Yom Kippour 5768

Chabbath 22 septembre 2007 - 10 Tichri 5768 - Début : vendredi 24 septembre 2007 à 19 h 33 - Fin : 20 h 34
publié le lundi 17 septembre 2007
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Lecture de la Torah : 1er rouleau : Lévitique XVI : KIPPOUR au TEMPLE. 2ème rouleau : Nombres XXIX, 7 - 11. HAPHTARA : ISAÏE LVII, 14 - LVIII, 14 : Le vrai jeûne. Pour MIN’HA : Lévitique XVIII : Unions incestueuses. HAPHTARA : Livre de JONAS et MICHEE VII, 18-20 : Comment obtenir le pardon ?

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Commentaire :

A KIPPOUR, nous sommes tous présents. Nous sommes rassemblés à la synagogue par une force irrésistible. Nous sommes rassemblés comme nous l’avons toujours été, dans la solennité du jour, dans la blancheur des châles de prières, dans le murmure de la prière qui va vers le dedans et s’élève ensuite vers le ciel. On pourrait ainsi parler du mystère de KIPPOUR. On peut dire que même à ceux qui ont plus ou moins tout oublié, un murmure venu de l’antique tradition rappelle que ce jour-là il est présent au grand rendez-vous annuel. Nous nous réunissons alors dans un même élan de solidarité, tendus à l’extrême, devant le Juge Suprême. Nous sommes prêts à entendre Sa sentence, pour des actes dont nous n’avons pas toujours conscience de les avoir commis. Mais qu’importe ! Le mystère de Kippour est toujours là, d’année en année, pour nous réconforter, nous redonner espoir et confiance.

