Parasha Haazinou 5768

Chabbath 15 septembre 2007 - 3 Tichri 5768 -Début : 19 h 48 — Fin : 20 h 50
publié le lundi 10 septembre 2007
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CHABBAT CHOUVAH Lecture de la Torah : Deutéronome XXXII : Chant d’adieu de MOÏSE.

HAPHTARA : OSEE XIV, 2 - 10 (Chouvah : Retour à D.ieu) et JOËL II, 15 - 27 (Le pardon divin : certaines communautés ajoutent encore : MICHEE VII, 18 - 20.


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Commentaire de la Torah :

Dans près d’une semaine nous allons célébrer la solennité de KIPPOUR, point culminant de l’année religieuse. Durant cette longue journée consacrée au repentir et au jeûne, nous demanderons à D.ieu et aux hommes de nous accorder leur pardon, après avoir préalablement procédé à un sérieux examen de notre conscience. Aussi, le texte de notre Sidra n’en prend-il que plus d’importance. En effet, aucun autre passage de la Torah n’est aussi riche en visions claires de l’avenir, aucun autre n’atteint la grandeur se dégageant du dernier discours de MOISE. Il ne s’adressait pas seulement à ISRAEL. Bien plus, il prenait à témoin toute la nature, à commencer par les cieux et la terre. Ce genre de témoignage ne manque pas de nous surprendre. Divers commentateurs ont tenu à s’en faire l’écho.

RACHI, pour sa part, fait dire à MOISE que seuls les éléments de la nature tels que le ciel et la terre pourraient témoigner de la fidélité ou non d’ISRAEL, dans le cas où celui-ci nierait avoir reçu la Torah lui indiquant la nature des devoirs qui le concernent. En effet, la terre et le ciel étant par définition destinés à exister éternellement, constitueraient obligatoirement des témoins à charge ne devant jamais disparaître. Certes, le rôle de ces témoins, comme en général celui de tous les témoins, consiste à la fois à témoigner et à rester passifs. Ce rôle est pourtant redoutable. En effet, du fait même de leur présence permanente dans la nature, ils peuvent sans cesse proclamer la souveraineté de D.ieu. Si ISRAEL, en cas de désobéissance aux lois divines, refusait de reconnaître ses fautes, les éléments de la nature viendraient alors le rappeler à l’ordre pour sa conduite insensée, en témoignant contre lui.

C’est pourquoi, MOISE, à la fin de notre texte, tient essentiellement à nous recommander avec insistance le respect de la Loi. Le destin d’ISRAEL en dépend. Car, « cette Loi n’est pas une parole indifférente, c’est votre existence même. ». (Deutéronome XXXII, 47). Nous avons beau nous interroger sur la raison de certaines prescriptions religieuses, principalement lorsqu’elles semblent nous gêner dans notre vie quotidienne, malgré tout, par définition, nous sommes incapables de juger de l’importance d’une Loi que nos ancêtres ont acceptée et nous ont transmise. Si nous estimons que nos difficultés sont différentes des leurs, rien n’est pourtant comparable. C’est davantage au mode de vie actuel toujours plus stressant et harassant, que nous devons imputer le caractère parfois en apparence incompatible entre une vie spirituelle et une vie généralement motivée par de pures raisons matérialistes.

Il est donc impensable de croire que D.ieu, en nous donnant Sa Loi, ait cherché en même temps à nous compliquer l’existence, bien au contraire. Il nous faut être persuadés que cette Loi, quoique l’on en pense, est avant tout destinée à notre bonheur. Elle émane de la bonté divine. Toutes ses prescriptions ne visent en fait qu’à nous guider dans une vie aussi harmonieuse que possible, pleine de santé, physique et morale.

