de minutie, de scrupule et d’effort, que nous mettons à servir D.ieu, que nous devons effectuer notre labeur. L’égalité dans le travail n’est donc pas dans le statut du travailleur mais dans l’intensité de nos efforts à travailler. Alors n’en déplaise aux grévistes, mieux vaut avoir un travail pénible que de ne pas en avoir du tout !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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