Qu’est-ce qui peut donc motiver ces sentiments d’espoir et de confiance en la Providence divine que nous venons ainsi solliciter ? Tout simplement la lecture et la compréhension d’un passage biblique que nous répéterons à plusieurs reprises durant cette journée de KIPPOUR. Nous dirons en effet : « En ce jour, D.ieu vous accordera le pardon afin de vous purifier ; de tous vos péchés devant D.ieu vous serez purifiés. » (Lévitique XVI, 30). C’est donc ce verset qui fonde l’idée du pardon dont nous bénéficions grâce à KIPPOUR. Cette journée nous apporte indéniablement le pardon pour les péchés commis envers D.ieu. Lui seul sait d’ailleurs combien grandes sont nos faiblesses et combien nous sommes souvent guidés par nos passions. Mais Il nous apporte aussi le pardon pour les fautes commises envers notre prochain, à condition toutefois, que nous ayons préalablement réparé nos torts envers nos semblables. Ainsi, l’effort que nous exigeons de nous-même à l’occasion de KIPPOUR est double : D’une part, par le jeûne et la pénitence, nous avons la possibilité de corriger notre conduite envers D.ieu. D’autre part, nous demandons pardon à celui que nous avons offensé, et cette réparation des préjudices matériels ou moraux suppose beaucoup de courage et de lucidité. Sans ce rétablissement de la balance des droits et des devoirs des hommes, KIPPOUR ne remplirait pas son rôle auprès de nous. Comme pour mieux nous y introduire, nous ne pouvons rester insensibles à la beauté des chants, en particulier à la liturgie du KOL NIDRE. Il s’agit, comme cela se pratique dans toutes les communautés juives, d’affirmer à trois reprises, notre volonté d’annuler les vœux que nous avons contractés tout au long de l’année. Ainsi, l’année dernière déjà, nous demandions l’annulation des voeux prononcés précédemment et ceux que nous ferions par la suite. Cette année encore, nous récitons la même formule. Il semble que ce soit un constant recommencement. Il y a là la preuve entre autres, que D.ieu ne désespère pas de nous voir reprendre le bon chemin. Il connaît nos tentations, nos velléités, mais Il accepte aussi de nous redonner chaque fois nos chances de régénération, de renaissance spirituelle. Mais quel sens profond recèle donc ce texte de KOL NIDRE qui n’est pas à vrai dire une prière mais une invitation à tous les pécheurs à se réunir, à se regrouper, sans aucune forme d’exclusion à l’égard de qui que ce soit ? Sa composition et sa mise en place remontent à peu près au 9ème siècle. Il nous rappelle qu’en formulant un voeu, nous avons pu nous imposer une privation et par mégarde l’avoir transgressé. Pour ne pas être fautifs, nous le déclarons nul, dès le début de l’année. Il convient de préciser que la réserve faite par KOL NIDRE ne peut avoir d’effet que sur les voeux ou les serments par lesquels s’engage une privation ou un devoir envers nous-mêmes. Elle n’a de valeur pour les promesses ou les serments faits à d’autres. Se soumettre à cette obligation d’annuler les voeux ne signifie nullement que nous cherchions par là à nous soustraire à nos engagements et à nos obligations, comme l’ont souvent prétendu nos adversaires ne comprenant pas le sens profond de ce KOL NIDRE. Rappelons seulement que dans le traité talmudique de NEDARIM consacré aux voeux, on nous apprend que si nous en formulons un, c’est que nous avons la prétention de mettre nos actes à la hauteur de nos intentions. Or, l’expérience humaine nous rappelle que cela n’est pas toujours possible, pour de multiples raisons, parfois indépendantes de notre volonté. En prêtant serment, nous tentons de conforter l’idée selon laquelle nos actes se veulent en aussi parfaite adéquation que possible avec les intentions qui les sous-tendent. Mais l’adéquation parfaite n’est possible que pour D.ieu. Pour nous, cela est quasiment impossible, mais en nous soumettant au rituel mystérieux du KOL NIDRE, nous reconnaissons notre faiblesse. Aussi, avons-nous toutes les raisons de demander à D.ieu d’accepter d’effacer nos fautes. Cela ne nous dispense pas pour autant, de renouveler nos efforts, de tenter de progresser dans la voie du bien, même si nous ne sommes pas assurés à l’avance du résultat positif et du succès. D.ieu ne veut pas la mort du pécheur dit le prophète EZECHIEL. Il nous offre tout au long de notre existence, de multiples occasions de régénération spirituelle. Il nous invite à reconnaître avec humilité les limites de nos possibilités mais à ne pas désespérer de nous-mêmes, pour peu que nous sachions nous engager dans la voie préconisée par l’enseignement de la Tora et des Prophètes, et à tenter de faire dans l’année à venir ce que nous n’avons pu réaliser précédemment. Tel est brièvement rappelé le sens de ce texte de KOL NIDRE. Il ne cesse de nous toucher au plus profond de notre être. Au-delà de ses expressions, sachons nous retrouver avec nous-même, pour parvenir à être en accord parfait avec D.ieu et avec tous ceux qui nous entourent. Au soir de KIPPOUR, nous devons pouvoir éprouver le sentiment d’avoir retrouvé notre âme parfois mise à mal durant l’année écoulée. Nous prions D.ieu pour qu’Il nous soutienne dans nos efforts, afin que nous méritions tous d’être inscrits dans le Livre de la Vie et du Bonheur. Nous Lui demandons d’apporter la consolation à ceux qui souffrent, de soutenir en particulier les familles des victimes des attentats à qui vont toujours nos pensées les plus émues, pour que se réalise enfin une ère de fraternité et d’entente entre les hommes de toutes confessions, de toutes origines.

HAPHTARA :

Le matin de KIPPOUR, la Haphtara est extraite d’un texte du prophète ISAÏE définissant les conditions authentiques pour la validité du jeûne de KIPPOUR. Comme beaucoup d’autres prophètes, celui-ci s’adresse à ses contemporains et à nous tous, pour bien spécifier qu’il ne suffit pas de jeûner pour se croire pardonné de toutes les fautes commises. En effet, ISAÏE met l’accent sur des fautes de comportements. Aussi, pour bien mettre en évidence la qualité du jeûne suivi d’un repentir sincère tel que nous le demande D.ieu, le prophète nous dit : « Mais voici le jeûne que j’aime ; c’est de rompre les chaînes de l’injustice, de dénouer les liens de tous les jougs, de renvoyer libres ceux que l’on opprime, de briser enfin toute servitude, puis encore de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile..... » (ISAÏE LVIII, 6-7). C’est là un vaste programme d’action sociale, hélas, toujours d’actualité. Par l’intensité du ton donné à ce texte par le prophète, nous comprenons mieux qu’il ne s’agit pas seulement de se mettre en accord avec nos convictions religieuses conformes aux exigences divines. Notre attitude envers nos semblables est elle aussi bien souvent défaillante. Elle mérite de notre part la réflexion profonde et la mise en actes auxquels nous invite ISAÏE, afin de donner tout son sens à la grandeur que représente la journée de KIPPOUR.