En nous écartant parfois de la route qui nous est tracée, nous risquons de causer notre propre perte. Aussi, notre Sidra prend elle une importance particulière. Elle est précisément lue cette année quelques jours avant la grande solennité de Kippour. Nous savons bien qu’en ce jour exceptionnel, nous sommes appelés à nous régénérer, non en nous contentant de nous mortifier et de nous répandre en gémissements, mais en essayant de rétablir la vérité suprême un instant bafouée, que notre inconduite a pu compromettre. Ce n’est que dans la mesure où nous aurons décidé sincèrement d’améliorer notre conduite par l’accomplissement des commandements divins, que nous nous rapprocherons davantage de D.ieu. Nous rendrons ainsi hommage à Sa souveraineté, de même que les cieux et la terre attestent de Sa toute-puissance, depuis le moment où ils furent créés et sans jamais varier depuis lors. Aussi, pour notre modeste part, sachons rester fermes et constants dans nos convictions les plus sacrées.

HAPHTARA :

En ce chabbat CHOUVAH, notre texte tiré du prophète OSEE se rapporte à la notion de TECHOUVA, thème central de ces journées de pénitence que nous vivons depuis ROCH-HACHANA et jusqu’à KIPPOUR. Ce même texte biblique est également lu les après-midis des jours de jeûnes. Il concerne essentiellement la notion de pénitence. Notre prophète en parle avec une intonation et une intensité rarement égalées. Il nous invite à ouvrir nos cœurs, pour permettre à la parole divine d’atteindre ce qu’il y a de meilleur en nous. Il convient en effet de savoir que la condition fondamentale de notre rapprochement envers D.ieu, après les fautes commises tout au long de l’année, conscientes ou non, ne peut être que celle du repentir. Le ton est ainsi donné dès le premier verset : « Reviens, ô ISRAËL, au Seigneur ton D.ieu.... car c’est ton iniquité qui t’a fait trébucher. »

Le texte hébreu utilisé mentionne ici la formule suivante : « Chouva Ad - reviens jusqu’à », et non « Chouva èl - reviens vers », comme pour nous dire que cette légère différence de syntaxe signifie que nous devons aller jusqu’au bout de nos possibilités, sans chercher à varier de notre direction, tout en nous efforçant de rester fermes dans nos décisions.

Selon RACHI citant Rabbi MEIR, il nous faut tenter cet effort de retour vers D.ieu, tant que nous sommes encore dans la proximité de D.ieu, à savoir, durant cette période des dix jours de pénitence où ne cessons d’invoquer la miséricorde divine, évitant ainsi que ne s’abatte sur nous la rigueur de Sa justice infaillible.

Au verset trois, nous lisons encore ceci : « Munissez-vous de paroles et revenez vers le Seigneur. » Si nous avons le sentiment d’être tellement éloignés de D.ieu, au point de ne pouvoir réparer nos fautes par des actes, il nous faut tout au-moins avoir le courage de reconnaître nos fautes en les confessant, ce que nous appelons le VIDOUÏ, la confession. Celle-ci est récitée quotidiennement à la fin de la Amidah du matin et de celle de Min’ha. Elle est également prononcée par une personne sur le point de disparaître, pour autant qu’elle en ait encore la possibilité intellectuelle et physique. C’est bien à la reconnaissance constante de nos fautes que fait donc allusion notre verset. Nous récitons cette prière de confession durant les cinq prières composant la liturgie de KIPPOUR.

Pour sa part, RADAK tient à préciser, que nous ne devons pas nous contenter de prononcer des paroles, simplement du bout des lèvres. Bien au contraire, elles doivent refléter des sentiments profonds et sincères dont D.ieu seul est en mesure d’apprécier la qualité. Dans un univers où l’hypocrisie semble l’emporter sur la sincérité des pensées, nous avons sans doute beaucoup d’efforts à fournir encore pour donner sa place au VRAI, au PUR, en ne nous satisfaisant pas de faux-semblants.

AMOUR pour D.ieu, par la réalisation de Sa Torah, VERITE envers nos semblables, tels sont à coup sûr les éléments fondamentaux sur lesquels nous devons nous appuyer, pour mieux nous préparer à l’inéluctable jugement de KIPPOUR, pour pouvoir ainsi espérer voir la justice divine nous accorder la bienveillance et la clémence que nous attendons de sa part..



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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