« Un marathon juif... »

BILLET DU 16 SEPTEMBRE 2007
publié le samedi 15 septembre 2007
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Bonjour,

Je vous dis « bonjour » comme tous les dimanches matins et en même temps je me demande si ce vœu est le plus adéquat. Nous devrions plutôt nous souhaiter « gmar hatimah tova », une bonne inscription en cette période des « asseret yemé hateshouva », des dix jours de pénitence qui séparent Rosh Hashanah de Yom Kippour. Qui plus est aujourd’hui est un jour de jeûne, celui de Gedaliah. Il tombait hier, mais en raison du Shabbath, celui-ci est reporté durant toute la journée de ce dimanche. Pas de raisons a priori donc de se souhaiter une bonne journée si ce n’est pour nous encourager dans notre jeûne et féliciter tous ceux d’entre-nous qui se sont rendus tôt ce matin à un office de selihot. Ce jeûne de Gedaliah, bien que considéré comme étant mineur n’en est pas moins important. Il nous rappelle qu’il y a 2500 ans un Gouverneur du nom de Gedaliah fut nommé pour administrer une Judée désolée. Il fut assassiné par un zélote, un coreligionnaire. Cet assassinat marqua un tournant historique pour le Peuple Juif qui, outre le million de morts causé par Titus, fut exilé durablement de sa terre. Je ne peux m’empêcher de penser à l’assassinat d’Itzhak Rabin par un extrémiste lorsque se présente ce jour de jeûne.

La période des fêtes de Tishri est de loin, chacun le mesure, la plus dense du calendrier juif. A peine sortions-nous des deux jours de Rosh Hashanah que nous entrions dans l’un des shabbatot les plus importants de l’année, le « Shabbath shouva », pour entrer par la suite dans le « tsom Gedaliah ». Autant dire que le rythme imposé par ces jours redoutables représente un véritable marathon juif dans le repentir. Que l’on ait commencé les selihot au début du mois d’Eloul, selon le rite séfarade, ou le dimanche qui précéda Rosh Hashanah, selon le rite ashkénaze, nous en sommes tous à peu prêt au même point : épuisés !

Et pourtant cette fatigue est salutaire à bien des égards. Tout d’abord nous prenons conscience, que dix jours dans l’année ne sont pas un luxe, si vous me permettez cette trivialité, pour nous repentir de nos fautes. D’autre part, nous prenons plus de plaisir encore à nous retrouver en famille autour des tables si belles des fêtes comme une récompense de notre présence assidue et répétée à la synagogue. Et puis l’on imprime, en cette nouvelle année, un rythme de ferveur et de prière que nous devrions tous inscrire dans les bonnes résolutions de l’année 5768. Si nous sommes capables de venir aussi souvent à la synagogue, de répéter les repas de fête, pourquoi ne le ferions-nous pas toute l’année en décidant de venir plus régulièrement encore à la synagogue ?

Il y a quelque chose d’unique à voir les uns et les autres se croiser dans la rue. Ce matin pour me rendre à l’office de Selihot, j’ai emprunté un chemin parcouru par cinq synagogues. A chaque fois j’y ai vu des personnes se presser d’un pas assuré, en dépit de l’heure matinale. Tous les moments que nous vivons actuellement valent bien un petit effort. Rendez vous compte, les synagogues sont bondées, il faut même louer des salles gigantesques pour accueillir les fidèles et le reste de l’année, parfois, l’on recherche désespérément un minyan. Et si nous décidions de faire du trajet vers la synagogue un chemin habituel ? Voilà une bonne résolution qui donnerait raison, de façon posthume à Gedaliah, d’avoir voulu faire vivre un judaïsme malgré toutes les hostilités !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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