La Haphtara de l’après-midi, tirée du livre de JONAS, l’un des prophètes traditionnels d’ISRAËL, met l’accent sur la notion de la TECHOUVA, la pénitence, thème constant de cette journée de jeûne, de prières, de méditation qu’est celle de KIPPOUR. Ce livre biblique est donc tout entier consacré à la pénitence. JONAS est envoyé par D.ieu auprès des habitants de NINIVE en BABYLONIE, pour les inviter à faire pénitence, et en cas de refus de leur part, la ville serait alors promise à la destruction. Il s’agit en fait de païens vivant dans une ville dépravée. Cette ville était si grande qu’il fallait trois jours pour la traverser de bout en bout. Au départ, JONAS refuse la mission dont le charge D.ieu, car il craignant de ne pouvoir être en mesure d’obtenir le résultat escompté. Il s’enfuit, veut traverser les mers, mais après une violente tempête, les marins du bateau le transportant, se rendant compte qu’il est directement visé par cette tempête, le jettent à la mer. Après trois jours et trois nuits passés dans le ventre d’une baleine, il est enfin sauvé. C’est alors seulement, que se rendant compte qu’il ne pourrait échapper à son destin, JONAS accepte de remplir sa mission. Entendant son discours, les habitants de NINIVE finissent par reconnaître leurs fautes. Ils acceptent de faire pénitence et acte de contrition. Nous avons brossé ici le tableau de cet épisode biblique. Le refus d’obéissance à l’ordre divin opposé par JONAS est longuement analysé dans le Talmud SANHEDRIN, page 89 a. Bien des questions se posent en effet à propos de l’attitude de ce prophète. On peut expliquer le refus d’accomplir sa mission par le fait que JONAS pensait que D.ieu étant un D.ieu du pardon, il estimait que les habitants de NINIVE n’en étaient pas dignes. Il pensait qu’il est trop facile de faire le mal pour ensuite vouloir l’effacer d’un seul acte de contrition. Certes, la TORAH nous enseigne la notion de TECHOUVA, de pénitence. ABRAHAM, le père de tous les croyants, était bien intervenu en faveur des pécheurs de SODOME et de GOMORRHE, villes de la débauche par excellence. Le prophète, si grand soit-il, peut juger qu’un coupable ne mérite pas le pardon. Mais D.ieu, dans Sa mansuétude, est d’un avis différent, heureusement pour nous tous. En effet, D.ieu ouvre une porte rendant ainsi possible la purification, en permettant au pécheur de se régénérer par la pénitence. Au départ, c’est ce que ne pouvait admettre JONAS. Celui-ci plaide avant tout l’honneur du peuple juif. Il était prêt à se laisser jeter à la mer et à se sacrifier pour le peuple de D.ieu, comme nous l’enseigne déjà un texte du Midrash. (MEKHILTA sur la paracha BÔ). Il faut se souvenir qu’après l’épisode du veau d’or, MOÏSE avait lui aussi adopté une telle attitude, quand D.ieu voulut anéantir le peuple d’ISRAËL en lui garantissant un brillant avenir personnel. De tout ce que nous venons de voir, on peut dire que le peuple juif est un peuple difficile, à « la nuque raide ». Cela nous a valu bien des difficultés au cours de l’Histoire. Mais contrairement aux habitants non-juifs de NINIVE, qui malgré leur repentir ont ensuite repris le mauvais chemin, nous savons que le jour viendra, si nous nous y préparons sérieusement, où le peuple d’ISRAËL parviendra à un repentir authentique, par une TECHOUVA qui sera alors totale. Entre-temps, ne relâchons pas nos efforts pour gravir les marches qui nous mèneront par la pénitence, encore plus près de D.ieu. Tel est essentiellement le sens de l’appel du prophète JONAS.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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