« Cher Richard Prasquier... »

BILLET DU 14 OCTOBRE 2007
publié le samedi 13 octobre 2007
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Bonjour,

Monsieur le Président du CRIF, cher Richard Prasquier,


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Vous avez, le 11 octobre, signé une tribune dans « Le Figaro » dans laquelle vous expliquez pourquoi vous ne signerez pas l’une des pétitions qui circulent actuellement contre l’utilisation de l’ADN pour contrôler le regroupement familial. Il convient déjà de faire le tri de ces pétitions pour retenir la plus officielle à l’initiative conjointe de « Charlie Hebdo » et de « SOS Racisme ». Cette pétition qui réunit des personnalités pour la plupart estimables et qui comptent, dans la communauté, parmi des figures importantes et respectables ne méritent pas que vous, cher Richard Prasquier, réduisiez leurs signatures à un ralliement à des thèses qui ne figurent pas dans l’énoncé de la pétition. Ceux qui ont crié au retour de Vichy ou au nazisme avec l’amendement Mariani, ne sont pas les signataires de la pétition. Les pétitionnaires sont au contraire bien réfléchis. Ils dénoncent ceci : « En instaurant des tests ADN pour prouver une filiation dans le cadre d’un regroupement familial, l’amendement Mariani, adopté par l’Assemblée Nationale, fait entrer la génétique dans l’ère d’une utilisation non plus simplement médicale et judiciaire mais dorénavant dévolue au contrôle étatique ».

Il n’est pas question de revenir sur les progrès significatifs de l’ADN tant dans la médecine que dans le cadre d’enquêtes judiciaires mais c’est précisément son utilisation en dehors du cadre de la loi bioéthique qui pose problème. Vous prétendez, et j’avoue ne pas saisir la démonstration, que « l’ADN est une arme contre le racisme ». L’ADN n’est pas une « arme » mais un outil scientifique. Vous le dites vous-même, vous devez aux failles des méthodes d’identification durant la guerre d’avoir eu la vie sauve. Mais pas seulement. C’est aussi et surtout parce que des français non-juifs, que vous avez tant de fois reconnus dans leurs mérites, ont su sauver des juifs au risque de leur propre vie.

Personne ne pense raisonnablement que la France entend tenir des fichiers génétiques de toutes les personnes résidant sur le sol français. Tel n’est pas l’enjeu. Vous avez raison de souligner la solidité des institutions républicaines. C’est précisément parce que la France est dotée d’un arsenal législatif solide mais aussi d’une tradition d’accueil et de générosité que le recours aux tests ADN ne semble pas justifié. Le patrimoine génétique de l’homme ne détermine pas sa nature. La France se doit de considérer les cas particuliers avant de les exclure ou de les inclure par un test dans la collectivité nationale.

Sera t-on demain aussi scrupuleux dans le cadre d’un regroupement familial pour des personnes issues de pays occidentaux que de pays sous-développés ? Il convient de dire à quel point ce débat dépasse les clivages politiques. Il s’agit d’un véritable cas de conscience. Peut-être que les partisans de ce test ont raison et peut-être que leurs intentions sont bonnes. Je ne le pense pas pour ma part. Je préfère faire confiance aux lois actuelles de mon pays et à l’intelligence de nos dirigeants pour trouver des solutions plus consensuelles en ne faisant pas de la science un outil au droit du sol.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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